‹ Contribution à l'étude de la céramique orientaleChapitre 31 sur 72 · Page · texte numérisé non relu

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Le n° 134, dont la marque présente une variante avec ses quatre gros points inscrits dans la lettre ~ , contournée de façon à former un cercle (pi. v, fig. 134), est recouvert, à l'intérieur, de dessins dans le style du n° 126. Ce fait démontre que, malgré l'adjonction des points il s'agit, très probablement, de pièces d'une seule et même fabrique.

Le n° 135 (pi. v) porte une marque analogue, sans les points. Il est décoré, à l'intérieur, d'un oiseau dans le style persan. La même observation doit être faite pour le n° 136 qui porte un oiseau chanteur, posé sur une grosse branche, au milieu des fleurs.

Le n° 133, fragment d'un grand bol, porte au centre un lièvre à longues oreilles, passant vers la droite, entouré de fleurs. Le reste de cette vaste coupe est recouvert de rayons, bleus et noirs, alternant avec des dessins géométriques et de jolis rinceaux.

Dans toute la série, sans qu'il y ait imitation servile, l'influence persane domine, avec une très grande variété dans le choix des sujets de décoration. — Les caractères tirés de la forme de ces échantillons, de la composition de leur pâte et de la nature de leurs émaux, m'incitent à les classer parmi les pièces exécutées dans les fabriques du Caire. Les trépieds de séparation, qui impriment presque toujours leurs marques sur les pièces communes un peu grandes, n'ont laissé ici que des traces rares et légères, qui suffisent pour attester leur emploi, mais indiquent bien les soins apportés à la cuisson. Les plats persans de cette époque sont trop rares dans les musées et dans les collections pour qu'il soit facile d'établir des comparaisons. Je n'en ai, pour ma part, vu aucun pouvant me servir à rattacher ces échantillons céramiques à une fabrique de Perse, tandis que tout porte à croire que, sous l'influence des traditions persanes dont on retrouve le cachet, ils ont été exécutés en Egypte, dans la région même où on les a rencontrés, c'est-à-dire au Vieux Caire, à une époque qui reste à

préciser, mais qui me semble être le milieu ou la fin du xive siècle. Ce qui place ces pièces, de grand choix, avant l'arrivée au Caire de Ghaïby et de ses contemporains.

Numéros 139 à 142.

Cinq pièces, qui portent en dessous une barre unique, présentent entre elles des divergences fort grandes à tous les points de vue. La vague ressemblance de leur marque est loin de suffire pour que je cherche à leur attribuer une origine commune.

Le n° 139 (pi. v) est une moitié de soulier dont le tiers postérieur manque. Le fragment mesure O08 de long, 004 de large et 0-045 de hauteur; au-dessus du cou-de-pied il est décoré de rinceaux blancs, verts et noirs de style arabe. La glaçure recouvrait aussi l'intérieur, mais sans dessins.

C'est la seule petite pièce de ce genre que j'aie jamais vu extraire des collines du Vieux Caire.

Les nos 140 (pi. v), fond de plat, et 140 b (pl.v), fond de bol, sont tous les deux tributaires de l'art persan, décorés en bleu de branches d'arbres, de fleurs et de feuillages. Ils présentent des analogies frappantes avec la fabrique qui marquait *,

Le n° 140a (pl.v), de pâte plus grossière, porte dans le bord de son pied un trou de suspension, fait après la cuisson, mais qui indique cependant, d'une façon certaine, l'habitude très répandue de tout temps d'user des pièces céramiques pour la décoration des murailles. — Le fond est peint en bleu sur fond blanc, un arbre, couvert de gros fruits ovales, en occupe le centre. De grandes herbes entourent le pied de l'arbre. Des deux côtés, des cyprès symboliques encadrent le motif central. Cette pièce, très certainement fabriquée au Vieux Caire, procède de l'art persan.

Le n° 141 (pi. v), fragment de plat à parois épaisses, est décoré au centre du sceau de Salomon en bleu, entouré de hachures noires et serti d'une zone blanche. Tout autour, des groupes de rayons noirs et bleus, séparés par des bandes blanches, complètent la décoration dont l'exécution est assez négligée.

Plusieurs pièces analogues, sans marque (soit qu'il n'y en ait jamais eu, soit qu'elle ait disparu, ce qui n'a rien d'impossible car la face inférieure est sans émail), font partie de la collection que j'avais autrefois offerte au Musée du Louvre, et qui fait actuellement partie du Musée de Sèvres. — Pour ce morceau, comme pour ceux que j'ai donnés et qui portent le même dessin, je puis affirmer catégoriquement leur origine cairote. Il semble donc que la marque formée d'un trait ne constitue pas, comme je l'ai dit plus haut, la signature d'une seule fabrique, à moins que celle-ci n'ait produit des variétés très diverses de pièces céramiques.

Dans la même série je signalerai encore :

La marque 152 (pl.v), observée sur un fond de plat décoré de feuillages en bleu très vif de la même teinte que celui qui était en usage à la fabrique qui marquait *-.

153 (pl.v), marque composée de trois traits parallèles en noir, petit fond de bol blanc orné, au centre, d'une sorte de marguerite bleue entourée de feuillages.

154 a (pl.v), petit fragment de plat fabriqué au Caire (pièce de rebut), à l'intérieur rinceaux de feuillages, à l'extérieur larges bandes bleues, rayonnant du pied au bord du marli. La marque en noir, composée de quatre points, est placée sur le bord interne du pied.

160 (pl.v), semis de treize points placés au fond d'un bol à parois minces, décoré en bleu foncé sur blanc d'arbres, de feuillages et de fleurs, qui rappellent à la fois l'art persan et l'art chinois.

Enfin, le n° 113, de style persan, portant au fond neuf points noirs irrégulièrement semés.

3° Céramistes égyptiens.

El-Masry. j^^all

Les quatre pièces, qui composent cette petite série, ont la pâte un peu plus dure et plus grise qu'on ne l'observe généralement. Dans le n° 53 (pi. i), la marque présente une variante. La dernière lettre est écrite au-dessus du corps du mot.

Aucune de ces pièces n'a été reproduite en couleur, mais on peut se faire une idée exacte de ce genre de fabrication, en se reportant à la figure n° 81 (pi. ix), très fidèlement reproduite et sur laquelle les nos 53 et 54 semblent avoir été copiés presque servilement.

Cette pièce, signée aamal el-Barani, «faite par l'étranger>, paraît avoir emprunté sa décoration à l'industrie des cuivres gravés sans incrustations et étamés, qui existait au Caire à la fin du XVe et au commencement du xvr siècle.1 D'où venait cet étranger? C'est ce qu'il me semble actuellement bien difficile de dire, sans autre document que ce mince débris de céramique. Comme il peut avoir été l'inspirateur d'el-Masry, j'ai préféré joindre la description de son travail à celle des œuvres de l'apprenti qu'il aurait formé, si l'industrie fut, à cette époque, importée au Caire. En admettant l'hypothèse contraire, il faudrait reconnaître que l'élève, venu du dehors, aurait sinon dépassé au moins égalé son maître.

Quoi qu'il en soit, la fabrique d'el-Masry produisit de belles et grandes pièces. Le n° 52 est le fond d'un grand bol brillamment décoré. Les parties, teintées en bleu dans les autres pièces, sont ici colorées en vert, sauf un rinceau qui entoure le médaillon central, formé d'une liane symétrique, ornement dont l'emploi fut très

1. Je possède de grands et beaux spécimens de ces cuivres sur lesquels on trouve, outre les ornements que reproduit cette petite faïence, les armoiries et les titres d'émirs de l'entourage des derniers sultans mamelouks.

répandu pendant plusieurs siècles. On la voit déjà dans les tapisseries coptes d'Akhmîm, on la retrouve fréquemment, dans les verres émaillés des xme et XIVe siècles, et dans les poteries vernissées sur engobe de la même époque (pi. xiv, fig. 4). En dehors du rinceau on trouve des médaillons, séparés par des bandes bleues bordées de blanc, dont les dessins intérieurs ont une grande analogie avec ceux de certains pots, attribués à la fabrication dite : siculo-arabe. je citerai entre autres le n° 2788 du Musée de Cluny et le col du vase n° 618.64 du South-Kensington Muséum. Parmi les vases persans qui ressemblent à ma pièce, je signalerai la panse de celui qui est exposé au British Muséum (vitrine 32 de la galerie des verres et de la céramique).1

L'émail extérieur des pièces d'el-Masry est fort beau. Il vient se déposer en gouttes épaisses et transparentes jusqu'au niveau de la base, sauf dans les points où la pièce, pour être trempée, était tenue renversée par l'ouvrier. La décoration était composée de rayons bleus, larges de 0-008 à 0-010, séparés par des espaces blancs de 0-003 à 0005. Dans le fragment n° 52 il existe une variante, les lignes sont : blanc, bleu, blanc, vert, etc.

La signature, écrite en noir, est placée tantôt au milieu du fond, tantôt sur son bord. Bien que l'écriture me semble de type plus ancien que celle des autres fabricants, je n'ose pas en inférer que l'on doive faire remonter ces faïences au xme ou xive siècle. Elles sont, cependant, très sûrement antérieures à celles des Ghazal, Agami et Ghaïby.

Il est difficile de se rendre compte du siège exact de la fabrication, des fragments de cette série ayant été trouvés également au Vieux Caire et à Bab el-Ouézir.

1. Cette dernière pièce est classée comme étant du sm° ou du xive siècle. En l'examinant et en la comparant à beaucoup de mes fragments, je ne puis me défendre de l'idée qu'elle a dû être fabriquée au Caire.

Aïoub. ^.yi1

Le nom d'Aïoub (Job) figure sur deux fonds de plats, aussi remarquables par leur dimension que par leur style. L'un d'eux est représenté de grandeur naturelle (fig. 101, pi. si), il donne une idée très exacte de la richesse de sa décoration. Son revers, émaillé en blanc bleuté, porte des rayons bleus gémellés, placés entre deux traits noirs très minces.

Le deuxième échantillon est décoré absolument dans la même gamme de couleurs, mais ici le fond est blanc, les ornements géométriques sont en bleu. Un bouquet de fleurs, dessinées en noir sur fond blanc bleuâtre, occupe le centre du plat, il est enfermé dans un hexagone hachuré de bleu et compris lui-même dans un sceau de Salomon, en bleu. Les six triangles des pointes sont en blanc piqueté de V noirs. La bordure chevronnée est la même que dans la pièce précédente. La pâte est blanche, grenue, bien homogène. La couverte vitreuse est très belle, sans craquelures, malgré le séjour de plusieurs siècles que ces pièces ont fait dans les décombres. Sur tout le fond, la pâte est sans glaçure, sauf en un point très limité, au centre, qui aurait dû recouvrir la marque, hâtivement écrite en noir un peu plus haut (fig. 101, pi. iv).

Ces pièces remarquables rappellent, par certains côtés, l'art persan, notamment dans les fleurs du centre du n° 102. Les détails du fond de la même pièce, les rinceaux de la rosace du n° 101 (pi. xi) ramènent ma pensée vers certains grands vases, attribués à la fabrique dite siculo-arabe, et cette impression se confirme dans mon esprit par l'étude de la pièce suivante qui, par sa technique

1. Il a existé à Constantinople, au foubourg d'Ayoub (ou Aïoub), une fabrique de carreaux de revêtement qui n'ont, avec mes pièces, rien de commun que le nom. J'en ai fait mention en note, à la fin de l'historique, p. 44.

et par sa constitution intime, rappelle absolument les produits de la fabrique d'Aïoub.

Ce fond de bol, sans signature (fig. 103, pi. x), porte à l'intérieur en beaux caractères neskhys cette inscription : « Aabbass, fils de . . . » Il me semble provenir, sinon de la prétendue école siculo-arabe, tout au moins d'une fabrique qui la suivait de bien près.1 On trouvera des fragments analogues dans les séries que j'ai données aux musées de France. J'en possède un certain nombre encore, et, soit dans ces collections, soit parmi les débris que j'ai pu voir cbez les marchands, j'ai souvent trouvé des pièces mal venues, de véritables déchets de fabrication, la fabrique ne devait pas être bien loin de l'endroit où ils ont été trouvés. En présence de l'incertitude qui règne encore sur la véritable origine des faïences dites siculo-arabes, il m'a semblé que, tout ce qui pouvait être de nature à éclaircir le problème, ne devait pas être négligé.

Je n'ai jamais eu, dans les musées que j'ai visités, l'occasion de voir, à côté des grands vases, des plats ou des bols désignés comme ayant la même origine. Dans les collines de décombres du Vieux Caire, au contraire, j'ai trouvé non seulement des fragments de pots, des fonds de vases, mais encore des lampes de même pâte, et dont les dessins et la glaçure transparente ne pouvaient guère laisser de doute sur l'étroite parenté qui les reliait à ces énigmatiques faïences de Sicile. Elles ont, très probablement d'ailleurs, été fabriquées en plusieurs points, un peu partout dans le bassin de la Méditerranée, suivant l'avis du très compétent directeur du South- Kensington Muséum, M. Purdon-Claeke.2 — L'une de ces lampes, ornée d'une armoirie formée d'un losange inscrit dans une ellipse d'un blanc bleuâtre, piquetée de groupes de quatre points, est

1. Au sujet des faïences siculo-arabes, voir le Catalogue du Musée, de Cluny, par M. E. du Somerakd, p. 210. Paris, 1883.

2. Purdon-Clarke, communication orale (juillet 1894, Londres).

décorée, sur les côtés, de poissons noirs dans le style de ceux que l'on observe si fréquemment dans les cuivres et sur les lampes en verre des xiv* et XVe siècles.1

La présence des armoiries doit nous porter à croire que la pièce remonte au moins à cette époque. Au South-Kensington Muséum, un de ces grands pots siculo-arabes, inscrit sous le n° 482.64 et attribué au xni° ou xiv° siècle, porte au col un médaillon, répété six fois, qui a la plus grande ressemblance avec une armoirie. Le fragment qui porte le nom d'Abbas et quelques autres me semblent contemporains de ce grand vase. Il a donc existé, au Caire, des fabriques de faïences siliceuses, à glaçure vitreuse, bien avant l'arrivée des maîtres syriens.

El-Chaer. ^ifjl J>

En arabe, ce mot signifie le poète, il ne permet pas de préjuger de l'origine de celui qui l'a porté.

J'ai réuni neuf spécimens qui portent, en toutes lettres, le nom à'el-Chaer, sur une de leurs faces seulement ou sur les deux à la fois. — Sept de ces pièces sont de fabrication commune, les deux dernières sont d'un art très remarquable, à tous les points de vue.

Tous les fragments grossiers sont signés au fond (pi. n, fig. 71 et 72 a). Le n° 71a porte en outre, dans son ornementation intérieure, le nom répété six fois (pi. vin, fig. 71a). On peut se rendre compte, sur la figure, des procédés de décoration employés; je les passerai d'ailleurs en revue, dans la partie de ce chapitre relative à la fabrication.

La pâte est grossière, la glaçure manque généralement dans les points où posaient les picots du support. C'est bien la fabrication courante de l'Egypte à cette époque.

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