E. (iAII.MKK, Op. Cit., p
hauteur, ce qui me fournit un nouvel argument en faveur de cette opinion.
El-Herniizi. ^j^JI
La série, portant le nom de ce fabricant, se compose de onze pièces de frittes émaillées sur engobe blanc : dix fonds de petits bols et un fond de plat. L'émail en est assez souvent craquelé. Les dessins qui les décorent sont de très inégale valeur artistique. La forme la plus simple est une rosace, composée de 18 à 21 pétales qui représentent autant de coups de pinceau, toujours de teinte bleue. — Trois autres rosaces à sept rayons, d'un dessin plus compliqué, sont peintes avec des parties réservées en blanc. Autour de ce motif central il y avait des feuillages, dont on aperçoit une partie, dessinés dans le style de la figure 60 (pi. vin).
Dans ces huit fragments, et dans les deux qui suivent, le bleu, plus ou moins foncé, est la seule couleur employée. — Deux pièces portent la représentation de poissons tournés vers la gauche. L'un d'eux (fig. 59, pi. vu) a été reproduit, il présente la plus grande ressemblance avec les poissons des faïences de Grhaïby. Dans les deux derniers échantillons, nous voyons la palette s'enrichir de noir et d'un ton feuille morte, d'un effet agréable. La plus petite de ces pièces représente un oiseau, semblable à ceux de Ghaïby, moins bien dessiné, coloré en violet foncé tirant sur la couleur feuille morte, avec des raies bleues et noires sur l'aile. De toutes les pièces qui composent la série, la meilleure, sans contredit, est le fond de plat, figuré (n° 60, pi. vm), dans lequel la rosace de feuillage est traitée avec une grande liberté et un sentiment très juste de la décoration céramique.
L'extérieur des pièces est, comme dans presque toutes ces faïences, orné de rayons partant des lignes horizontales du fond pour remonter au bord libre.
La signature, écrite en bleu ou en teinte feuille morte, porte, dans tous les cas, aamal el-Hirmizl (fait par Hirmizi). Ici encore il s'agit d'un étranger, né dans l'île d'Ormuz ou Hormuz, située dans le détroit qui fait communiquer le golfe persique avec la mer d'Oman. L'histoire de cette île peut, à défaut de preuves certaines, fournir quelques renseignements de nature à éclaircir la question des migrations de l'industrie céramique. Au xmc siècle, Ormuz fut la capitale d'un important royaume musulman, comprenant le littoral de la Perse et de l'Arabie. Prise par Albukerque, en 1514, à l'époque où il songeait, sinon à conquérir l'Egypte, tout au moins à la ruiner, en détournant le cours du Nil dans la Mer rouge. — Elle fut reprise par Shah Abbas en 1622. Ce prince, bien que cruel, gouverna avec prudence et talent. Il encouragea les arts, attira des artistes européens à Ispahan et leur confia la construction de ses palais.1 Laquelle des deux révolutions put chasser l'artiste de son pays et l'entraîner vers l'Egypte ? Nous manquons de données pour résoudre un problème posé d'une façon aussi incomplète. Les circonstances qui, suivant toute apparence, ont amené le changement de résidence d'un autre ouvrier persan, el-Taurizi, nous permettront, je crois, de nous rapprocher de la vérité. Ce serait au début du xvie siècle, plutôt qu'au xvrT, que la fabrique d'Hirmizi aurait existé.
El-Taurizi. £'jjp\
Deux fonds de bols, émaillés en blanc, décorés au centre d'une rosace très simple, exactement dans le style des pièces d'Hermizi, sont les seuls produits de cette fabrique qui soient arrivés jusqu'à moi. Le plus grand de ces fragments nous montre, tout autour de la rosace, après une zone blanche de O025 de largeur, une guir-
1. A. Gaïet, L'art persan, p. 206. Biblioth. de l'enseignement des Beaux-Arts. Quantin Ed.
lande de feuillages, traitée très largement dans le style persan. L'extérieur est décoré de rayons bleus. La signature, de même couleur, sous émail (fig. 74 a, pi. n), est absolument identique sur les deux pièces, faites et signées par la même main. C'est encore ici un Persan qui est venu apporter son industrie en Egypte, et le surnom iïel-Taurizi, inscrit au fond de la pièce, nous en donne une preuve irréfutable qui va nous aider à éclairer, par des faits positifs, l'histoire probable de la migration de notre artiste. Au commencement du XVIe siècle, l'année même où Albukerque s'emparait d'Ormuz, ainsi que nous l'avons vu, «la victoire de Tcholdiran (24 août 1514), remportée par Sélim Ier sur le Shah de Perse Ismaïl, eut pour conséquence l'occupation de Tauris, alors capitale du royaume. Les richesses de la ville, les trésors du Shah furent expédiés à Constantinople. Les meilleurs artisans y furent transplantés.»1
Le conquérant dirige ensuite ses efforts sur l'Egypte et s'en empare, après avoir pris la Syrie. Enfin, en 1519, sa puissance s'étend sur la côte d'Arabie et sur la Mecque. D'aussi grands bouleversements politiques expliquent assez bien pourquoi, de gré ou de force des artistes ont émigré, de différents points de la Perse, vers l'Egypte où le caractère plus facile des habitants, la richesse relativement grande à cette époque, et peut-être aussi le renom de fabriques existantes, pouvaient les attirer.
El-Istaz. SfcJ^l
Ce fabricant, dont le nom veut dire maître, en persan, nous indique son origine par sa signature. Ses œuvres sont représentées dans la collection par deux petits fonds de bols.