‹ Contribution à l'étude de la corrosion du ferChapitre 21 sur 33 · CAD · texte numérisé non relu

CAD

Il faut donc considérer cette passivation comme provoquée par le pouvoir oxydant de l’acide nitrique concentré.

La mesure du pontentiel du fer dans l’acide nitrique de densité 1,4 donne un nombre élevé : + 0v.58 à + 0 v. 60, et le fer y reste tout à fait brillant. On a affaire à une solution oxydante, comparable aux oxydants étudiés précédemment.

Mais, si la concentration de l’acide baisse en dessous d’une certaine limite, le pouvoir oxydant n’est plus suffisant pour empêcher l’action activante de la solution, et la lutte entre les deux effets opposés se traduit par un potentiel intermédiaire entre les potentiels actif et passif: ainsi, l'acide nitrique de densité 1,2 donne au fer un potentiel de — 0 v. 11 à — Ov. 13, bien qu’il y ait une attaque rapide du fer par la solution.

Cette activation peut se produire même pour l’acide de densité 1,4, par élévation de température : jusqu’à la température de 35°, le potentiel reste de + 0 v.58, et il n’y a aucune attaque. Mais à 40°, brusquement l'attaque se déclanche, et en même temps le potentiel tombe à — 0v.07. Le chauffage de la solution a eu pour effet d'augmenter le pouvoir activant de l'acide, et à la température de 400, il est devenu suffisamment grand pour empêcher la passivation parfaite du fer.

Il faut remarquer que ce phénomène d'activation par la chaleur se produit aussi pour l’acide chromique, qui, à partir de 80°, donne un potentiel de l’ordre de + 0 v. 20, alors qu’à froid on avait + Ov. 65.

Enfin, l’acide nitrique de concentration 0,2 N se comporte vis-à-vis du fer à peu près comme un acide ordinaire, c’est-à-dire que le pouvoir oxydant a presque totalement disparu — le potentiel est de — 0v.46 à — 0 v. 48 (dans l’acide sulfurique 0,2 N, on à — 0 v. 52 à — 0 v. 51).

Notons pour terminer que le nitrate de potasse donne au fer un potentiel qui est au début de — 0 v. 28, et qui, après 24 heures, n’est encore que de

— 0v 60: il y a là une sensible passivation si l’on compare ce chiffre à celui obtenu dans le sulfate de soude.

REMARQUE. — PASSIVATION NITRIQUE DE L'URANUS 10. — La passivation par l'acide nitrique est encore plus marquée pour un acier spécial. Les expériences sont faites avec l’acier Uranus 10 de Jacob Holtzer, et elles montrent que l'acide nitrique ne dépassive pas un tel acier, même par élévation de température. Au contraire, si on élève la température, l’action passivante de la solulion nitrique augmente : le pouvoir oxydant est accrû et, par Suite, le potentiel manifeste une hausse senSible.

Ainsi, dans l'acide nitrique de densité 1,4 à 1,3, l'acier spécial lonne, à froid, + 0 v. 78, ei en élevant la température de la solution de 200 à 98°, Je potentiel monte simultanément de + 0v.78 à + Ov. 89, puis par refroidissement, il revient à sa valeur initiale.

Dans l'acide nitrique de densité 1,2, on a de même + 0v. 68 à froid, et + 0v.77 à 100°. Dans ces deux cas, on trouve des traces de fer dans la solution après l'expérience. à

At

L’acier spécial, après passivation par l'acide nitrique de densité 1,4, donne, si on le plonge immédiatement dans l’acide nitrique normal, un potentiel de + 0v.72, landis que si on le lave intermédiairement à l’acide chlorhydrique concentré, puis à l’eau, l'acide nitrique normal lui donne au début un potentiel de + O0v.15; puis, il y a une passivation progressive qui amène en 2 heures le potentiel à + 0v.58. A 1000, le potentiel passe à + 0v.61. On trouve, après l'expérience, du fer dans la solution : le sulfocyanure donne une coloralion rouge assez marquée.

Cette résistance des aciers spéciaux à l'acide nitrique, surtout concentré et même à chaud, est mise à profit dans l’industrie de cet acide : elle a permis d'employer des conduites et des appareils métalliques partout où circulent gaz et solutions.

Page 1