‹ Contribution à l'étude de la cémentiteChapitre 13 sur 15 · CARBURES DE CHROME ET DE MANGANÈSE · texte numérisé non relu

CARBURES DE CHROME ET DE MANGANÈSE

19 Carbures de chrome.

En appliquant au chrome le procédé de carburisation par les cyanures, indiqué dans le cas du fer, on pouvait espérer arriver à préparer le ou les carbures de chrome signalés par les divers auteurs. Malheureusement, l'échec de cette tentative fut à peu près complet.

J'ai d’abord traité par le cyanure de sodium fondu du chrome pur pulvérisé à la température de 650°, température optima pour la conservation des bains de cémentation à l'air et à laquelle le cyanure a déjà une action carburante extrêmement marquée.

: Après 100 heures detraitement, le produit repris par l’eau, lavé et séché avec les précautions ordinaires, se présentait sous forme d’un mélange comprenant des grains denses, à peu près semblables au chrome de départ, et une poudre impalpable, beaucoup plus magnétique que les grains précédents.

Par tamisage et triage magnétique, j'ai pu séparer ce produit en deux portions, l’une comprenant les grains dechrome, l’autre, la poudre impalpable où une analyse rapide n’a montré que la présence de très faible quantité de chrome, tandis que la portion contenant les grains de chrome ne titrait que 3 0/0 de fer (chrome de départ — fer 1,5 0/0).

Dans la première portion : chrome carburisé, je n’ai trouvé,

70 PIERRE PINGAULT

par dosage par combustion dans l'oxygène, qu'une très faible quantité de carbone : 0,68 0/0.

Mais cette très faible quantité pouvait provenir du fait que la combustion du chrome dans l'oxygène se produisait très mal et qu'une partie du carbone avait ainsi échappé au dosage.

J'ai donc repris ce dosage par la méthode de Corleiss, c’est-à-dire en dissolvant le corps dans le mélange sulfochromique et en pesant le gaz carbonique produit. Ici la combustion est certainement complète et tout le carbone présent doit être dosé.

Les résultats ont été du même ordre et la teneur en carbone fut toujours de l’ordre de 0,7 0/0. Cett> même méthode d'analyse appliquée au chrome de départ nous a donné 0,4 0/0.

Cette faible carburisation pouvait provenir du fait que les grains de chrome se recouvrent rapidement d'une couche de carbure de chrome, stable, empêchant toute action ultérieure du cyanure. C’est ce qui semble avoir lieu, en effet, car la même expérience reprise sur du chrome soigneusement pulvérisé et tamisé (lamis 4o), c’est-à-dire portant sur des grains beaucoup plus fins que la première, a donné avec le même mode opératoire que dans le premier cas, une teneur en carbone de 0,8 0/0.

Il est d’ailleurs à noter que cette différence est trop faible pour pouvoir admettre absolument cette façon de voir et qu'il faudrait soit poursuivre la carburisation pendant des temps beaucoup plus longs que ceux que nous avons mis en œuvre (200 heures au maximum), soit réduire le chrome en poudre beaucoup plus fine. Ces deux façons d'opérer sont malheureusement très difficiles, la première, par suite de la trop grande décomposition à l'air des bains de cyanure, la deuxième par suite de la séparation ultérieure trop difficile de la poudre de chrome et des cyanures d’une part, ou des impuretés ferreuses provenant du creuset, d'autre part.

20 Carbures de manganèse.

Ce procédé de carburisation par les cyanures ne peut s’appliquer au manganèse, car le carbure de manganèse est beaucoup trop facile à attaquer par l’eau pour permettre l'élimination facile des cyanures, et tous nos essais dans ce sens se sont heurtés à cette difficulté : poudre métallique rapidement oxydée par l’eau au cours des lavages et désagrégée avec production d’un dégagement gazeux.

J'ai alors tenté de carburer du manganèse à haute tempérarature (990°-979°) dans du méthane, en reprenant le dispositif indiqué pour la cémentation du fer. Au bout de 24 heures, le manganèse pulvérulent s'était pris en masse, cassant la nacelle qui le contenait et la canne du couple qui plongeait par son extrémité dans la masse métallique. Ce phénomène fut absolument général et se reproduisit à chaque essai au bout d’un temps variable avec la température. Mais si l’on reprend ce produit et qu'après pulvérisation on recommence le traitement par le méthane, ce phénomène ne se reproduit plus et l'opération se continue régulièrement.

Au cours de cette opération, le méthane se décompose d’ailleurs et produit un dépôt de carbone dans l’ensemble des parties chauffées de l’appareïl, ce qui produit une assez forte proportion de carbone libre dans l'échantillon étudié.

Cette quantité de carbone est très variable, d’une expérience à l’autre, ainsi d’ailleurs que la quantité de carbone combiné qui semble cependant croître en fonction du temps.

Ainsi, au cours d’une expérience, nous avons trouvé les chiffres suivants ; après 24 heures de chauffage à 950°-975°.

C total — 7,5 0/0 CG libre = 3,55 0/0.

D'où CG combiné environ 4 0/0.

Après 48 heures la teneur en carbone combiné atteignit

environ 5 o/o, ce chiffre étant très imprécis et variant d’un

72 PIERRE PINGAULT

point à l’autre de l'échantillon. En outre, étant donnée la forte proportion de carbone libre, on ne connaît le poids du métal analysé que par différence, ce qui augmente l'imprécision des analyses, qui ne sont d’ailleurs exactes qu'à condition d'admettre que tous les produits de décomposition du méthane sont à l’état de carbone insoluble dans l'acide nitrique.

Quoi qu’il en soit, il semble bien que le méthane soit susceptible, aux températures moyennes, de carburerle manganèse, sans que ce procédé ait pu nous donner un moyen d'étu-

dier les carbures formés.

Page 1