Op. cit., appendice, pi. m, iv, etc
6. J'ai, tout récemment (août 1898), trouvé dans le Liban, à Aïn Baradi, non loin d'Aïn-Sofar, des fragmente identiques à la pièce figurée par M. Wallis (pi. vi,
Cette opinion, que je crois très fondée, prend un nouvel appui par l'étude des différents spécimens recueillis en Crimée et dans le Caucase et publiés par M. W. de Bock, 1 et par l'examen des nombreux plats, vases, coupes qui sont trouvés depuis quelques années à Chypre, dans un état de conservation dont je n'ai vu d'exemple dans aucune autre localité.2
Toutes ces variétés, sans être identiques, présentent entre elles des analogies nombreuses, qui imposent de les classer dans une même famille. La pâte terreuse, plus ou moins fine, généralement rouge, est travaillée au tour, le vernis jaune, brun ou vert, appliqué sur un engobe, recouvre la pièce tantôt sur ses deux faces et tantôt seulement à l'intérieur. Des dessins sont gravés au trait, détruisant l'engobe par places avant l'application de la couverte. Ces caractères se retrouvent presque tous dans les produits de fabrication égyptienne. Les inscriptions et les armoiries, dont j'ai déjà signalé la présence habituelle, lui donnent une physionomie très spéciale qui permet, à première vue, de la distinguer des autres variétés précédemment nommées, quand par hasard on les rencontre dans les mêmes fouilles, ce qui n'est pas absolument rare aux environs du Caire.
J'ai longtemps cru à l'importation de cette industrie des provinces byzantines en Egypte et c'est peut-être ce qui a eu lieu, mais il me semble, dans l'état actuel de la question, bien difficile de l'établir sur l'observation de faits irréfutables.
fig. 11 de son mémoire). Ils étaient en place dans une maison en ruine, dont le ciment et des débris de mosaïque grossière indiquaient l'origine byzantine.
1. W. de Bock, Poteries vernissées du Caucase et de la Crimée. J'aurai l'occasion de revenir plus loin sur cet excellent travail, quand je discuterai les origines de la fabrication des poteries d'Egypte.
2. Presque tous les musées possèdent actuellement des spécimens de cette variété de céramique. Je ne m'arrêterai pas à sa description détaillée, mais j'en dirai quelques mots plus tard.
Il a certainement existé de très nombreux rapports entre l'Egypte et les localités où furent fabriquées les poteries vernissées de la Crimée et du Caucase, à l'époque où celles-ci étaient couramment employées. Sur trente-et-un types représentés par M. W. de Bock dans son intéressant mémoire, quatorze ont été retrouvés dans les collines de décombres des environs du Caire. Ce sont les numéros 1. 7. 11. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 31. — Les dessins des pièces 18. 20. 21 se retrouvent non seulement dans les terres vernissées du Caire, mais encore dans quelquesunes des faïences siliceuses à couverte vitreuse, décrites dans les chapitres précédents.
Il est à remarquer que je n'ai trouvé qu'un spécimen décoré de figure humaine et que M. de Bock, de son côté, n'a point décrit de pièces portant des inscriptions. — J'ai relevé, entre nos deux séries, une autre différence, tous mes échantillons ornés d'armoiries sont vernissés sur les deux faces. Dans un grand nombre de cas le revers, quand il pouvait être vu, portait des décors ou des inscriptions. Au contraire, dans la série de la Crimée et du Caucase, treize échantillons seulement, sur trente-et-un, portent un vernis extérieur, et dans trois cas cette couverte même n'est que partielle (nos 16. 17. 25). Une seule fois il est fait mention d'ornements (n° 8) et ce sont de simples cercles concentriques, bien différents des ornements compliqués observés dans les pièces égyptiennes de la belle époque.
On peut faire des remarques analogues pour les poteries d'Ephèse. Celles de Chypre ont des formes qui les rapprochent davantage des poteries armoriées de l'Egypte, le revers est presque toujours émaillé, mais en teintes plus claires et, pour ma part, je n'y ai jamais rencontré d'inscriptions. — La terre en est plus fine, mieux travaillée, d'un rouge plus franc et pourtant la décoration est moins artistique.
Je puis noter en passant, que la variété chypriote fut contemporaine de la fabrication égyptienne, car j'ai trouvé en place, à Bab el-Ouézir, un pied de coupe à talon bas, en terre rouge clair, gravée à l'intérieur de dessins quadrillés grossiers, émaillée en jaune pâle avec des taches marron clair et vert clair irrégulières,1 enchâssée dans des débris de fabrication égyptienne du xivc siècle.
En Egypte, il y eut d'ailleurs au moins deux écoles.
La manifestation la plus ancienne de la fabrication des poteries vernissées sur engobe que j'aie trouvée à Fostât, n'est certainement pas antérieure à la conquête arabe, mais elle ne paraît pas lui être de beaucoup postérieure. Cette pièce, que je crois unique dans son genre (fig. 1, pi. xv),2 est un fragment d'un petit bol conique très évasé, à talon bas. Sa forme rappelle celle du bol transparent de l'époque de Nassiri-Khosrau. La terre blanche, assez fine, ne paraît pas avoir été travaillée au tour ou bien elle a été déformée pendant le travail de la décoration intérieure qui est très soignée. Au centre, on voit les restes d'une rosace formée par des cloisons dont le relief a un demi-millimètre de hauteur. Trois bandes circulaires striées, formant également saillie, circonscrivent deux zones : la première lisse, jaune terne, est ornée d'une ligne brisée verte et de points bruns; la deuxième, d'un jaune plus franc, porte en relief une inscription circulaire ainsi conçue : Aamal abi Nasr el-Nos(rani) = fait par Abi Nasr le chré(tien), si l'on accepte la lecture, qui de toutes paraît la plus vraisemblable. Les lettres, par leur forme, indiquent les premiers temps de la conquête arabe.3 L'inscription entière devait donner la date et le lieu de la fabrication. Malgré l'absence de ces documents on peut affir-
2. N° 3183. Ce fragment représente un peu plus du tiers de la pièce qui avait 0-123 de diamètre et 0-035 de hauteur.