CHAPITRE IX
injections d'encre de chine dans le tronc du nerf optique,
Pour réaliser ces expériences nous nous sommes servis de chiens jeunes, bien portants et de moyenne taille. Nous leur avons administré la dose réglementaire d’atropine-morphine, puis nous les avons endormis au chloroforme, préférant cetle méthode à celle de l’injection de chloralose dans les veines, comme nous donnant une plus grande résolution des muscles du globe.
Pour aborder le nerf optique, nous avons pratiqué, après avoir rasé et nettoyé la région, une incision de cinq centimètres environ partant de l'angle palpébral externe et allant dans la direction de la racine de l'oreille du même côté. On tombe ainsi infailliblement vers le milieu du ligament orbitaire dont la section laisse pénétrer largement dans les cavités orbitaires, réalisant là, en quelque sorte, une opération parfaite de Kraske, après que l’on a ensuite écarté et sectionné certaines portions du muscle temporal si volumineux chez le chien. On répère ensuite avec facilité le nerf optique qu'on d''nude soigncusemént, sans brutalité, avec une
sonde cannelée en attirant le globe en avant,
Nous avons utilisé comme aiguilles, des pointes en acier du même diamètre que celles employées couramment pour les injections sous-conjonctivales. IL faut cependant que ces pointes, tout en piquant bien, ne soient pas trop longues pour ne pas dilacérer le nerf. Il faut pour cela réduire le biseautage à son minimum.
Enfin, nous nous sommes servis d'encre de Chine de préférence au carmin d’indigo dont les particules sont trop grosses. Nous avons toujours fait les’‘solutions nous-mêmes. On obtient ainsi, outre l’assurance de la nature du liquide vecteur, une diversité fort utile dans la taille des grains. Les gros peuvent être, étueitet, arrêtés à certains endroits là où peuvent passer les plus petits. Nos solutions étaient ensuite réduites par l’ébullition prolongée jusqu’à consistance presque sirupeuse. Il importe,en effet, d'obtenir une concentration maxima
afin d'injecter une quantité très minime.
Expérience N° 1.
Jeune chien de 14 kilogrammes. Énucléation trois heures et demie après l'injection. Après avoir saisi le nerf optique, sous un crochet qui tire en mème temps le globe en avant, nous injectons une goutte d'encre, en ayant soin d’enfoncer bien perpendiculairement à l'axe. L'aiguille est vivement reürée afin d'éviter de déposer en passant des grains dans l’espace intervaginal. Du reste au moment de l'opération, le nerf est coudé sur le crochet et Ics gaines tendues sont appliquées sur le tronc optique.
Après ablation de l'aiguille, le petit point noir qui indique son entrée est lavé doucement avec de l’eau Stérilisée. La plaie qui, du reste ne saigne pas, est tamponnée légèrement.
Trois heures et demie après, le globe est énueléé avec la totalité du nerf optique orbitaire, ce qui est facilement réalisable avec l'instrument de Joseph.On a ainsi derrière le bulbe, une longueur de nerf qui, suivant la taille de l’animal, atteint de 0 m. 025 à 0 m. 040.
Fixation de la pièce dans 12 formol à 20 0/0. Inclusion dans la celloïdine. Avant de soumettre le bloc au microtome nous l’avons plongé pendant assez longtemps dans de la glycérine afin d'obtenir le plus de translucidité possible etrepérer l'endroit de Ja piqûre.
Examen histologique.
Premières séries de coupes faites successivement 0 m. 015, O0 m.013, 0 m. 010, 0 m. 008, 0 m. 006 et 0 m. 00% au-dessus du lieu de piqûre. Aucune trace d'encre de Chine n’est perceptible dans le tissu interstitiel. On rencontre seulement quelques granulations dans l’espace intervaginal. Aucune dans la dure-mère.
À 2 millimètres au-dessus du point d'injection malgré
un examen très attentif on ne irouve rien de plus.
À 1 millimètre au-dessus enfin, on rencontre dans le segment inférieur du nerf, une tache noire qui est le prolongement postérieur de la goutte injectée. Celte tache est cependant bien circonscrite ; elle n’a aucune tendance à l’étalement et les septa névroglitiques et con-
jonctifs sont vides d'encre de Chine.
Rien du côté des vaisseaux nicomme granulations ni
comme diapédèse, * Expérience N° 2.
: Chien de 15 kilogrammes. Énucléation quatre heures et demie après l'injection.
Examen des coupes 0 m. 017, 0 m. 015, 0 m. 043, Om. 010,0 m. 008, 0 m.006 en arrière du point injecté. Aucune irace d'encre de Chine dans le tronc nerveux. Seulement quelques grains dans l’espace sous-arachnoïdien et appliqués contre la pie-mère; # millimètres audessus, cette couche de granulation de l’espace intervaginal devient plus dense, mais rien n’est visible dans le tissu nerveux intersliliel. ;
Entin à 1/2 millimètre en arrière, le lieu d'injection devient perceptible mais les septasont toujours libres. Les vaisseaux n'indiquent aucun phénomène d'inflammation. " |
Pour plus de sécurité et afin d'éviter toute cause d'’erreur, nous avons aussi fait quelques coupes près du point d'entrée de l'aiguille mais cette fois du côté du bulbe,
Les résullats sont aussi négatifs.
Expérience N° 3.
Chien de 12 kilogr. 500. Énucléation cinq heures et demie après l'injection.
Examen des coupes 0 m..012, 0 m. 010, 0 m. 008, 0 m. 006, en arrière sans autre constatation que lapré-
sence de grains d'encre dans l’espace sous-arachnoï-
SRG CAE
dien. Sur les coupes, faites % millimètres en arrière seulement, les granulations deviennent plus. abondantes dans cet espace. À ce niveau cependant nousnotons quelques grains dans la dure-mère qui ne semblent pas cependant être en relation avec les vaisseaux. Toujours risn dans le tissu interstitiel jusqu’à ce que les coupes arrivent au voisinage immédiat du point d'injection. Rien également du côté du segment bul-
baire du nerf. F
Expérience N° 4.
. Chiende 16 kilogr.50, Énucléationsix heures et demie après l'injection. |
Coupes faites 0 m. 018, 0 m. 019,0 im.013, 0 m. 011, 0 m. 009,0 m.007 et 0 m. 005 en arrière du point d entrée de l’aiguille.
De même que pour les expériences précédentes pas de grains dans le tissu du nerf. Au contraire, on en trouve d’abondants dans l’espace sous-arachnoïdien et davantage plus on se rapproche du point d'injection.
A 4 millimètres, constatation intéressante de traînées dans la dure-mère, et surtout la présence d’une ligne noire entourant complètement une assez grosse artériole. Les grains sont appliqués sur la tunique externe du vaisseau, répartis dans une épaisseur à peu près égale. Dans Ies autres vaisseaux, artères ou veines de celle tunique, on ne voit cependant pas d’autre traec d'encre de Chine.
En exaininant les coupes sériées de celte région, nous
constatons la présence toujours identique de cette cein-
ture noire. Il n’y a rien dans le tissu interstitiel du nerf. Par contre dans le tissu cellulaire péri-duralil y a des traces noires libres.
A 3 millimètres, toujours cette même artère et sa collerette. Nombreux grains dans l’espace sous-arachnoïdien contre lapie-mère. D'autres gros vaisseaux existent à ce niveau dans la gaine durale. Les plus gros n’ont aucune granulation dans leur zone péri-adventielle. On note encore entre.les faisceaux conjonctifs de la gaine des traces d’encre qui paraissent avoir tendance à se localiser autour des vaisseaux plus petits.
Toujours rien dans le tronc même du nerf. A2 millimètres on trouve une lache noire non loin du centre du tronc nerveux, c’est le prolongement du point d’injection. Aucunetendance cependant ni à l’étalement, ni au rayonnement dans les septa conjonetivo-névroglitiques. Nombreuses granulations dans l’espace intervaginal. Présence plus abondante d'encre également dans la dure-mère. La mème artériole et son enveloppe noire est toujours visible, mais l’encre est ici disposée plus irrégulièrement. Sur un des côtés du vaisseau il y a une tache plus foncée, assez forte, qui rompt la symétrie de la collerette noire. Il semblerait que c’est cette tache qui s’élimine par la voie péri-vasculaire.
De même ici,en ce point, il existe dans la dure-mère d’autres trainées noires qui ont tendance à se disposer dansle voisinage des vaisseaux de petile taille. Les gros sont cependantabsolumentindemneset aucungrain n’est visible dans leur zone périadventitielle.
Rien à noter dans le segment bulbaire du nerf.
Expérience NOT:
Chien de 14 kilogrammes. Énucléation douze heures après l'injection.
Coupes faites 0 m. 020, 0 m. 018, 0 m. 015, 0 m. 012 montrent les espaces stellaires du nerf indemnes degranulations.
Rien également dans la dure-mère, seulement on voit dans l’espace sous-arachnoïdien accolé à lapie-mère . quelques leucocytes renfermant de petits grains d'encre.
À 10 millimètres les granulations deviennent assez abondantes dans \’espace intervaginal. Sur les deux parois on trouve ici pas mal de globules blancs. Toujours rien de perceptible dans le nerf lui-mème.
A 5 millimètres la quantité des cellules Iymphoïdes augmente considérablement dans l’espace intervaginal. Toutes sont bourrées’de grains noirs. On trouve encore cependant ça et là des granulations libres mais en très petite quantité.
Il est encore à noter que presque toutes les cellules phagocyiaires sont appliquées contre la dure-mère.Elles forment par leur accumulation à cet endroit une masse sombre. Il n'y en a que quelques-unes sur le côté piemérien.
La dure-mère elle-même enfin renferme entre ses faisceaux de nombreux leucocytes, conte ant eux aussi des grains d'encre. Quelques-uns sont agglomérés en petits tas entre les faisceaux conjonctifs. Ils paraissent manifestement provenir de l'intérieur sc dirigeant vers
le tissu orbitaire,
Toujours rien du côlé du nerf optique proprement dit. A 3 millimètres en arrière du point d'injection cependant l’aspect de la coupe du nerf optique change. A un faible grossissement on voit déjà de petites trainées noires dans les cloisons conjonctives interfasciculaires,
et particulièrement dans le centre des espaces stellai-
res d’un des segments. Il ne semble rien y avoir dans
l’intérieur des faisceaux secondaires.
A un plus fort grossissement, on se rend parfaitement compte que l’on a affaire à des granulations d’encre de Chine,les petits corpusculessont surtout localisés autour des vaisseaux dont la lumière, toute petite, apparaît sur des coupes transversales, au centre des espaces stellaires. Ils sont localisés sur la paroi externe de l’adventice qui apparaît comme hypertrophiée. Ces granulations ne sont
pas libres. Elles sont contenues dans des corps cellu-
à à ù laires qui semblent se rapprocher davantage des cel-
lules conjonctives que des leucocytes. | D'autre part, on retrouve dans les sillons, faisant suite aux centres stellaires, quelques-unes de ces cellules contenant des granulations, mais aucune n’est visible dans l'intérieur des faisceaux secondaires, c’est-à-dire
en contacl immédiat avec les fibrilles nerveuses. À 1 millimètre enfin nous tombons sur le prolonge ment antérizur de l'injection. [ci l’espace sous-arach- -noïdien contient des granulalions abondantes, les unes
libres, les autres déjà phagocytées.
Il résulte de ces expérien es que la chose la plus cons-
tante, celle qui n’a jamais fait défaut, c’est la présence
de granu'ations dans l’espace sous-arachnoïdien. Les grains étaient les uns libres, tant que l’énucléation fut pratiquée six heures après l'injection. Au bout de douze heures la plupart de ces particules étaient à ce moment déjà intracellulaires. Malheureusement pour la théorie qui voudrait voir dans les espaces séreux des gaines de véritab'es voies lymphaliques, on peut supposer (et cela est très probable), que ces grains existant dans ces espaces y ont été déposé en passant, lors du retrait de l'aiguille du centre du nerf. La présence d'encre de - Chine à cet endroit est donc sans valeur.
Dans les expériences # et 5, nous voyons des particules noirs dans la dure- mère proprement dite. Dans la dernière, la plupart étaient intracellulaires et provenaieni manifestement de la face interne.
Cette constatation est intéressante car elle confirme ce que Dupuy-Dutemps avait déjà vu, c’est-à-dire la tendance constante des phagocytes à gagner le tissu orbitaire en sortant de la gaine durale.
Du côté du tronc nerveux nous n'avons saisi aucun changement dans les quatre premières expériences. Ce n'est qu'après avoir attendu douze heures et dans les coupes rapprochées (3 millimètres) du licu d'injection que nous avons pu voir des trainées d'encre. Ces traces élaient parfaitement visibles, et occupaient les espaces stellaire: et les branches de ces espaces dans tout un segment de nerf examiné. Les granulations d’eners: étaient dans ces endroits localisés uniquement autour des petits vaisseaux, ct leur formaient une sorte
de ceinture sur la face externe de leur gaine adventi-
Ocul. comp. Ziess, n° 6 Objectif Leitz 6. Coupe transversale d’un nerf optique de chien 3 millimètres en arrière du point d'injection d'une goutte d'encre de Chine. Énucléation douze heures après. La coupe a élé coloréc au Van Guison et les stries roses représentent les espaces stellaires conjonctivo-vasculaires du nerf optique. C'est autour des vaisseaux dont on voit la lumière coupée transversalement que sont localisées les particules d’encre. Autour des vaisseaux nerveux il n’y a aucun corpuscule
étranger.
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Imp.Monrocq .
Vigot, Éditeur.
tielle. Ces particules noires n’étaient cependant pas libres. Elles étaient intracellulaires,et dans un corps protoplasmique paraissant appartenir beaucoup plus à des cellules conjonctives qu’à des leucocytes.
Dans les branches faisant suite aux espaces stellaires on reconnaissait les mêmes corps cellulaires que ceux situés autour des vaisseaux. Ils étaient en bien moins grand nombre mais parfaitement perceptibles.
Ce fait de voir de l’encre autour des vaisseaux (il ne s’agit pas de vaisseaux centraux) se trouve dans l’expérience # mais dans la dure-mère, Nous voyons en effet à cet endroit une grosse artériole entourée de grains noirs, mais ceux-ci sont libres. Par contre, rien n’est perceptible dans le tronc nerveux; la pie-mère ne contient de son côté aucun corps étranger.
Ainsi donc, le tissu interstitiel du nerf qui contiendrait après un temps suffisant des grains d'encre est le tissu conjonctif. Dans l’intérieur des faisceaux secondaires en contact avec les tubes nerveux il n’y aurait rien d'anormal, et aucune granulation susceptible d’être perçue. Il ne faut pas oublier cependant que ce tissu conjonctif est dans le nerf optique la portion vasculaire. Chaque région stellaire contient son vaisseau et chaque strie qui en part renferme aussi de fines branches. D’autre part, on peut se trouver en présence de phénomènes de phagocytose conjonctive classique qui fait partie des stades inflammatoires. Nous ne pensons pas cependant qu'il y aitlà une véritableinflammation. L'’encre était soigneusement aseptique et les soins opé-
ratoires furent très surveillés. Du reste, cela n’expli-
er TREe
querait pas bien la présence de granulations libres autour d’un vaisseau assez gros de la dure-mère comme dans l’expérience n° 5. |
Guillain affirme que dans la moelle il assiste à l’ascension dans les cordons postérieurs de grains d'encre de Chine, maisil dit également avoir vu la localisation certaine des particules dans la gaine de l'artère du sillon. Ce dernier fait est à rapprocher de nos constatations pour le nerf optique.
Au demeurant, la question des gaines périvascu'aires n’est pas une nouvtauté. Depuis Robin, His, Boll nous avons élé accoutumés à les considérer comme les voies Iymphatiques probables des centres. Seulement, doiton se figurer ces gaines comme des chemises à double paroi conjonctives (nous savons qu’on n'y a jamais décelé d’endothélium) où circule librement du liquide? Nous ne le croyons pas. Il doit en ètre des vaisseaux du nerfoptique et du globe oculaire ce qu'il en est des artères en général. L’histologie moderne en effet a plus tendance que jamais à considérer tous les vaisseaux de notre organisme comme entourés d’un tissu conjonctivolymphoïde, qui réagit et contribue aux phénomènes inflammatoires. Peut-être cette chemise lymphoïde estelle pour l’œil et les centres nerveux plus développée qu'ailleurs, Peut-être aussi a-t-elle été mieux perçue dans ces organes? Ce sont là choses vraissemblables.
Ainsi donc, dire que dans le nerf optique il existe des courants lymphaliques circulant dans les espaces injectables par les méthodes de Schwalbe nous semble
bien hasardé. Nous dirons de préférence qu'il y a dans
Le
le nerf optique des gaines lymphoiïdes vasculaires situées dans les espaces stellaires conjonctifs. Ces gaines qui existent également pour les vaisseaux des gaines ,OCCu-, pent dans le tronc nerveux les espaces qui sont des espaces vasculaires par excellence. Les injections fines que nous avons pratiquées chez l'enfant nous ont donné en effet l’assurance que chaque cloison conjonctive si petite soit-elle, transportait un conduit sanguin, fût-il infiniment capillaire. L’irrigation sanguine du nerf optique, beaucoup plus grande que ce l’on décrivait jusqu'à présent, constitue donc en mème temps le réseau lymphoïde. Le tissu réticulé périadventitiel devient la fameuse gaine conçue par Robin et His, mais l’espace n’est pas vide. Un liquide peut-il filtrer dans la trame qu’il occupe? Ce n’est pas impossible mais nos préparations nous ont en tous les cas donné la certitude que les grains d’encre de Chine sont trop gros pour y passer librement. En serait il de même pour des micro-organismes? Cette question sera sans doute résolue plus tard. Nous pensons cependant que si les microbes euxmêmes ont beaucoup de chance d’être ingérés par le rôle phagocytaire des cellules, en tous les cas leurs toxines n’ont pas les mêmes raisons d’être arrêtées en route.
Existe-t:1l cependant malgré cela un courant de lymphe cireulant au milieu du feutrage névroglitique des fibrilles nerveuses? Nous ne le pensons pas. En tous les cas les méthodes imaginées jusqu'à présent pour en démontrer l'existence sont absolument incapables de le démontrer.
Magitot 10