OBSERVATION
Villeneuve, de Marseille, Marseille médical (Voir planche V).
Marc Antony, agé de 35 ans, entré à la clinique chirurgicale de l’Hotel-Dieu, pour une contusion violente à l'épaule. Ce n’est qu'incidemment, pendant que je l’examine, qu'il dit pisser de temps à autre de petites quantités de sang. Ces légères hématuries ont débuté il y a environ quinze jours, et ne lui causent aucunes douleurs. Voici en effet ce que nous constatons les jours suivants : on fait uriner le malade dans un verre. L’urine sort d’abord claire et normale ; puis à la fin de la miction il s'écoule une petite quantité — dix grammes au plus — de liquide trouble muqueux et de couleur rouge brique. Quelquefois la quantité d'urine sanguinolente est encore plus faible et baigne seulement le méat de quelques gouttes. Cette émission se fait sans douleur, sans épreintes ;iln’y a ni polyurieni pollakyurie. L'état général est excellent. Le malade n'a jamais eu de maladie grave.
PRES ee
Le diagnostic ne laissait pas d’être embarrassant. Il fallait évidemment écarter toute cause d’hématurie ayant son siège dans les reins où dans les urétéres. L'absence complète de douleurs et de ténesme éloignent l'idée de cystite, le malade nant du reste toute blennorrhagie. Restait l'hypothèse d'un néoplasme vésical. Mais le peu d’abondance du sang et surtout sa couleur brunâtre au lieu du rouge vif ordinaire dans
les papillomes,la coexistence d’un liquide mucopurulent à la fin de la miction me faisaient hésiter, et je me proposais de faire un examen avec le cathéter explorateur sous chloroforme, lorsqu'un médecin qui me faisait l'honneur de suivre ma visite, M le D' Machon-Bey, qui a longtemps habité l'Egypte, émit l'avis qu'il s'agissait peut-être de lésions dues à la biharzioze. Une goutte d’urine trouble, portéeimmédiatement sous le microscope, fit en effet découvrir du premier coup, à M. le D' Melchior Robert, mon chef de clinique, un organisme se déplaçant avec rapidité dans le champ, difficile à suivre, mais qui s'arrête bientôt cite dans un amas de leucocytes.
On peut alors reconnaître avec facilité un corps globuleux, cilié, pourvu d’un rostre, enfin un embryon de bilharzia.
Interrogé aussitôt sur les pays où il a vécu, Marc Antony raconte qu'il est né en Corse, a fait son service militaire en Tunisie, puis est venu habiter Marseille. Il n’est jamais allé en Egypte.
Pour terminer ce qui a trait à l'observation proprement dite dececasintéressantje voulais soumettre Antony à l’action d'un nouvel anthelminthique découvert par M. Heckel; mais guéri de sa contusion et ne souffrant pas de la vessie il n'a voulu, malgré nos objurgations, subir aucun traitement eta quitté l'hôpital.