VERTÉBRÉS
La complexité des troubles imputables à la centrifugation augmente à mesure qu’on utilise des animaux de plus en plus supérieurs.
Chez les vertébrés, l'orientation du sujet dans l’appareil exerce une influence considérable sur les accidents observés.
Pour la grenouille, par exemple, lorsque la centrifugation n'excède pas une heure à 500 tours ou vingl minutes à 1.300 tours, les sujets à tête centrale sont bien plus malades que les sujets à tête périphérique.
Au sortir de l'appareil, les deux types d'animaux sont affaissés. Ils restent immobiles. Mais bientôt les grenouilles à « tête
périphérique » reviennent à la vie normale. Elles réagissent au plus léger attouchement, remettent leurs pattes en bonne position, nagent. |
Tandis que les grenouilles à « tête centrale » restent complètement insensibles aux excitations. On peut placer leurs pattes des plus étranges façons, sans qu’elles le remuent ; mises sur le dos, elles y restent. Dans l’eau, elles prennent l'allure de grenouilles curarisées, demeurant dans une station presque verticale, Leur respiration est excessivement faible. Les mouvements du plancher buccal restent normaux.
Dans les deux cas, les cœurs sont ralentis, mais très amples pour les sujets à têtes périphériques et de faible amplitude pour les autres.
Qu'on les considère sur terre ou dans l’eau, les grenouilles à tête périphérique présentent des mouvements giratoires, de sens inverse à celui de la centrifugeuse. On ne peut établir de parallèle avec les sujets à tête centrale, ces derniers, disonsnous, ne remuant pas de longtemps au sortir des appareils.
Si l’on soumet des grenouilles à la force centrifuge pendant vingt-quatre ou trente-six heures à 250-300 tours, les positions « tête périphérique » et « tête centrale » sont pénibles, puisque, laissés libres de s'orienter, les animaux se placent tangentellement le dos tourné vers l’axe de l'appareil et le train antérieur dans le sens de la rotation.
Remarquons encore à eôté des troubles produits chez la grenouille par telle ou telle position, des points communs aussi bien à celles centrifugées dans un sens qu'à celles centrifugées dans un autre.
. peau est rouge du côté péñphérique: Il ne s'agit pas d’hémorragies : aucun globule n'a passé au travers des vaisseaux. Ainsi, lorsque la force agit principalement sur la langue, malgré la couleur framboisée intense de cette dernière,
do — on ne trouve pas trace de sang extravasé. Les capillaires sont simplement très dilatés.
La numération des hématies indique une grosse élévation numérique dans le train le plus soumis à la centrifugation. L'autre extrémité est, elle aussi, un peu plus riche en n globules que normalement.
Il faut done admettre qu'il y a concentration du sang.
Cette idée semble justifiée Par l'étude des viscosités comparées (appareils Clément), et” par le fait que les tissus du côté le plus atteint sont inondés .., le sérum s'est échappé..., les muscles apparaissent comme friables..…., blanchâtres (l'examen microscopique confirme cette façon de voir).
Rien d'étonnant après ce que nous avons constaté sur les membranes, sur la cellule.
Orientées dans un sens ou dans l’autre, les grenouilles centrifugées plusieurs jours, même sur du coton maintenu humide, se dessèchent petit à petit jusqu'à la momification complète.
N'étant pas arrivé à construire un appareil permettant de soumettre plusieurs heures de suite des poissons à la force centrifuge, nous ne pûmes obtenir que peu de résultats avec ces animaux, à savoir : l'engourdissement de petits Vairons après vingt minutes de centrifugation.
Désireux d'étudier des êtres plus perfectionnés encore, nous avons centrifugé quelques mammifères (cobayes, rats, lapins).
Cinq ordres d'expériences furent institués sur de tels suJels
1° L'animal est centrifugé la tête placée dans le sens de la r otation;
2° Dans le sens opposé;
3° La tête périphérique;
4° La tête centrale ;
5° La tête et la queue simultanément périphériques, c'està-dire le centre de l'appareil passant par le milieu du corps.
1° Tête dans le sens de la rotation. — Les constatalions sont identiques chez les divers mammifères, mais, par suite de son intensité de réactions, le rat donne d'excellents résultats. Il est spécialement à conseiller.
Avec une vitesse de 800 à 900 tours, l'animal est abruti en trois minutes. Il titube, écarte de plus en plus les pattes antérieures pour augmenter sa cage thoracique, ou sa stabilité, présente de la dyspnée, ainsi qu’une déviation conjuguée de la tête et des yeux (son regard fuit l’axe de l'appareil). Il présente des mouvements irrésistibles en baril; de gauche à droite.
Après huit minutes, l’anesthésie est complète. Le réflexe oculaire disparaît, le cœur devient irrégulier, très lent, puis la respiration présente un rythme rappelant celui de Cheyne- Slokes.
Après vingt minules, c’est la mort.
L’autopsie, immédiatement pratiquée, ne montre aucune lésion macroscopique des organes ; pas de déchirures du foie, des poumons, des reins ou de la vessie; pas de fractures.
Le cœur en diastole renferme un sang non pas asphyxique, mais brunâtre, se coagulant très vite. Les ventricules restent insensibles, même aux excitations violentes (piqûre, pincemenL), tandis que les oreillettes donnent quelques battements.
Ü n'y a point d'infarctus pulmonaire. On constate une sérosité péritonéale abondante. La matière cérébrale n'est pas écrasée. Mais on remarque une hémorragie cérébelleuse violente.
= ro ee
2° Tête opposée à la rotation. — La marche des phénomènes est identique au cas précédent, sauf que la déviation conjuguée de la tête et des yeux se fait en sens inverse, et que les mouvements irrésisuibles en baril s'exécutent de droite à gauche.
L'autopsie donne les mêmes résultats que pour la première position.
Si nous arrêtons la centrifugation lors des mouvements en baril, l’animal se remet assez vite. Quelques heures plus tard, il va, mange, boit comme si rien n'était.
Après avoir centrifugé des sujets la tête dans le sens de rotation, nous les avons mis en position inverse dès l’apparition des mouvements irrésistibles.
Nous pensions que ces deux opérations, effectuées le même temps, dans des conditions identiques, se contrebalanceraient. Il n’en fut rien.
L'animal marche en tiltubant, puis est brusquement entraîné du côté de la lésion primitive et fait de longues pauses sur le dos. Il ne se relève qu'aidé. Laissé au repos, 1l revient encore à lui.
Il n’y a donc pas de lésions irréparables, mais des lésions fugaces.
L'animal, brusquement étranglé, après centrifugation, présente un cerveau hémorragique dans les parties postérieures ; il s’agit donc d’une stase sanguine de ces régions.
3° Tête périphérique. -—- Après trois minutes de centrifugation à 800 ou goo tours, un cobaye, un rat, un lapin sont pris de mouvements irrésistibles non plus en baril, mais en aiguille de montre, de direction opposée à la rotation. Les mêmes faits ont été déjà constatés chez la grenouille.
Comme chez la grenouille aussi, il existe une concentration
Gars à €, CNRre
sanguine avec grosse augmentation globulaire du côté périphérique surtout. Le cœur présente des mouvements tres amples et très lents.
Les yeux sont injectés, les vaisseaux de l'oreille dilatés au point de donner une teinte rouge aux téguments. En une demi-heure, ces phénomènes cessent : l'animal rampe, essaye de marcher, puis y parvient aisément.
L'autopsie révèle des phénomènes congestifs du cerveau, principalement du métencéphale où l'on rencontre parfois des hémorragies.
4° Tête centrale. — Les animaux ainsi centrifugés n'offrent aucun mouvement irrésistible. Ils sont abattus, dans un état de relâchement musculaire, ne réagissant pas à la piqûre, trainant leur train postérieur et gardant la tête plongée entre les pattes de devant. Chez le lapin, les oreilles apparaissent livides par transparence, un frottement, même énergique, ne les ramène pas à leur coloration normale.
S1 l'opération a duré seize minutes en moyenne à 800 tours, l'animal ne se ressaisit pas; au contraire, son état empire et 1l meurt.
Au point de vue histologique, mêmes résultats qu’en « tertio », moins la congestion cérébrale.
° Tête et queue simultanément périphériques. — Après cinq à six minutes d'une rolation à 800 tours, on constate une déviation conjuguée de la tête et des yeux en sens inverse du mouvement. L'animal dodeline de la tête, présente des troubles locomoteurs avec balancements alternatifs de droite à gauche et une injection de la face.
Son train postérieur offre une insensibilité marquée.
Il existe une anesthésie thoraco-abdominale complète.
À l’autopsie, la congestion cérébrale est bien moins intense qu'en « Lertio ».
AO
Dans tous les cas, on constate une augmentation de la pression sanguine, une accélération respiratoire au début!. avec dyspnée, Cheyne-Stokes; puis, un ralentissement très marqué du cœur.
Les troubles nerveux signalés sont analogues à ceux produits par des lésions des pédoncules :
Cérébelleux moyens dans le cas du baril;
Inférieurs dans le cas des mouvements en aiguilles de montre.
Ces troubles, nous l'avons dit, sont dus à des stases sanguines.
Comment se localisent-elles aux pédoncules? Probablement parce qu'ils sont un point faible de l'axe nerveux.
En effet, tandis que les nerfs rachidiens consolident la moelle, l’'empêchent de s'écraser contre telle ou telle paroi, tandis que les replis du cerveau consolident l'encéphale, il doit exister, à côté de ces lieux particulièrement résistants, des endroits de moindre solidité, dont seraient les pédoncules. Ceci est d’ailleurs une simple hypothèse.
Des courtes centrifugations pratiquées sur nous-mêmes, 1l résulte que :
1° Orienté dans le sens de la rotation, les yeux ouverts, un homme ne peul résister que quelques secondes à la force qui l'entraîne à une vitesse de 30 tours par minute:
9° Orienté contrairement à la marche de l'appareil, il peut
1 La pression atmosphérique est étrangère à ces phénomènes, les paniers de la centrifugeuse communiquant librement avec l'extérieur,
He {4
rester debout plus longtemps en exécutant une sorte de piétinement sur place;
3° On a grand'peine à garder les yeux fermés, tant on redoute d'être projeté contre un obstacle;
4° Couché pour obtenir plus d’adhérence au plateau, la position tête en avant devient presque aussitôt congestive.
La position tête en arrière ne produit rien de sensible, supportée pendant la même durée que l'orientation tête en
avant.