Jacquemart, op. cit., p
l'ombre d'un doute. L'importation des modèles de la Chine en Egypte a donc dû se faire, non par la voie de terre, mais par celle de mer et, bien que la route à travers le golfe persique, aboutissant à Bassorah, ait été une des plus suivies à cette époque, il est plus probable qu'ils sont arrivés par la Mer Rouge à Bérénice ou à Koseïr, dont les entrepôts respectifs sur le Nil furent Coptos et Keneh. C'est principalement dans la première de ces stations que devraient porter les recherches.1
Quoi qu'il en soit, les procédés appliqués en Egypte se retrouvaient en Perse à peu près à la même époque et, s'ils n'y ont point été inventés, ils s'y conservèrent un certain temps, puis se modifièrent en partie. La destruction de Rages,2 grand centre de fabrication en Perse, survenue en 1121 et celle de Fostât en 1168, me portent à croire qu'il faut faire remonter, à cette époque, l'origine d'une révolution dont les effets ne devaient pas tarder à se faire sentir, dans l'industrie des arts céramiques. Les fouilles exécutées cette année, dans le cimetière de Dronca, près d'Assiout, ont mis à jour, avec des étoffes portant la date certaine du xin" siècle, des plats ayant conservé la forme évasée des belles faïences arabes décrites plus haut, mais le galbe, l'émail, les dessins gravés dans la pâte révèlent un art déjà décadent. Comme ces pièces viennent de tombes riches, remplies de bijoux et d'étoffes précieuses, l'infériorité relative de la céramique implique la déchéance de la
1. Les petites bouteilles en porcelaine chair do poule découvertes en Egypte, et d'abord faussement attribuées à l'époque pharaonique, viennent de Qous, Geft et Kosseïr, entrepôts successifs du commerce de l'Inde dans la Mer Rouge. Les inscriptions qu'elles portent sont du vin" siècle (Jacquemart, op. cit., p. 32).
2. Je dois remercier M. W. de Bock, conservateur de l'Hermitage à S' Pétersbourg, d'avoir attiré mon attention sur ce point. Dans le but d'éclaircir la question j'ai prié M. de Mobgan, directeur du service des antiquités en Perse, de vouloir bien faire rechercher, dans les collines do décombres de Rages, les traces de la céramique antérieure au m' siècle.
fabrication que j'attribuerais volontiers à la ruine des fabriques artistiques dans l'incendie de Fostât.
Avec les sultans Mamelouks, dont le pouvoir commence en 1250, d'autres influences apparaissent dans la céramique, je ne veux ici que les noter en passant.1 Elles ne firent pas toutefois oublier les poteries siliceuses, car au xme siècle on les rencontre, puis au xivc nous les voyons reparaître comme un procédé de choix.2 Cette nouvelle manière tranche, d'une façon frappante, sur l'ancienne fabrication. Les délicatesses un peu mignardes du premier art sont remplacées par l'éclat du coloris. La complication du décor est en rapport avec la vigoureuse construction des pièces. Les plus belles manifestations connues me semblent être les vases persans et siculo-arabes reproduits avec tant de maestria par M. H. Wallis.8 C'est je crois à l'étude de documents de ce genre que l'on doit l'opinion, qui s'est accréditée dans la science, que les Arabes empruntèrent aux Persans les traditions de l'industrie de la faïence.4 Il ne me paraît pas douteux, qu'en ce qui concerne les arts, un courant d'influence se soit, à plusieurs reprises, dirigé de la Perse et de la vallée de l'Euphrate vers l'Egypte. J'ai noté déjà, à l'époque pharaonique, une poussée dans ce sens,5 mais tout me porte à croire, qu'au temps de Nassiri Khosrau, il se produisit un courant inverse suivi, environ deux siècles plus tard, d'un remous se dirigeant de la Perse et de Mossoul vers la Syrie et l'Egypte. Par l'étude des faïences signées que j'ai pu réunir, j'espère apporter de nouveaux arguments en faveur de cette opinion. Si importante