VI. — PRONOSTIC
Il est inutile d’insister sur des observations aussi coneluantes : je me contenterai de rappeler un point de controverse soulevé entre les auteurs et sur lequel l'accord ne paraît point s’être fait.
Quel doit être le pronostic d’une telle affection ?
Ne pourrait-on répondre : le pronostic de la lésion ?
On à vu que la bilharzia adulte vivant dans le sang même et dans des troncs veineux d’un certain volume n'apportait que bien peu de troubles dans le milieu où elle vit, et pouvait passer pour ainsi dire inaperçue. On n’en saurait dire autant des œufs. Chassés par le courant sanguin dans les capillaires à paroi fragile et délicate, labourant et dilacérant les tissus de leur éperon terminal, ils ont bientôt passé à travers les uns et les autres et déterminé ces phénomènes hémorrhagiques el inflammatoires que nous avons relevés dans le cours de cette étude, dans nombre d'organes tous plus indispensables les uns que les autres à l'équilibre vital de l'organisme.
L'importance de l'affection est fonction des accidents qui la caractérisent.
Or, d’une part, les accidents produits sont, je le répète, les hématuries qui fréquemment répétées deviennent
= 40e une cause d’anémie persistante, progressive, et, de ce chef fort redoutable, et les phénomènes inflammatoires, lesquels, en dehors des périls communs à toute inflammation, exposent à des troubles fonctionnels graves s’il s’agit du rein, du foie, du rectum, du poumon.
D'autre part, ces accidents n’ont aucune tendance à s’atténuer; puisque la cause se multiplie sans cesse, l'œuf, l'effet se multiplie aussi, c’est-à-dire les accidents qu’elle commande. Donc gravité et permanence, sinon augmentation de ces derniers sont les deux termes d’une même définition : pronostic grave.
D'ailleurs deux considérations interviennent encore dans la fixation du pronostic: la marche de l'affection qui est relativement lente, le nombre des œufs, d'autant plus redoutables qu’ils sont plus nombreux (dans un cas, Kartulis en compte 500 dans les vaisseaux porte, et Gobard cite ce fait d’une fillette de 7 ans qui expulsérait une moyenne de 10.000 œufs par jour).
Après une durée qui peut varier de #4 à 6, 8, 10 ans, d’après Mohammed Chaker (sans que jamais on n'ait pu affirmer un cas de guérison certaine etdéfinitive), l’affection se termine par la mort qui survient de bien des manières : les principales sont la rupture de la vessie, la pyélonéphrite ascendante, l’urémie, l’albuminurie, la dysentérie, la pneumonie (embolies dues aux œufs trouvés dans le cœur gauche, par Griinger), enfin le marasme ou l’épuisement causé soit par les hématuries abondantes et répétées soit par la dysentérie, toutes causes puissantes d’anémie et de cachexie,