H. Wallis, op. cit. (texte explicatif de la planche vn
collection une pièce, sans signature, analogue aux produits de la fabrique et décorée d'une gazelle, peinte en bleu, passant vers la droite au milieu de feuillages. Je me suis demandé si l'artiste n'avait pas voulu ici, par un véritable jeu de mots, remplacer sa signature par l'animal dont il portait le nom. La chose n'a rien d'impossible, ni même d'improbable. Je fais néanmoins ce rapprochement sous toutes réserves car, dans des pièces persanes d'un autre style et d'une autre époque, j'ai trouvé des figures de gazelle, qui n'ont rien de commun avec les œuvres de notre fabricant. Celles-ci le placent, jusqu'à plus ample information, à un rang secondaire parmi les représentants de l'école syrienne en Egypte.1
El-Chamy. ^.li!l
Les produits de cette fabrique sont représentés par neuf échantillons : six fragments de plats ou de grands bols, deux fonds de petits bols et un fragment de tasse à café.
Ici la pâte est plus grossière, mal travaillée et moins compacte. Dans les grandes pièces la glaçure est en général assez belle, mais dans les petites, trop chargées de dessins, les émaux sont brouillés. Quand l'artiste cherche à sortir des sentiers battus, ses dessins sont absolument enfantins (fig. 67, pi. vm). Tantôt la décoration est faite au trait noir sur un fond bleu verdâtre, comme dans cette pièce, tantôt en bleu sur fond blanc. El-Chamy, le Syrien, encore un étranger, a signé ses pièces de deux manières. La première comprend quatre variantes figurées planche il (nos 62 à 65). L'écriture est bonne, hardie, très lisible. On la trouve recouverte d'émail sur les petites pièces. La deuxième manière ne
1. Il est actuellement impossible de savoir lequel de nos artistes, persan ou syrien, a emprunté les procédés, les formes, les dessins de l'autre. Toutefois le vif éclat dont a brillé la fabrique de Ghaïby autorise à croire qu'elle eut des imitateurs.
figure que sur trois grands fragments, avec autant de variantes (pi. il, 66. 67. 68) écrites sur la pâte nue, sans émail au fond.
Malgré ces différences, je crois pouvoir attribuer toute la série à une même fabrique.
Celle-ci se trouvait probablement au Vieux Caire, non loin de la mosquée d'Amrou, à peu près dans le lieu appelé Abou Séoud. J'ai, en effet, rencontré dans cette région une des pièces signées (fig. 67, pi. il et pi. vin) au milieu de pièces manquées au feu, de débris de trépieds, de scories et de briques brûlées. Ce qui semble bien indiquer que la fabrique était placée, sinon dans cet endroit, tout au moins dans un point du voisinage, car il n'est pas dans les usages des artisans arabes de transporter au loin les débris qui peuvent les gêner. — Le nombre des pièces signées, que j'ai pu trouver, est assez restreint. Les résidus de fabrication sont au contraire extrêmement abondants. Comme je l'ai dit plus haut, la signature est souvent placée sur la pâte nue. Privée de la protection de l'émail elle a pu disparaître, et je croirais volontiers qu'il en a été ainsi dans un grand nombre de cas. Ce qui me porte à le croire c'est qu'un examen plus attentif du dessous des pièces, ayant la même décoration intérieure, m'a montré des traces d'inscriptions trop rongées par le salpêtre pour que la lecture en soit certaine, et cependant pas assez effacées pour que l'on n'ait pas l'idée de les comparer à celles d'el-Chamy. Si la supposition se confirme, il en faudra conclure que la fabrique a été une des plus importantes de l'Egypte à cette époque, autant par le nombre des pièces produites que par leurs grandes dimensions.
El-Fakid. juLih
Le mot el-Fakid veut dire, en arabe, celui qui est perdu ou celui qui est regretté. Il a toutes les allures d'un surnom applicable
à un étranger, qui aurait été amené en Egypte contre sa volonté. Une seule petite pièce, fond de bol, de pâte blanche et fine, recouverte d'un engobe blanc, m'est actuellement connue. La face intérieure est ornée, au centre, d'une tache bleu sombre de O012 de diamètre, entourée d'une couronne formée de dix points de couleur vert tendre. Quatre rameaux peints en bleu, et dont il ne reste que la base, terminaient la décoration de cette face. L'extérieur était couvert par de larges rayons bleus. La marque (fig. 82, pi. m) est en bleu foncé sur fond blanc.
Les renseignements qui précèdent sont trop incomplets pour qu'il soit possible de les utiliser à la détermination de l'origine du faïencier ; sa place provisoire est à côté des maîtres venus de Syrie. Je me base sur la similitude de la forme, et sur la teinte des émaux, pour légitimer ce classement.
El-Siouaz. jlj ]\
La pièce unique qui porte cette signature peut être, du premier coup d'oeil, classée à côté des faïences communes de l'école syrienne déjà étudiées avec el-Chamy. Nous retrouvons la même grossièreté de la pâte, la même maigreur dans le dessin avec des procédés d'exécution identiques (fig. 73, pi. Vin). Si l'on pouvait avoir des doutes, ils seraient bien vite levés par l'examen de la pièce suivante, faite par le^s d'el-Siouaz le Syrien1 (pi. il, fig. 74).
Grhaïby ne fut donc pas le seul à se fixer au Caire et à y faire souche.
El-Siouaz, autant que j'en puis juger par l'unique pièce que j'ai trouvée, était, à l' encontre de Ghaïby, moins habile que son fils. Le petit fond de bol, sorti des mains de ce dernier, est d'une
1. Peut-être originaire de Sivas (ancienne Ca/rira, puis Sebaste), ville d'Anatolie, Turquie d'Asie, chef-lieu d'un vilayet et peuplée de 30.000 habitants.
grande finesse de pâte et d'un galbe délicat. Le dessin est original et exécuté avec une grande légèreté de main qui laisse, bien loin derrière elle, la gaucherie de l'échantillon précédent et donne une note personnelle, dont je n'ai pas retrouvé d'exemple (fig. 74, pi. vin).
El-Fathh. ^ull
L'unique pièce qui porte cette signature est un petit fond de plat, de bon style et de fabrication soignée. La pâte est fine, blanche, homogène. La partie intérieure est décorée, en bleu sur blanc, par un procédé que je n'ai point eu, jusqu'ici, l'occasion d'observer. Les dessins, de couleur très foncée, sont gravés dans la pièce et le doigt sent facilement le relief de l'émail épais et d'une blancheur laiteuse. Sur une large bande, traversant le cercle, se trouve une inscription qui reproduit la signature du fond, suivie d'un mot incomplet que je n'ai pu déchiffrer. Les deux segments sont ornés de rinceaux qui rappellent la bonne fabrication de Damas (fig. 99, pi. x). — La signature est en bleu sombre (fig. 99, pi. iv). Cette pièce est certainement de bonne époque. Je la crois antérieure à celles que j'ai décrites jusqu'ici dans la série de faïences siliceuses signées.
El-Kallass. ^^21
La seule pièce qui porte ce nom est en pâte blanche, à gros grains. C'est un fond de bol d'assez grandes dimensions, à côtes, émaillé en blanc bleuté, décoré à l'intérieur et à l'extérieur de feuillages et de boutons de fleurs assez grêles, très simplement dessinés et pointillés. C'est encore ici le style de l'école damasquine.
Extérieurement, l'émail vient s'arrêter en grosses gouttes qui forment un bourrelet à quelques millimètres de la partie inférieure
du pied. Le dessous est soigneusement émaillé et porte la marque en bleu pâle (pi. iv, fig. 100).
Le mot Kallass a, en arabe, plusieurs sens entre lesquels il est ici assez difficile de choisir; je les transcris à titre de renseignement :
1° Qui jette au dehors, qui vomit quelque chose d'un seul jet, (se dit, p . ex, d'une plaie d'où le sang s'échappe).
2° Qui déborde un peu (vase).
3° Marchand ou fabricant de bonnets pointus, mitres, coiffes.
Quoi qu'il en soit, l'échantillon signé Kallass donne l'idée d'une fabrication soignée.
Bism. ^i
Trois fonds de grands plats épais, de pâte blanche assez grossière, portent en bleu ce mot, écrit en lettres renversées (pi. m, fig. 88 et 88 a), qui dénote leur origine musulmane. Bism signifie au nom de . . -1 Ces pièces ont certainement été fabriquées au Caire, malgré cela leurs dessins ont tout-à-fait le caractère des pièces de l'école de Damas. Je possède des faïences sans signature, beaucoup plus fines et élégantes de forme, qui ont été achetées en Syrie, à Damas, et sur lesquelles on retrouve des dessins presque identiques à celui que j'ai fait représenter (fig. 89, pi. x). Je crois pouvoir mettre, dans le même groupe, deux petits carreaux de faïence de revêtement hexagonaux, en pâte blanche siliceuse émaillée, importés de Syrie et qui ressemblent aux pièces de cette fabrique, et aussi à celle d'el-Chaamy. C'est une nouvelle preuve de l'installation au Caire de céramistes damasquins, et de la conservation des procédés usités dans le pays d'origine. Sur
1. Coran, premier mot du verset 76. xxn, que les Musulmans récitent pour tous les actes importants de la vie, et qui figure dans un très grand nombre d'inscriptions de monuments.
cette même pièce reproduite, au lieu d'une rosace centrale, on en trouve quatre se faisant pendant deux à deux. Les intervalles sont remplis par des feuillages, entièrement dessinés en bleu au pinceau, sans aucune touche noire. L'ombilic est légèrement saillant.
De la face extérieure, presque entièrement détruite, il reste cependant une écaille qui permet d'affirmer qu'au lieu des rayons habituels, il y avait une inscription tracée en très gros caractères bleus.
Une signature (représentée planche rv, fig. 104) donne le mot Bism, écrit à l'endroit, en caractères différents de ceux des autres pièces dont je viens de parler; malgré cela, un examen attentif des dessins me permet de croire qu'il y a lieu de réunir, dans un seul groupe, toutes les variantes de cette signature.
Nakkaeh. J.&
Ce nom veut dire peintre ou graveur, il est actuellement assez commun en Algérie.1 La seule pièce trouvée avec cette signatui'e était absolument intacte, elle a été brisée au moment de la fouille. Les petits fragments qui manquent ne nous empêchent pas de nous rendre compte de son ensemble (fig. 80, pi. ix).
C'est une coupe de 0-13 de largeur, haute de 0-04 seulement. Elle présente au centre un ombilic très saillant, en forme de tronc d'arbre, terminé par plusieurs saillies dont la plus élevée dépasse, de 0*006 millimètres, le niveau des bords de la coupe. Cette éminence est creusée d'une cavité close dans laquelle sont enfermés deux ou trois petits grains qui grelottent, comme un hochet d'enfant, dès que l'on agite la pièce. Un fragment de la série de Ghaïby