Solon, op. cit
Les vendeurs, venus de Constantinople ou d'Asie, les désignent aussi sous le nom de Martabani, bien qu'ils appliquent celui-ci plutôt aux porcelaines types qu'à leur copie.1
Une autre raison pour expliquer l'origine des contrefaçons a été mise en avant par M. Solon,2 c'est qu'à la chute de l'empire arabe, au XIIIe siècle, les communications avec la Chine se trouvèrent interrompues, les côtes d'Asie et d'Afrique cessèrent de recevoir leur fourniture de porcelaine verte. Sans nier en aucune façon cette influence qui a très certainement joué un rôle important, mes recherches me permettent cependant d'affirmer que, bien avant la fin de cet empire, dès le xie ou xne siècle et même plus tôt peut-être, les céramistes arabes surent imiter le céladon et surtout le craquelé chinois avec une perfection qui ne fut jamais dépassée, ni même atteinte depuis en Egypte.
Toujours dans ma trouvaille de Syrie, à côté des terres siliceuses et des reflets métalliques sur pâte translucide, j'ai recueilli une sorte de soupière, haute de 0'16 et ayant 0-23 de diamètre, parfaitement intacte.3 La pâte est blanche et siliceuse, la couverte vert pâle, tirant sur le jaune, est craquelée. Une inscription en coufique orné, à reflet métallique, d'une belle écriture que l'on doit rapporter à l'époque des Fatimides, recouvre la paroi extérieure sur une hauteur de O'IO. Une grande partie de l'inscription est effacée
1. «En 1884, le professeur Karabacek, de Vienne, publia un essai intitulé : Céramique musulmane. Il émet l'opinion, d'après certains auteurs arabes que cette porcelaine verte était fabriquée à Martaban, province de Siam. Le Dr Hikth, de Shangaï, prétend au contraire que, dès la plus haute antiquité, la Chine était en rapport avec les pays musulmans, d'une façon régulière. Du vu* au ini' siècle les vaisseaux arabes visitaient les différentes parties du monde . . . Marco-Polo signale, à Zeitoun, au mi' siècle, une vente considérable de porcelaine et aussi des manufactures qui existaient à Tïngui (Lung ch'uan), que les Chinois considèrent comme le lieu de naissance du vieux céladon.» (Extrait de la conférence déjà citée de M. Solon.)
'i. hoc. cit.
par les frottements résultant d'un long usage, ce qui en rend le déchiffrement impossible. L'origine arabe de la pièce et l'époque à laquelle on doit la faire remonter ne semblent pas contestables. Le pays exact de production reste à établir, mais les découvertes faites en Egypte permettent d'affirmer que des faïences semblables ont vu le jour à Fostât, dont les ruines m'ont, à plusieurs reprises, livré des échantillons de ce genre mêlés à des débris de fabrication.
Dans les premiers siècles de l'ère musulmane, au moment de l'épanouissement des sciences et des arts, l'imitation ne fut nullement servile. Il ne s'agit point d'une copie grossière, mais d'une interprétation des procédés mis en œuvre dans un autre pays. Dans la pièce que je viens de citer c'est l'inscription, en coufique orné, qui attire tout d'abord le regard, puis un examen plus attentif révèle l'existence des craquelures de l'émail et pourrait faire croire qu'il s'agit d'un travail chinois, si les caractères de la pâte ne la rattachaient nettement aux pièces arabes que nous connaissons déjà.
Peu à peu ces productions s'éloignent de leur type primitif, elles deviennent de moins en moins artistiques, sans que le fond des procédés soit modifié. La couverte perd une partie de ses qualités, les ornements de style arabe sont gravés dans la pâte au lieu d'être peints en lettres brillantes1 à reflets métalliques. Malgré cela c'est toujours la pâte blanche siliceuse qui est mise en œuvre. Les lieux d'origine connus du faux céladon sont, à l'heure actuelle, peu nombreux. En dehors de la soupière, venue de Syrie, je ne vois guère que certains fragments, trouvés à Fostât ou dans la nécropole musulmane d'Akhmim, qui puissent être rapprochés des produits de cette fabrication.2