Deck, Hist. de la faïence, p. 12, collcct. Qcaktin
ou du moius les traducteurs ne se servent pas de l'expression faïence. La céramique de Misr pouvait être non pas de la faïence, mais bien de la porcelaine chinoise translucide dont l'importation en Egypte avait lieu depuis plusieurs siècles.»
Le hasard fait quelquefois bien les choses et comme pour éclairer les recherches que j'ai entreprises il est venu, par une seule trouvaille, mettre entre mes mains une série de pièces justificatives des assertions de Nassiri Khosrau. Elle se compose de huit faïences en parfait état de conservation.1 La plus importante de toutes est d'une merveilleuse finesse, sa transparence répond absolument à la description du célèbre voyageur et permet de contrôler la précision de ses observations.2 C'est un petit bol de forme évasée, haut de 0,065 millimètres, large de 0,19.3 Au fond la pâte est légèrement grisâtre, fine, dense, opaque, sans émail jusqu'à une hauteur de 0,010 à 0,015 millimètres. Tout le reste du bol est émaillé en blanc laiteux, tournant à la couleur crème. La paroi va en s'amincissant de plus en plus. Elle est ornée de deux médaillons de pur style arabe, gravés au trait et percés, à l'intersection des lignes du dessin, de trous fins que l'émail seul remplit. Entre les médaillons il existe, de chaque côté, une banderole en forme d'accolade tracée dans la pâte et qui ne se voit bien que par transparence, comme le filigrane du papier. Les deux tiers supérieurs de la paroi ont tout à fait l'aspect décrit par le célèbre
1. Cette série comprend : deux bols blancs transparents, un bol et un plat à reflet métallique sur blanc, transparents aussi, deux pièces à reflet métallique sur céladon craquelé, deux bols bleu turquoise. Chaque variété sera étudiée dans le chapitre dont elle dépend.
2. Malgré mes recherches je n'ai pu découvrir nulle part une pièce présentant les mêmes qualités de transparence et aucun des spécialistes, auxquels j'ai eu l'occasion de la montrer, n'a pu m'en indiquer de semblables. Je ne l'ai pas fait reproduire, car un dessin, même fidèlement exécuté, ne pourrait donner qu'une idée absolument insuffisante de ses caractères.
voyageur qui ne s'était pas trompé. — Le bol dont il s'agit n'a, il est vrai, pas été trouvé au Caire, niais bien en Syrie d'où il m'a été rapporté avec d'autres échantillons céramiques sur la description desquels j'aurai à revenir. Un seul point est acquis, c'est qu'aux premiers siècles de l'ère musulmane il a existé des vases translucides qui n'étaient pas de la porcelaine. Le siège de la fabrication reste à déterminer. La précision de Nassiri Khosrau
dans tout ce qu'il décrit, la situation qu'il a occupée en Egypte,1 sa vaste érudition, sont autant de raisons qui préviennent en sa faveur. Il est impossible de ne pas tenir plus de compte de l'opinion d'un contemporain aussi éclairé, que des idées d'un observateur moderne, si érudit qu'il puisse être. L'opinion de Nassiri étant vérifiée sur le premier point, je suis tenté d'admettre qu'elle doit être vraie sur les autres et si la Perse, la Syrie et l'Asie mineure ont pu fabriquer de la céramique semblable, il reste bien probable toutefois qu'elles n'ont fait que suivre l'exemple de l'Egypte.2 Dans les fouilles de Fostât, au fond d'une maison éboulée, j'ai découvert en place, trois petites assiettes intactes3 qui, si elles n'ont pas tout à fait la finesse et la transparence du bol décrit plus haut, présentent cependant avec lui de grandes ressemblances de pâte et d'émail, affirmant leur parenté qu'une autre trouvaille fait encore mieux ressortir. L'une des assiettes de Fostât porte une tache bleue, accident de fabrication, un grain d'oxyde de cuivre forme un nuage qui tranche sur la teinte blanche uniforme de l'émail.
1. Il fut chargé, entre autres fonctions, de l'éducation de Nizar, fils et héritier de Mostanser bi-IUa.h, cinquième khalife Fatiraide (427—487 — 1036—1094). Sa position lui permettait de voir de prés tout ce qui touchait à l'art.
2. Stanley Lane Poole dit à ce sujet : «Rien ne prouve que la poterie persane soit l'ancêtre de celle du Caire ; il est également possible que les fragments retrouvés à Fostât représentent l'origine des faïences persanes.» L'opinion de Nassiri Khosrnu me semble faire pencher la balance du côté de cette seconde hypothèse.
Cette coloration se retrouve employée systématiquement comme procédé de décoration dans une belle coupe, découverte à Akhmîm (Haute -Egypte), qui présente dans la pâte une frise de style arabesque, exacte reproduction de la frise observée sur un grand bol qui fait partie des huit pièces venues de Syrie. Enfin, une autre petite coupe très évasée, ayant les taches bleues et reproduisant le type de mes pièces trouvées en Syrie, porte dans sa pâte la banderole en forme d'accolade que j'ai notée plus haut.1 Il y a dans ces ressemblances quelque chose de plus qu'un simple hasard. Les pièces de Syrie, de Fostât et d'Akhmîm sont de la même famille. Pour toutes on est frappé, dès le premier abord, de l'analogie qui existe entre elles et la porcelaine de Chine qu'elles paraissent vouloir imiter. Il semble donc qu'il faille chercher, du côté de l'Extrême-Orient, les causes de la renaissance de l'industrie céramique en Egypte, à l'époque qui nous occupe. Pour éclairer la question il est indispensable de faire une courte excursion dans le domaine de l'histoire :2
Dès l'année 652, la mort d'Jiesdegerde III, retiré à la frontière de Chine, assure aux Arabes la possession entière de l'empire des Sassanides.
En 707, le khalife Walid fait des expéditions heureuses à Samarkande et jusqu'au Lahore. En 715 il envoie une ambassade en Chine.
En l'année 851, les commerçants arabes sont nombreux à Canton-, Wahab et Abousaïd font, de 850 à 877, un voyage d'explo-