‹ Contribution à l'étude de la Circulation Artérielle et Lymphatique du Nerf Optique et du ChiasmaChapitre 14 sur 40 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les artères optiques sont-elles terminales ?

Si nous résumons maintenant ce que nous savons de l'irrigation sanguine des voies optiques inférieures nous voyons qu’on peut leur considérer trois territoires artériels.

L'un, desservi par la choroïdienne antérieure est en arrière. Il comprend la partie postérieure de la bandelette optique jusqu’à sa division. A partir de ce point, en effet. ce territoire appartient à la cérébrale postérieure qui envoie des branches pour les corps genouillés. Un autre occupe une situation moyenne. Il comprend la portion chiasmatique de la bandelette, le chiasma avec ses deux faces, et les nerfs optiques intra-craniens. Ce territoire est irrigué par des artères

venues directement de la carotide interne ou des cérébrales antérieures.

Enfin une troisième région est irriguée par l'artère ophtalmique. C’est le nerf optique extra-cranien avec le globe oculaire lui-même.

Sur ces trois zones on trouve le même mode de divi-

sion vasculaire. D’abord les artérioles issues de gros troncs qui se ramifient dans la pie-mère et forment là un réseau ou tout au moins si on accepte les conceptions de Duret, un pseudo-réseau. De celui-ci dirigé horizontalement, parallèlement à lasurface des organes, partent des vaisseaux qui plongent dans la profondeur et s’y capillarisent immédiatement.

A cette source sanguine superficielle s’en ajoute une autre plus profonde et constituée au niveau des bandelettes par des branches issues directement des gros rameaux choroïdiens qui les traversent, et dans la région du nerf optique intra-orbitaire par l’artère centrale de la rétine.

Le mode de ramification des vaisseaux le long des fibres nerveuses, est ici en tout point comparable à ce qu'on observe dansla moelle. D’abord perpendiculaires aux fibres, ils se divisent selon un mode uniforme en un rameau descendant et récurrent qui, eux-mêmes, se ramifient de la même façon jusqu’à épuisement. Ils se continuent alors avec des veinules dont la disposition est loin d’être aussi typique. Au niveau du nerf optique lors de l'apparition des grosses cloisons conjonctives ce sont les scpta qui commandent les points de pénéiration, el il s’en suit une symétrie beaucoup plus grande que dans le chiasma et les bandelettes.

Les capillaires forment donc des systèmes’ simples qui ne compliquent pas des subdivisions et des réunious répétées. [ls s> modèlent sur les éléments nerveux qui les entourent, courant parfois sur un trajet

assez long et les contournant en spirale. A première

ere

vue, sur les coupes ils paraissent s’entremèler et s’enchevêtrer d’une façon presque inextricable. Dans la région du segment rétro-bulbaire du nerf optique, on voit aussi des ramuscules provenant de l'artère centrale rétinienne et semblant se continuer avec des rameaux issus de la pie-mère et pénétrant par voie périphérique. S'agit-il Là de véritr les anastomoses ?

Ainsi que nous l'avons dit au sujet de l'artère centrale de la rétine il est bien difficile d'apporter dans celte question des preuves décisives. Mais avant de parler du système capillaire, disons quelques mots du réseau pial qu’on trouve aussi bien sur le nerf optique que sur. le chiasma et les bandeletites.

= Nous avons dit qu’en poussant des injections dans la

choroïdienne antérieure, nous avons pu remplir, par-

tiellement le réseau pie-mérien des bandelettes sans obtenir la réplétion du réseau chiasmatique. Nous parvenions ainsi dans les fines ramifications centrales de cet artère et nous voyions reflaer le liquide dans la cérébrale postérieure. Cette opération répétée plusieurs fois sur des cerveaux frais d’autopsie nous donna presque toujours les mèmes résultats. Malheureusement il n’est pas possible de faire de tels essais sur des enfants nouveau-nés à cause de la friabilité du cerveau et de la petitesse des artères de la base. Pourtant la choroïdienne antérieure est chez ceux-ci relativement très développée, et aurait pu donner lieu à des constatations intéressantes.

D'autre part nous avons voulu nous assurer si tel fait se reproduisait pour lartère ophtalmiqne. Dans ce

but nous avons pris deux lots de quatre jeunes sujets chacun. Sur l’un nous avons lié la carotide interne immédiatement au-dessus de l’ophtalmique et nous avons poussé par la carotide interne cervicale homonyme, à son origine dans la primitive, une injection de Gerota, en ayant soin de placer un lien élastique sur le front pour éviter les pertes par les sus-orbitaires. En opérant ainsi, nous obtenions une réplétion de toutes les artères de l'orbite et nous observions que la masse fluide venait refluer d’une part sur la veine ophtalmique dans la fente sphénoïdale, d'autre part sur les terminaisons des petites artères ethnoïdales à trajet récurrent sur la lame criblée osseuse et le bulbe olfactif. En même temps, tout une partie de la face se colorait en bleu. Cependant, malgré que la pie-mère extra-cranienne fût injectée, nous ne vimes jamais le liquide venir refluer sur le nerf endocranien en traversant le trou optique. C’est à peine si une veinule se dessinait, appartenant probablement à ce système dont parle Kuhnt et qui se déverserait dans le sinus caverneux

Voulant contrôler en sens inverse ce fait nous pratiquâmes alorssur le deuxième lot la ligature de l’ophtalmique à son origine, en gardant avec soin le cerveau tout entier. Nous faisons pénétrer alors l'injection par la carotide interne comme précédemment. Bien que nous ayons eu à lutter ici encore contre de nombreuses fuites dans la dure-mère nous sommes parvenus deux fois à bien injecter le chiasma, bandelettes et

nerfs optiques intra-craniens. Dans ce cas le réseau

see pial était rempli jusqu’au trou optique mais tout ce qui était dans l'orbite était vide.

Que conclure de ces faits ? Nous savons bien qu’en matière d'injections on est exposé à de nombreux aléas qui laissent prise à la critique. On peut toujours supposer, en effet, que les points restés vides ne sont pas remplis soit à cause du sujet, soit par la nature mème du liquide ou la technique employées. Sans pouvoir répondre d’une façon absolument satisfaisante à ces objections, nous pensons cependant que de nombreux essais de ce genre peuvent donner sinon des certitudes, du moins des présomptions. Rappelons enfin, que si Heubner, Cadiat, Charpy considèrent les réseaux pie-mériens des artères comme anastomotiques, Duret pense, au contraire, que dans cette membrane se trouvent des artérioles terminées en arborisations d’où naissent perpendiculairement les branches nourricières.

Dans les organes eux-mêmes ces rameaux se capillarisent et s’entremélent.

S’anastomosent-ils ensemble ? Nous croyons le fait possible, mais rare et nul au point de vue physiologique. Il ne faut pas, en effet, prendre les nombreuses inosculations des capillaires optiques pour de véritables anastomoses, car en suivant avec patience certains d’entre eux nous avons pu nous rendre compte que très souvent on aboutit ainsi à une veinule. Il s’agit donc ici de la circulation normale du retour.

Du reste, s’il est encore dans ce cas très difficile de démontrer péremptoirement que ces capillaires sont

terminaux, au moins a-t-on de fortes raisons de le croire,

EE FOUE e avec le peu que nous a enseigné sur ce sujet la pathologie et surtout l’analogie entre un organe comme le nerf optique et la moelle. Les auteurs qui l’acceptent comme, par exemple, dans la région de la lame criblée entrele système hyaloïdien central etle système ciliaire, les disent très fins, et Rochon-Duvignaud ajoute qu’au point de vue physiologique ces communications sont absolument négligeables.

Au demeurant, pourquoi faire des exceptions en faveur de l’artère centrale et ne considérer comme terminales que les branches rétiniennes ? Est-ce parce que les branches qu’elle donne dans le nerf optique ne sont que des collatérales ? A ce fait on peut répondre que les artères rétiniennes sont également des rameaux collatéraux, puisque chez le fœtus l'artère hyaloïde est destinée au cristallin. Ce n’est que plus tard qu’elle devient la source de nutrition des couches visuelles par développement anormal de ces menues petites branches primitivement nées sur les côtés du tronc originel.

Or nous pensons que les émissaires de l’artère centrale constituent un épisode très instructif de la nutrition du nerf optique. Toutes les branches provenant du réseau pie-mérien et plongeant dans la profondeur parmi les fibres se comportent comme elles, obéissant aux mêmes nécessités physiologiques, et s’il ne peut être question de localisation de ces territoires capillaires autour de faisceaux fonctionnellement bien définis comme l’ensemble des fibres maculaires, du moins

peut-on dire que les éléments nerveux dans leur long

trajet sont irrigués par toute une échelle de capillaires de provenances diverses. Ne pouvant se suppléer les uns les autres, l’oblitération d’un de ceséchelons par un procesus quelconque d’endartérite, aboutirait donc à Vischémie certaine des fibres dont ils sont chargés

d'assurer la nutrition.

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