‹ Contribution a l'etude de la Colite Amibienne Chronique EuropeenneChapitre 14 sur 33 · EUR; DL · texte numérisé non relu

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La forme pulmonaire.

Une grave atteinte de l’état général avec anorexie, amaigrissement, anémie, asthénie, poussées fébriles vespérales, peut simuler la tuberculose pulmonaire au début. Nous avons déjà vu que l’hippocratisme des doigts peut ne pas manquer.

La forme néoplasique.

Si altération de l’état général s’accompagne de troubles locaux, de phénomènes de subocclusion, on pourra penser à un cancer rectal ou recto-sigmoïdien. Ces formes pseudocancéreuses peuvent entraîner l’occlusion du côlon droit et l'intervention chirurgicale qui aurait pu être évitée par l'application d’un traitement antiamibien institué à temps (BAUMEL, BASLER, ROGERS, DESJARDINS). Le diagnostic de cette forme pseudo-néoplasique avec le vrai cancer se greffant sur une amibiase colique, est extrêmement délicat.

La forme tuberculeuse.

D’autres fois, les symptômes locaux et généraux imposent plutôt pour une tuberculose colique (AUGÉ et VIENNOT, BOURGIN).

La forme rachialgique.

Des douleurs lombaires ou lombo-sacrées peuvent, par leur intensité, simuler le lumbago. En cas de colite amibienne, elles ont ce caractère particulier de se manifester surtout aux changements de saison, à l’apparition des premiers froids. Non modifiées par les changements de position, elles sont aussi fortes la nuit que le jour.

La forme hémorragique.

I y a des cas où des hémorragies intestinales plus ou moins brutales et abondantes sont le seul signe d’amibiase

chronique latente (ANGLADE et ROSENRAUCH, GERMAIN, CARBONI et MORVAN, RACHET).

Les fissures anales.

Elles peuvent, de même, être l’unique symptôme de la colite amibienne chronique.

ER): que La forme hémorroïdaire.

Les hémorroïdes, symptômes de tant d’affections pelviennes et hépatiques, peuvent être le seul signe permettant de soupçonner l’amibiase camouflée. CHANTRIOT (de Beyrouth), a fréquemment observé des varices et phlébites du gros intestin dans l’amibiase. Voici une de ces statistiques :

1. Hémorroïdes chez des amibiens hépatiques : 50 %. 2. Hémorroïdes chez des amibiens non hépatiques : 20 &. 3. Hémorroïdes révélatrices d’amibiase camouflée : 30%.

CHANTRIOT signale le fait important que le flux hémorroïdial symptomatique d’amibiase est jugulé par le seul traitement antiamibien.

Les formes inclassables.

Nous voulons dire enfin quelques mots de certaines formes cliniques qui ne trouvent leur place dans aucune classification. Leur diagnostic est difficile et ne se fait souvent que par élimination.

Nous voulons brièvement résumer ici une observation inédite que nous devons à l’obligeance du Docteur Georges ROSANOFF, et qui nous a semblé particulièrement instructive :

OBSERVATION N° 1 (Résumée)

Le malade, artiste-peintre, âgé de 40 ans, vient consulter pour des troubles dont il souffre depuis des années : Ce sont des crises d’asthénie survenant à intervalles variables. En même temps, il présente une langue sale et il souffre de douleurs abdominales diffuses, sourdes. Le tout dure de trois, quatre jours, jusqu’à une semaine. L’asthénie est telle que le sujet est incapable du moindre effort tant physique qu’intellectuel. Il prétend même vouloir se suicider s’il ne peut pas être guéri de ces troubles qui l’empêchent de gagner sa vie. |

Après l'examen, nous pensons être en présence d’une insufTisance hépatique. Des solutions salines, du sulfate de magnésie et un régime approprié sont prescrits, mais sans résultat.

On institue alors un traitement intestinal au bismuth par voie buccale, sans plus de succès d’ailleurs. ,

Un troisième essai thérapeutique avec ferments lactiques, formocarbine et régime sans farineux, reste également sans

résultat.

TOOLS

Par l’interrogatoire, on apprend que le malade est originaire de la Russie du Sud et qu’il a eu là-bas une fièvre d’origine indéterminée. On entreprend alors, en désespoir de cause, un traitement antiamibien au stovarsol et à la pâte de Ravaut. Le succès est immédiat, complet et définitif. Le résultat a été contrôlé trois ans plus tard.

Une symptomatologie atypique peut égarer le diagnostic pendant de longues années, entraîner les thérapeutiques médicales les plus diverses et même des interventions chirurgicales.

Voici une observation que nous devons également à l’obligeance du Docteur Georges ROsaNoOrr. Elle a été communiquée à la Société de Médecine de Nice en 1939. Par suite des événements, elle n’a pas pu être publiée ; nous la citons intégralement :

OBSERVATION N° 2 à

Le malade, âgé de 51 ans, souffre depuis sa 27° ou 28° année (1913-1914) des troubles gastro-intestinaux pour lesquels il vient consulter le 4 juin 1938.

En 1912, il avait subi une intervention chirurgicale pour un gros abcès rectal. La convalescence a été longue et laborieuse.

Dans les antécédents, on relève, en outre, une fièvre typhoïde très grave à l’âge de 28 ans.

I1 a subi une deuxième opération (appendicectomie et gastropexie- en juillet 1931.

Actuellement, le malade présente trois sortes de troubles qui sont toujours les mêmes depuis une vingtaine d’année. Ils se suivent toujours immanquablement dans le même ordre et aux mêmes heures. Voici comment le malade décrit lui-même ce cortège symptomatique :

Premier trouble : Eructations fétides et répétées, débutant toujours dans la deuxième partie de l’après-midi entre 16 et 19 heures, allant en s’intensifiant jusqu’à une heure avancée de la nuit pour être régulièrement arrêtées vers le réveil. Ces éructations fétides ne peuvent être comparées à de simples renvois rappelant le goût des aliments ingérés au cours des repas du même jour, elles donnaient au malade l’impression très nette d'avoir absorbé un œuf en état de décomposition ; la profondeur de leur trajet laissait supposer qu’elles provenaient des intestins.

Deuxième trouble : Ainsi qu'il a été dit plus haut, ce deuxième trouble suivait immédiatement et régulièrement le premier. Il se présentait sous forme de gargouillements intenses du côté intestinal droit, s’intensifiant ainsi que les éructations, au point

que tout le côté droit de l'abdomen semblait être en effervescence,.

Troisième trouble : Apparition de la diarrhée dès le réveil, mails souvent aussi, elle était nocturne et dénotait alors une crise plus grave que les autres : Selles extrêmement fétides, marron clair, ou moutarde; leur nombre n’a jamais été inférieur à trois, la dernière toujours vers midi, heure à laquelle les trois troubles s’arrêtaient comme automatiquement,

On peut conclure que durant toute l’évolution de cette maladie, le patient n’a jamais présenté de vives douleurs et, exCeptionnellement, des coliques, Il n’a jamais été obligé de suspendre le travail. Il a rarement été incommodé entre midi et 16 heures.

Détails complémentaires : Le malade a toujours bon appétit, même en crise. Il a pu observer au cours des crises, qu’en se privant du repas du soir, l’accès était moins fort dans son ensemble, mais son évolution et son rythme restaient les mêmes.

Aucune douleur ni tiraillement, ni sensation de pesanteur à l'estomac ne sont à signaler, et cependant, des examens radioscopiques nombreux ont montré une ptose et une atonie complète de l’estomac.

Pas de vomissements ni coliques entre 9 heures et midi ; langue régulièrement rouge et bien nette, même en forte crise. Jamais de fièvre. Perte de poids de 8 à 10 kilos immédiatement après la démobilisation du malade (juillet 1919).

Le malade ayant été mobilisé le 8 août 1914 dans un régiment d'infanterie, n’a jamais quitté la zone de feu que pour des permissions réglementaires de détente. Les différents troubles cités plus haut se sont manifestés de la manière la plus intense et sans arrêt, ni intermittence, pendant les mois d’août, septembre, octobre, novembre 1914, époque pendant laquelle la diarrhée fut constante. Ralentissement depuis décembre 1914, mais réapparition des troubles pendant les permissions passées en famille. Nouvelle apparition des troubles dès la démobilisation. Puis intensification lente et progressive depuis juillet 1919, malgré la multitude et la diversité des soins recherchés et prodigués sans arrêt, mais n’aboutissant à aucun résultat appréciable.

En juin 1938, le malade a commencé le traitement indiqué par le Docteur Rosanorr, L'arrêt des trois troubles était total et immédiat. Il y a seulement à signaler une toute petite apparition désolée des éructations fétides quarante jours environ après le début du traitement, non suivie de gargouillement, ni de diarrhée. Ge jour, fin janvier 1939, après sept mois de traitement, on ne note pas de réapparition des troubles signalés plus haut.»

Le malade, revu au mois de juin 1939, continue à être très amélioré et n’a plus revu reparaître ses troubles. Nous avouons que lorsque nous l’avons vu pour la première fois et en présence des symptômes qu'il présentait, nous nous sommes trouvés extrêmement embarrassés devant la diversité des traitements appliqués jusque-là sans résultat ; en effet, au cours de ses

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