‹ Contribution A L'Étude De La Cure Radicale Des Sinusites Frontales ChroniquesChapitre 5 sur 15 · RECHERCHES ANATOMIQUES SUR LES SINUS FRONTAUX · texte numérisé non relu

RECHERCHES ANATOMIQUES SUR LES SINUS FRONTAUX

On appelle sinus frontaux deux cavités à forme de pyramide à base inférieure, situées des deux côtés de la ligne médiane de l'os frontal et creusées dans l'entablement de cet os. Tillaux les considère comme des cellules hypertrophiées du diploé. Pour Killian et Hartmann ce sont des cellules ethmoïdales antérieures qui se sont glissées entre la table externe et interne du frontal.

Jacques de Nancy nous dit que «les sinus frontaux jusque vers la septième année ne constituent guère qu’un diverticule globuleux très modeste des cellules ethmoïdales antérieures », Tillaux qu'ils n'existent pas à la naissance et que leur date d'apparition peut être placée à la puberté. Pour Cruveilhier ils apparaissent à la fin de la première année. Pour Bourgery et Jacob vers la dixième, pour Poirier vers la deuxième. J'ai trépané le frontal d’un enfant mort à deux mois, enfant atteint d'un spina bifida, j'ai constaté la présence de deux sinus frontaux, de la grosseur il est vrai d'un grain de poivre, mais nettement constitués, de diamètres antéro-postérieur de 2 millimètres, transverse de 3 millimètras. Chez un autre enfant mort à quatre ans, je trouve déjà des diamètres antéro-postérieurs de 5 millimètres transverse 7 millimètres et d'une hauteur de 15 millimètres.

Sur quarante et une trépanations, je n'ai constaté qu'un seul cas d'absence de sinus. Le professeur Poirier donne la proportion de 2 absences pour 31 observations. Sieur et Jacob n'ont trouvé aucune absence de sinus sur 150 observations. Bouyer, 5 pour 100. Laurent, { pour 7. Luc ne croit pas à l'absence de sinus frontaux. Mourre { pour 100. Loyan Turner sur 500 sujets en trouve 143 auxquels il manquait un seul ou les deux sinus. Enfin Myles et Zukerkandl font remarquer que les sinus frontaux manquent presque toujours chez les nègres ou du moins présentent des dimensions fort minimes.

La plupart des auteurs divisent les sinus frontaux en deux catégories : les grands et les petits. Cette division me paraît difficile à obtenir, car les sinus présentent une telle diversité dans leurs dimensions (les uns étant allongés dans le sens transversal, les autres dans le sens sagittal, chez certains sujets un sinus présente des dimensions considérables, tandis que l’autre est de la grosseur d’un pois) qu’on ne peut les rattacher à un type fixe.

Leur forme générale rappelle assez celle d’un papillon ou d’un éventail, mais comme chez ces diptères leurs bords sont plus ou moins dentelés, et les diverticules absents chez les uns sont fort nombreux chez les autres. Cette constatation a une grande importance pour le chirurgien, car suivant la forme et les dimensions d’un sinus, sa technique opératoire sera entièrement modifiée.

Mais nous pouvons cependant établir une moyenne de la capacité des sinus. Pour Testut, elle est de 20 à 25 millimètres de hauteur et de 25 à 27 millimètres de largeur. Pour la femme les dimensions seraient moitié moindres. Pour Poirier 30 millimètres tant en hauteur qu'en largeur.

Voici les dimensions que j'ai trouvées.

Diamètres an. 2 a) S 45 a ga un a SP PA 17 TS : [cb] un ‘ar h Sexe |Age| + F2 8 3 = É Observations © es) s] FA à 2 > ts = OS é £ œ ù — Sul Æ =

S.D.|H, ,| 28 |0,00510,01810,02410,00710,002/0,004|Diverticul sous orbi- S.G. 0,00710,036/0,016| » taire D. 0,026.

H. .| 52 |0,003/0,012/0,028/0, 00810, 003/0,002|Cloison dansleS.G. 0,001 0,01510,030|0,030 H. .| 70 |0,00710,032/0,024)0,007|0,002|0, 004 0,00610,02410,028| »

0,01010,01210,020 H. .12",,10,00210,00310,00210, 601|0,00110,01/, 0,00210,00510,003 H,. .1 42 |0,00510,04010,02010,00610,00110,004 0, 00810,026|0,023 H. .| 4 |0,005/0,007|0,015|0,003|0,001!|0, 004 0,00510,010!0,016 34 |0,00610,03010,016/0,006/0,002/0,003|Cloison perforée dans 0,00516,016|0,017 S.D. 0,002.

48 |0,00910,026/0,035 10, 005|0, 002 0,004 0,01010,02910,C40 50 |0,00710,03210, 03210, 00710, 001[0,005|Sinusite à gauche. 0,00710,036|0, 036 H. .| 29 |0,00610,032|0, 0260, 00510, 002/0, 002 0,00310,009!0,026|0, 009 52 |0,007/0,016|0,014/0,00610,003|0, 002 0,00310,020|0,013 30 10,09710,01610,02610,00810, 002|0, 002 0,00610,03010,029

H. .| 32 |0,011|10,037|0,025|0, 003 0,00110,002 0,00910,0401|0,021 ue eh Pas! de |Sinus EF. .1 65 |0,00510,02010,02610,007 0,00110,004|Diverticule S.D. 0,044.

0,00510,01910,023 H,. .| 36 |0,007/0,022/0,01910, 007 0,00210,002/2 Diverticules à G. 0,006/10,03010,018 H. .| 45 |0,005/0,046/0,019/0,007/0, 0030, 001|Cloison médiane perfo- 0,005|0,02310,020 rée. Û H. .| 43 |0,01710,04010, 019 0,009!0.003|0, 00% 0,01710,01810,0921 H. .1 38 |0,010/0,040/0,02710,006/0,002/0, 001 |Cloison médiane perfo- 0,01010,0331|0,028 rée.

H. .| 58 |0,008/0,044/0,027/0,007/0,003/0,003 0,00710,02110,019 EF. .| 82 |0,00810,012/0,025/0,00810, 00210, 007

Diamètres

an. 0

Observations

Ant. Post.

Transverse Hauteur Paroi ant.

Paroi Post.

Cloison

= (==) eg Lo

0,002 0,007 0,003 0,002 0, 004 0,003|Cloison dans S.D,

0,001|Diverticule à D. 0,008.

Petite cloison à G.

0,001 0,002 0,002] Diverticule de 0,008 à D.

0,002 0,002 0,002|Cloison à D. de 0,001.

0,002/|11 semble qu'Il y ait un 3° sinus médian-séparé par une cloison de 0,002.

Comme on peut le constater les dimensions sont fort variables mais loin de se rattacher à l’opinion de Testut, il me semble que les sinus frontaux ne sont pas de dimension moindre chez la femme, le diamètre antéro-postérieur me donnant une moyenne supérieure à celle de l'homme.

Les sinus frontaux sont au nombre de deux séparés par une cloison médiane, appelée cloison intersinusienne d’une épais-

seur variant de { millimètre à 15; plus épaisse généralement à sa base qu'à son sommet, cloison présentant parfois des amincissements où des épaississements et sur laquelle vient se greffer d'autres petites cloisons perpendiculaires. Cette cloison est souvent déviée de la ligne médiane et présente des sinuosités. Sieur et Jacob ont observé 3 fois sur 20 une telle déviation de la cloison intersinusienne que l'un des sinus empiétait sur l’autre, le surplombait presque. J'ai constaté cette disposition anatomique 2 fois. La cloison devenait presque parallèle à l’arcade sourcilière. Sur 41 sujets la cloison était déviée 14 fois à droite et 3 fois à gauche.

Cruveilhier prétend que cette cloison est presque toujours perforée ; Tillaux, que la perforation se produit surtout chez les sujets âgés à sinus à grande dimension. Cette perforation serait pour lui due à un travail de raréfaction. J'ai constaté 2 fois cette perforation chez des sujets porteurs de grands sinus.

Mais à côté de cette cloison intersinusienne il existe fréquemment des cloisons sinusiennes, séparant un sinus complètement en deux ou trois sinus secondaires ou divisant le sinus en petites loges incomplètes ; cloisons souvent perforées, d'une épaisseur d’un demi-millimètre. Sur un sujet une cloison de 2 millimètres séparait le sinus gauche en deux loges bien distinctes et l'on pouvait croire que l’on se trouvait en présence de trois sinus frontaux. Ce sont ces divisions qui ont fait croire à certains anatomistes que l’on trouvait parfois des sinus accessoires ? À côté de ces cloisons longitudinales on trouve de nombreuses petites cloisons transversales ou obliques, souvent disposées en escalier sur le bord externe du sinus, cloisons parfois incomplètes, flottant pour ainsi dire dans la cavité du sinus, d’autres fois limitant des logettes superposées.

La paroi antérieure du sinus frontal est généralement lisse d'une épaisseur variant de 2 à 9 millimètres, il me paraît que

cette épaisseur est en raison inverse de la grandeur du sinus. C'est chez un sujet présentant un diamètre transverse de 48 millimètres que j'ai trouvé la paroi la plus mince. La dimension de cette paroi est au contraire en raison directe de la grandeur du sinus. On peut lui considérer trois bords et trois angles : un bord supérieur se continuant avec la paroi postérieure, un bord inféro-externe formé par la paroi supérieure de l'orbite et un bord interne formé par la cloison intersinusienne. Jacob prétend que dans 31 cas pour 100 la paroi antérieure n'existait pas et se confondait avec le bord supérointerne de l'orbite. Cette paroi est en rapport en avant avec le cuir chevelu, l'artère et le nerf sus-orbitaire. En dedans elle est tapissée par la muqueuse.

La paroi postérieure est beaucoup plus mince, son épaisseur varie de 1 à 3 millimètres, elle est souvent presque horizontale et forme le plancher de la portion antérieure de la boîte cränienne, sur laquelle viennent se poser le bord antérieur des lobes frontaux du cerveau. Bosselée, striée, divisée par des cloisons souvent fort nombreuses, elle est en rapport avec la cavité du sinus en avant, directement avec les méninges et les circonvolutions frontales, en arrière. Rapport d'autant plus étendu que la cavité du sinus est plus grande. Vers sa partie interne elle est en rapport avec le grand sinus veineux longitudinal supérieur. Jacques de Nancy cite deux cas de malades trépanés, chez qui on constatait une lacune de la paroi postérieure.

Nous avons étudié la paroi interne formée par la cloison intersinusienne, nous n'y reviendrons pas et examinerons la base. Elle à une forme triangulaire à sommet dirigé vers la partie orbitaire externe, se prolongeant en coin jusqu'à l'apophyse orbitaire externe du frontal. La base en rapport avec la cloison intersinusienne est perforée par l'infundibulum, elle est en rapport avec les cellules ethmoïdales antérieures et j'ai été frappé de la saillie formée par ces cellules, saillie rappe-

lant celle des tubercules quadrijumeaux et que Zukerkandl avait appelé bulles frontales, en général elles sont au nombre de deux. Cette paroi est convexe, forme la partie antérieure du toit de l'orbite et dans les grands sinus avec diverticule susorbitaire, elle forme le toit complet de cette cavité. Vers sa partie interne, elle est en rapport direct avec l'unguis.

Il est intéressant de signaler les nombreux diverticules qui se prolongent à la partie externe et postérieure des sinus frontaux. Ils entourent parfois presque complètement la cavité orbitaire sur sa partie supéro-externe. Dans ces cas la base du sinus est réduite à une épaisseur d'un demi-millimètre.

Dans l'angle interne de la paroi inférieure nous trouvons l'ouverture du canal endo-nasal qui fait communiquer les sinus frontaux avec les fosses nasales. Ce canal longtemps ignoré était considéré comme une simple ouverture. S'ouvrant près de la cloison médiane du nez il est formé par les parois propres des cellules éthmoïdales, il se dirige d'abord verticalement, puis se recourbant en avant, il vient se jeter dans le méat moyen à la partie supérieure et postérieure. Son orifice supérieur est parfois rétréei par les bulles ethmoïdales et dans un cas il était réduit à une simple fente. Dans d’autres au contraire il faisait suite au sinus frontal, qui semblait se jeter directement dans le méat moyen. L'orifice inférieur est caché par un repli de la muqueuse pituitaire, je n'ai pas remarqué, comme le disent certains auteurs que l'embouchure du canal nasal était près de l'unciforme. Schech donne au canal fronto-nasal une longueur de 15 millimètres chez l’homme et de 10 chez la femme. Testut donne les mêmes chiffres. Je trouve une longueur variant de 6 à 11 millimètres. Le canal frontal est inégalement calibré, il est rétréci vers son centre el élargi vers les extrémités. La partie moyenne mesure 2 à 3 millimètres andis que la supérieure s'évasant

en entonnoir mesure de 8 à 19 millimètres. L'orifice inférieur, de 3 à 6.

Les cavités des sinus sont entièrement tapissée par une muqueuse, prolongement de la pituitaire, mais qui présente les particularités suivantes, blanchâtre, mince, lisse, non adhérente, divisée histologiquement en deux couches, l’une supérieure forme un épithélium à cils vibratils, l'autre profonde est fibreuse. Irriguée par de fines artérioles venues de l'éthmoïdale antérieure et par des veinules qui se jettent dans les nasales antérieures, elle paraît innervée par un réseau nerveux, venant du nerf nasal interne.

On a longuement discuté sur le rôle physiologique des sinus frontaux. Pour d’aucuns les sinus sont creusés dans le massif osseux facial pour augmenter la surface d'implantation musculaire sans augmenter le poids osseux. Pour d’autres, et je me rallie à cette théorie, les sinus frontaux sont formés pour augmenter la surface olfactive, de même que les cellules mastoïdiennes font caisse de raisonnance pour l'appareil auditif.

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