‹ Contribution à l'étude de la centrifugation expérimentale en biologieChapitre 34 sur 51 · EFFETS DE LA CENTRIFUGATION SUR LES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA CENTRIFUGATION SUR LES VÉGÉTAUX

Maintenant que nous connaissons les effets de la force centrifuge sur les principaux embranchements du règne animal, il nous reste encore à étudier comment elle agitsurles végétaux.

Thallophytes. — Voici d'abord quelques expériences relatives a1x microbes et aux champignons. Nous avons hésité avant de savoir où classer nos recherches sur les bactéries ? L'idée nous vint même, de faire un chapitre spécial pour les protisies, où nous aurions parlé conjointement de quelques animaux et de quelques végétaux inférieurs. Mais tous les biologistes récents considérant les bactéries comme végétales, nous suivrons leur manière de voir... Cette indécision montre, comme aime à le répéter dans ses cours notre maître le professeur Dubois! que : Natura non facit sallus.… De même que de la matière brute à la matière vivante, la distance est trop faible pour tracer entre les deux une limite, de même, séparer le règne végétal de l’animal est difficile; aussi tous les caractères dislinctifs donnés (présence ou absence de la cellulose..., différence du métabolisme constructif et destructif..…., existence ou manque de chlorophylle, etc.), qui

! Leçons de Physiologie générale el comparée, par R. Dubois (loc. cit.).

Hi iC 12

pa TF7 —

paraissent convaincants dans bien des cas, rencontrent des exceptions dans beaucoup d’autres aussi.

Si l'on met une culture quelconque de microbes ne liquéfiant pas la gélatine, dans une centrifugeuse éluve, on constate qu'elle se. développe sans peine aucune; contrairement aux

5 jou

tace proc Rtquuse 3 jou

£emour () Fic. 67.

graines el aux œufs, les cultures poussent quelle que soit la durée de la rotation.

Nos essais portèrent au début, sur le Micrococcus lactis acidi, qui donne en se multipliant des colonies blanches.

Il faut pratiquer un ensemencement en piqüres aussi fines que possible et garder plusieurs tubes témoins. Pour piquer, le mieux est de retourner le tube, de manière à éviter tout microbe liquéfiant susceplible de rendre les résultats moins nets.

Tandis que les tubes témoins présentent bientôt une légère capsule vus latéralement et une plaque ronde vus par dessus (cf. fig. 67, n°$ 1 et 2), les centrifugées donnent une colonie en forme de clou de plus en plus longue (cf. fig. 67, n° 3-4).

! Le terme face est ici mis pour : par dessus; et celui de profil, correspond à latéralement.

La tige sera d’autant plus mince, plus allongée que l'appareil aura tourné plus vite. En inclinant diversement les récipients, on arrive à obtenir des lypes très compliqués.

Le Pénicillium cultivé en surface sur de petites plaques susceptibles de rester bien horizontales dans la centrifugeuse, peut prendre les positions les plus variées. Nous en avons eu de digité, d'autre en éventail. Bref, la culture suit toujours l'entraînement de la force centrifuge. Rappelons à ce sujet que d’autres forces(le magnétisme par exemple), peuvent influencer aussi l'orientation des colonies microbiennest{.

Les espèces centrifugées suffisamment longtemps diminuent de taille. Les bactéries du foin sont très commodes pour constater cette modification.

Il suffit de découper finement quelques grammes de foin dans un grand verre et de le faire tremper dans l’eau ordinaire. Une macération de quatre heures suffit en général. On filtre ensuite pour arrêter les brindilles d'herbes.

Le liquide limpide ainsi obtenu est alors versé dans des flacons de Erlenmeyer par exemple, et on pasteurise vingt minutes dans la vapeur d’eau. L’autoclave ouvert remplit très bien les conditions requises. Après une journée d'étuve à 25 degrés, on examine le bouillon.

Celui non pasteurisé contient une flore des plus riches, tandis que celui passé à l’autoclave présente uniquement de gros bâtonnets mobiles, avec parfois des granules réfringents ou spores Ces bâlonnets sont les bactéries du foin. Le Bacillus subtilis, qui seul nous intéresse, se trouve assez souvent mélangé au B. mesentericus vulgatus de la pomme de terre.

Une fois le sublilis dûment isolé, ensemençons avec lui des tubes de bouillon pasteurisé, mais non passé à l’étuve. Ces tubes sont alors mis à centrifuger à 600 tours et à 25 degrés, à côté des témoins. Quinze jours plus tard, arrêtons la

1 Cf. R. Dubois, Influence du magnétisme sur l'orientation des colonies microbiennes {C. R. Soc. Biologie, s. 8, III, p. 127, 1886).

machine et nous constaterons la disparition des bätonnets dans les vases traités, leur persistance dans les autres.

À la place on trouve des organismes qui apparaissent comme des Cocci (avec un 7 de Verick + oculaire 2).

Fic. 68.

Ces Cocci remuent si faiblement qu'il est difficile de savoir si l’on est en présence de mouvements propres, ou de mouvements dus aux courants des milieux de la préparation.

Avec un objectif à immersion de un douzième Leitz et un oculaire 4, on voit qu'ilnes’agit pas de Cocci, mais de la forme Bactérium. La fig. n° 68 représente en 1 le stade intermédiaire où quelques Cocci seulement apparaissent à côté d'impuretés, en 2, une culture de ces organismes vus avec le 7 de Verick, et en 3, la même culture étudiée avec la combinaison Leitz.

Si on ensemence de ces Schizophytes du bouillon vierge, petit à petit le B. subtilis reprend sa taille.

RS Che

Bien qu'il ne puisse, suivant toute probabilité, s'agir d’autre chose, la culture primitive étant rigoureusement sélectionnée, il existe un procédé chimique de vérification.

Le B. subtilis produit en effet de l’indol, cherchons-le donc.

Pour ce faire, Ehrlich recommande d’additionner le liquide soupçonné de 5 centimètres cubes d’une solution de diméthylamido-benzaldéhyde-chlorydrique (facile à préparer avec 4 grammes de paradiméthyl-amido-benzaldéhyde + 380 centimètres cubes d’alcool à 96 degrés + 80 centimètres cubes d'acide chlorydrique concentré), d’ajouter ensuite 5 centimètres cubes d'un soluté aqueux saturé de persulfate de potassium. L'indol donne un rouge vif.

C’est là, paraît-il, le meilleur procédé, mais n'ayant pu nous procurer les réactifs voulus, par suite de la guerre, nous avons suivi la méthode Salkowski, bien plus simple. On ajoute à un tube de culture âgé de dix jours au moins, 1 centimètre cube de nitrate de soude à 0,5 pour 1.000, puis on verse 4 centimètres cubes d'acide sulfurique à 10 pour 100. L'indol se manifeste par une coloration rouge vineuse!. Les cultures examinées nous donnèrent des résultats positifs.

L'identification est commode, on le voit. Par contre, il était plus difficile de savoir si les formes nouvelles représentaient une sporulation intense ou des bacilles diminués.

Pour nous, la première hypothèse n’est pas admissible, car c'est à peine sil'on rencontre quelques spores dans ces cultures.

D'ailleurs, pour lever tout doute, des numérations furent pratiquées. Au lieu d'employer la méthode indirecte dite des colonies, nous avons cherché à compter les individus.

Pour ce faire :

On prélève dans deux tubes du même âge, l’un normal, l'autre centrifugé, un quatre centième de centimètre cube, que l'on homogénéise avec 10 centimètres de bouillon stérile, par une forte agitation. On recueille avec le mélangeur de Potain

1 Cf. A. Bôhne, Centralblatt f. Baklcriologie. I. Ableilung orig., 40, p. 129: et Handbuch der landwirtschaftlich Bakteriologie, D' F. Lühniss.

LEE une division du liquide pour 100 d’eau distillée. Le tout bien brassé, on en dépose à l’anse de platine une gouttelette sur un porte-objet. Séchons, fixons, colorons légèrement. Il est facile alors de compter Ée individus avec un oculaire quadrillé.

La comparaison serait possible ; même à un ‘degré moins fort de dilution. Elle donne des chiffres sensiblement égaux entre eux. Cela tend donc-bien à prouver qu'il n’y a pas de sporulation intense après application de la force centrifuge

Si l’on désirait numérer les éléments dans un volume déterminé, il faudrait employer le compte-globules de Hayem'. Pour compler exactement les bacilles, il importe de les tuer par coloration, de manière à les voir imMmobiles dans la surface du quadrillage, dont vivants, ils s’écarteraient sans cesse.

Le B. subtilis centrifugé et d’autres bacilles non déterminés se déplacent à peine disions-nous. Cela tient-1il à un arrachement des cils? En semblable occurence, ceux des infusoires traités restent cependant intacts*.

Les procédés utilisés en général pour examiner les organes locomoteurs des microbes sont très compliqués. Aussi croyonsnous bon d’en indiquer un facile.

Il faut dégraisser des lamelles à la soude, à l'acide chlorydrique bouillant. Bien les rincer à l’eau, puis à l’alcool éther*. Les mettre tiédir dans une étuve à 38 degrés. Porter la culture à semblable température. Déposer dans l'appareil chauffant des gouttes du liquide à essayer sur les porte-objets. Laisser sécher, fixer*, colorer avec la fuchsine phéniquée chaude

! Celui de Malassez et autres analogues risquent d'être ? apirmés par le nettoyage

obligatoire après une coloralion sérieuse.

? Cf. chapitre VI : Les Paramicres.

3 Ces porte-objets ainsi préparés peuvent se conserver fort longtemps et servir au fur et à mesure des besoins.

“ Le mordant de Bunge est à recommander: 25 centimètres cubes d’une solution de chlorure de fer à 25 pour 100 sont mélangés à 75 pour 100 d'une solution aqueuse concentrée de tannin. Ce liquide agit en deux minutes. L'acide acétique, avant le mordançage, donne de la netteté.

# Cf. Lehmann et Neumann, Grundriss der Bakteriologie, — Erlich-Weigert Enzyklopädie der Mikroshopischen Technik. - Slrasbürger: das botanische Praktikum-

Ho

Cette méthode révèle tous les cils des bacilles normaux. mais elle n’en révèle aucun chez les centrifugés. Ces organes ont donc disparu.

La force centrifuge agit non seulement sur les microbes, mais encore sur certains de leurs produits sécrétoires. Il convient de remarquer toutefois que celte action n'est pas d'ordre biologique, mais simplement physique. Elle correspond à un changement de densité comme ceux étudiés au début du mémoire.

La puissance du variolo-vaccin par exemple, est accrue par un séjour de ce corps dans une centrifugeuse, Une nombreuse suite de vaccinations pratiquées les premières semaines de la guerre nous permit de constater le fait.

Voici la facon d'opérer :

Il faut broyer longuement au mortier de silice, le variolovaccin dans de la glycérine. Le mélange une fois bien homogène doit être placé dans des tubes de 0,05 de diamètre environ. Les dimensions plus faibles ne valent rien‘. Après une heure de traitement à 2.000 tours puis une semaine à 500?, une différence marquée d'activité existe entre le bout central et le bout périphérique. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un broyage dans une grande quantité de liquide, la pulpe devant fatalement précipiter et la glycérine surnager. Cette dernière, ajoutée goutte à goutte, forme simplement une pâte fluide. Les sujets vaccinés reçurent tous, trois scarifications sous forme d’un triangle. L'un des sommets scarifié était garni de variolo-vaccin Sin l’autre, du culot le troisième des couches superficielles du tube centrifugé.

Sur quatre-vingt dix personnes soumises à l'expérience, le produit témoin fournit 70 pour 100 de réussite, le bout central 45 et l'extrémité périphérique 90 pour 100.

1 Elles produisent trop de frottements, etc.

> Dans d’autres circonstances nous avons déjà remarqué qu'une force faible suffit à conserver les résultats acquis par une grande vitesse.

3 [1 s'agit de gens âgés ou de jeunes enfants bien aptes à subir la contamination.

Voici d’ailleurs une liste de personnes étonnées spontanément par la grosseur spéciale d'une des trois pustules : D D I D

Page 1