‹ Contribution à l'étude de la Dermite Chronique Humide du Cuir CheveluChapitre 12 sur 20 · PAR QE RER PONT EN PEN CN PR NES TNT · texte numérisé non relu

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devient moins abondante et les parties envahies se recouvrent de croûtes molles, suintantes et reposant sur une surface humide ; en même temps le malade éprouve un soulagement considérable. La dermite chronique humide est alors constituée. Comment se fait cette transformation de la forme sèche, squameuse en la forme humide? Certains auteurs admettent que cette transfor mation se fait sous l’influence du grattage. Le malade en proie à de vives démangeaisons porte constamment les mains à sa tête avec une telle violence qu’il déchire son cuir chevelu, qui ainsi irrité saignerait et deviendrait le siège d’un suintement abondant qui, en se dessèchant, donnerait naissance aux croûtes que nous avons signalées. Pour nous, nous croyons que cette action purement mécanique du grattage ne suffit pas, d’autant plus qu'il y a non seulement formation de croûtes, mais que la partie envahie continue à sécréter un liquide assez abondant qui, dans certains cas, mouille toute la tête du sujet atteint. Nous pensons que la transformation de la forme sèche dans la forme humide se fait sous l'influence d’un agent contagieux; cet agent contagieux, de nature encore inconnue, peut être transporté sur le cuir chevelu, soit par les mains du sujet, soit par les poussières atmosphériques, et il s’y développe, parce que le cuir chevelu déjà atteint de dermite sèche lui offre un locus minoris resistentiæ.

Mais la forme sèche n’est pas le seul mode de début de la dermite chronique humide du cuir chevelu; il y a encore la forme humide, plus rare il est vrai, mais qu’on observe cependant quelquefois. Ici le début est encore plus insidieux que dans la forme sèche, car il y a peu ou presque pas de démangeaison. Sur une partie très limitée du

cuir chevelu, le plus souvent derrière l'oreille, on voit apparaître une petite plaque rouge érythémateuse plus ou moins œdématiée ; puis sur cette plaque on voit se développer de petites élevures d’un blanc jaunâtre, de volume variable qui bientôt deviennent confluentes ; à la fin, elles sont juxtaposées, pressées les unes contre les autres et elles finissent par se réunir en formant de grosses bulbes qui reposent sur un épiderme épaissi et résistant. Dans la majorité des cas, on ne voit pas ces vésicules qui souvent ne durent que quelques heures.

Elles se rompent soit Spontanément, soitsous l'influence du grattage et elles laissent suinter un liquide qui souvent mouille les cheveux du petit malade, attirant ainsi son attention. Ainsi donc, quel que soit le mode de début, la dermite arrive toujours à la forme humide.

Une fois la dermite chronique humide du cuir chevelu définitivement installée, on constate une diminution marquée dans l'intensité du processus morbide ; la rougeur diminue sans toutefois disparaître complètement, les démangeaisons deviennent moins violentes et le petit malade éprouve un mieux sensible.

Les parties du cuir chevelu atteintes de dermite chronique humide sont toujours humides et laissent s’écouler un liquide séro-fibrineux, assez abondant pour mouiller les cheveux en les accolant par mèches. On dirait que le malade est constamment en sueur. De ce liquide sécrété, une partie s’évapore et l’autre partie se dessèche, en formant un réseau fibrineux qui englobe dans ses mailles des globules blancs et des cellules épidermiques desquamées, d’où formation de croûtes qui présentent de très grandes variétés : nouvellement formées, elles sont très

épaisses, variant de couleur depuis le gris jusqu’au jaune, trés adhérentes à l'ulcération qu’elles recouvrent; plus tard ce sont des lamelles plus minces, d’un jaune clair et peu adhérentes à l’épiderme sous-jacent. Ces croûtes accolent les cheveux entre eux, les agglutinent en adhérant à leur base, formant ainsi de vastes placards humides sur un fonds rouge.

Mais bientôt ces croûtes se dessèchent, l’aspect humide de la partie envahie disparaît et alors survient une desquamation assez abondante. Les squames d’abord larges et épaisses s’amincissent peu à peu, et à lalongue survient une desquamation furfuracée qui peut persister pendant très longtemps, des mois et des années.

Si on examine le cuir chevelu au-dessous des croûtes, on constate que son état varie suivant le degré de la lésion ; aussi si l’on enlève üne croûte jaunâtre et nouvellement fermée, on voit qu’elle est adhérente et qu’elle repose sur une surface humide exulcérée et rouge, présentant un aspect chagriné qui est dû à un pointillé très fin, déterminé par l'érection bulbes pileux sous l’action du muscle redresseur du poil. Si on enlève une croûte plus mince, datant déjà de quelque temps, on voit qu’elle est moins adhérente et que la surface sous-jacente est toujours chagrinée et rouge, mais aussi qu’elle est sèche. Si enfin nous examinons un point envahi depuis très longtemps, nous remarquerons que les lamelles furfuracées reposent sur une surface rosée, lisse, tendue et luisante ; ce dernier aspect du cuir chevelu est dû à la formation d’un tissu de cicatrice au-dessous de l’ancienne ulcération.

Sous l'influence de la dermite chronique, la peau des

parties envahies devient plus épaisse, rugueuse, d'aspect lichénoïde et perd sa souplesse normale.

Que deviennent les cheveux pendant l’évolution et l’affection ? La dermite chronique n’est pas une maladie des bulbes pileux, l’inflammation reste localisée aux couches superficielles du cuir chevelu et les bulbes pileux ne sont pas atteints. Aussi, les cheveux sont-ils généralement conservés et ce n’est que lorsque la maladie présente une intensité trop forte que leur chute peut se produire. D’ailleurs nous avons observé que chaque fois que les cheveux étaient tombés, ils repoussaient toujours et quelquefois même en plus grande abondance. L'état des cheveux varie suivant qu’ils sont longs ou courts ; courts, ils sont baignés par le liquide excrété et comme implantés dans les croûtes, longs, ils sont feutrés, agglutinés, formant des espèces de pliques.

L'évolution de la dermite chronique humide du cuir chevelu ne paraît pas avoir de retentissement sur l’état général des petits malades. En effet, nous voyons d’après nos observations, que la plupart de nos jeunes malades sont très bien portants et que leur développement s’est effectué très normalement, toutes leurs fonctions s’accom-— plissant très bien.

. Nous n’avons presque jamais noté de retentissement ganglionnaire.

2° Marche de l'affection. — La marche de la dermite chronique humide du cuir chevelu, comme son nom lindique, est essentiellement chronique évoluant par poussées successives et ayant une très grande tendance à envahir les parties voisines. C’est ainsi que la maladie débute d’ha-

RE 5 0 pret bitude par une petite plaque mal délimitée siègeant en un point quelconque du cuir chevelu, le plus souvent derrière l'une des oreilles. Cette plaque s'étend peu à peu et au bout de quelques semaines, tout le euir chevelu est envahi. Mais le mal ñe se borne pas là et hientôt les parties voisines sont atteintes à leur tour. Les oreilles sont prises presque toujours ; et souvent il n'existe dans le cuir chevelu qu'une toute petite plaque, que les oreilles sont com plètement recouvertes de croûtes molles, suintantes. Quelquefois même la dermite chronique paraît débuter par une petite ulcération siégeant dans le sillon rétro-auriculaire et qui s’étend de là à toute la tête.

Le pavillon de l'oreille envahi présente une coloration rouge assez intense et la plupart du temps, il subit une déformation assez marquée, quelquefois il est étalé, ses sillons ont disparu et il est recouvert de croûtes dont la consistance varie avec l’évolution et la maladie, d’autres fois le pavillon est recroquevillé sur lui-même, ses sillons sont plus accentués qu’à l’état normal et remplis de croûtes. On note toujours une ulcération dans le sillon rétro-auriculaire. Quelquefois l’inflammation s’étend du pavillon jusqu’au conduit auditif externe, et alors le malade accuse un certain degré de surdité du eôté atteint.

La nuque est presque toujours envahie par la dermite chronique humide qui peut même s’étendre sur la partie supérieure du dos. Les parties envahies présentent une

coloration rouge plus intense que celle du cuir chevelu, pro-

duite par le frottement des habits. La peau de la nuque s’épaissit, elle devient rugueuse d’aspect lichnoïde ayant perdu sa souplesse normale.

Le front, les tempes et les parties des joues voisines des

oreilles sont aussi très fréquemment envahies. Sur ces parties, la lésion commence par un petit liseré rouge qui se continue avec la surface érythémateuse du cuir chevelu et qui se développe peu à peu envahissant toujours du côté de la face. Quelquefois toutes les parties de la tête sont atteintes par la dermite chronique, le masque seul est respecté. Mais souvent la lésion ne borne pas là ses ravages, elle s'étend aux sourcils, aux paupières et aux narines. Dès que la région sourcilière est atteinte, on constate la chute des cils et à leur place on voit des croûtes grisâtres adhérant à l’ulcération sur laquelle elles reposent. Aux paupières, les plaques de dermite chronique amènent la chute des cils et à la longue un degré plus ou moins marqué d’ectropion. Sur les narines, la maladie est caractérisée par des croûtes très tenaces qui se reproduisent sitôt qu’on les a enlevées.

Sur toutes ces parties envahies secondairement, l’évolution de l’affection est la même que sur le cuir chevelu, c’est-à-dire qu'on y constate des plaques nb suintantes sur lesquelles se forment des croûtes quise dessècheront peu à peu, donnant lieu à une desquamation qui d'habitude persiste très longtemps.

Au début, ces plaques sont les sièges de très vives dé mangeaisons qui diminuent avec leur état d'humidité.

La durée de la dermite chronique humide du cuir chevelu est presque illimitée, mais elle dure toujours plusieurs années avec des périodes d’exacerbation et de calme. En effet, cette affection procède par poussées successives ou simultanées. Ainsi, un malade anciennement atteint de dermite chronique et qui se considère comme définitivement guéri, verra tout d'un coup son affection récidiver ;

en quelques jours, tout son cuir chevelu sera envahi ; on dirait même que l'intensité du mal augmente avec chaque nouvelle poussée ; le nombre de ces poussées est ordinairement de deux, trois ou quatre, rarement davantage. D’au tres fois, c’est au cours de l’évolution d’une dermite en voie de guérison que surviendra une nouvelle poussée, aussi n'est-il pas rare d'observer, à côté de parties absolument sèches, qui sont le siège d’une desquamation furfuracée qui dure depuis plusieurs mois, une plaque humide recouverte de croûtes molles et qui peu à peu envahit toutle cuir chevelu.

Cependant il arrive un moment où la maladie semble disparaître complètement ; en effet, à l’époque de la puberté on constate une amélioration très marquée, et bien souvent la desquamation et les croûtes disparaissent alors et pour toujours. Cependant, en nous rapportant à nos observations, nous voyons que la guérison, à l’époque de la puberté, n’est pas constante; mais cependant, à partir de ce moment, la maladie va toujours en diminuant d’intensité et il arrive un moment où elle disparaît complète ment. Dans tous les cas, nous n’avons jamais observé de dermite chronique humide du cuir chevelu chez des sujets âgés de plus de vingtans.

En résumé, la dermite chronique humide du cuir chevelu chez les enfants peut se définir par les caractères suivants : Chronicité absolue, grande teudance à envahir les parties voisines et à récidiver, apparence d’incurabilité. |

3 Pronostic. — Le pronostic de la dermite chronique humide du cuir chevelu chez les enfants n’a pas de gravité immédiate, en ce sens que l’affection ne menace pas l’existence du petit malade ; mais la dermite chronique n’en est

re pas moins une maladie grave, car elle constitue une infir mité de très longue durée.

OrsERVATION I (personnelle)

Dermite chronique humide du cuir chevelu dont le début remonte à huit ans et qui a procédé par poussées suc cessives, ayant envahi toute la face.

Antoinette P..., dix-huit ans, entrée le 7 août 1885, salle Sainte-Croix, lit n° 60, service de M. Augagneur.

Père et mère vivants et bien portants. Un frère et deux sœurs également en bonne santé.

Pas de maladie antérieure à l’affection qui l’a amenée dans le service. La malade est très bien développée, réglée depuis l'âge de quatorze ans. Menstruation régulière. À noter cependant que les règles n'apparaissent que tous les quarante-cinq jours ; elles durent trois jours.

La malade est déjà entrée dans le service à l’âge de neuf ans, pour une affection du cuir chevelu qui avait envahi les oreilles, le front, la nuque et la partie supérieure du dos; l'affection était très suintante et les parties envahies étaient toujours humides et causaient à la malade de très fortes démangeaisons. Peu à peu la sécrétion s’est tarie pour faire place à une desquamation assez intense. Au bout de trois ans la malade est sortie complètement guérie, dit-elle. Ses cheveux ne sont jamais tombés.

Mais la guérison n’a duré que deux mois seulement ; après cette rémission l'affection a réapparu, occupant d'emblée tout le cuir chevelu, et a envahi successivement les oreilles, le front et la nuque.

Voyant son affection récidiver, la malade est rentrée à l'Antiquaille au mois d’août 1885 ; elle est depuis cette époque restée dans le service. Actuellement on &onstate que tout le cuir chevelu,

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la face, la nuque sont envahis; la peau a une couleur rouge-brique, elle est œdématiée, épaissie, rugueuse, ayant perdu sa souplesse normale.

Le cuir chevelu est recouvert en totalité de croûtelles jaunâtres, molles, se détachant facilement sans douleur et reposant sur une: surface rouge, exulcérée, d'aspect chagriné, suintante, et donnant issue à un liquide transparent assez abondant. Les cheveux sont intacts.

Les pavillons des oreilles sont envahis; ils sont tuméfiés, rouges, allongés, rigides, déformés, appliqués contre la tête ; le sillon de l'hélix a disparu et la conque est remplie de croûtes sèches reposant sur une surface humide. On voit une ulcération à

droite, dans le sillon rétro- auriculaire, d'où suinte un liquide séreux. L’inflammation ne paraît pas s’être étendue jusqu’au con duit auditifexterne, car la malade n’a jamais accusé la moindre surdité. La peau de la nuque, recouverte de croûtes sèches peu adhérentes, est très épaissie et rugueuse.

Le front et le reste de la face sont secs et recouverts de croûtelles minces qui se détachent facilement ; les sourcils sont tombés en très grande partie et à leur place on voit des croûtelles sèches, grisâtres. Le bord libre des paupières est pris également ; la malade est atteinte de blépharite ; tous les cils sont tombés et l’on constate de l’ectropion des deux paupières inférieures.

Quelques croûtes sur les ailes du nez.

On ne trouve nulle part d’engorgement ganglionnaire.

La malade éprouve une démangeaison très vive et très pénible dans toutes les parties envahies, mais particulièrement dans le cuir chevelu. Lorsqu'elle se gratte la sécrétion du liquide devient plus abondante.

OBsERvATION II (personnelle) Dermite chronique humide du cuir chevelu datant de

sept mois, ayant tendance à envahir la face.

Élise-Louise A..., âgée de huit ans, entrée le 22 octobre 1891, sa'le Sainte-Croix, lit n° 13.

RE er

Pèreet mère vivants et en bonne santé ; une sœur âgée de sept ans bien portante. Dans son enfance la malade a eu des écoulements par les yeux et les oreilles ; l'oreille droite a été beaucoup plus prise que la gauche. Pas d’adénites. Rougeole à l’âge de un an.

L’affection actuelle a débuté au mois de juin 1891, derrière l'oreille droite, par une petite plaque d'abord sèche, qui est devenue ensuite humide et qui s’est étendue peu à peu au cuir chevelu et au pavillon de l'oreille, envahissant même le conduit auditif externe, car à un certain moment la malade s'est apercue qu'elle entendait moins bien de son oreille droite. Trois mois après, l'oreille gauche a été prise à son tour.

A l'entrée de la malade à l’hôpital, nous constatons qu’à droite tout le pavillon de l'oreille est envahi et recouvert de croûtelles jaunes blanchâtres qui se détachent facilement ; ces croûtelles enlevées, laissent à nu une surface rosée, exulcérée mais sèche ; le pavillon est déformé, œdématié; recroquevillé sur lui-même, mais non douloureux à la pression. La partie de la joue droite qui avoisine l'oreille est aussi envahie, elle a une coloration rouge d’aspect suintant; elle est recouverte de croûtes jaunâtres assez molles. Toute la région du cuir chevelu avoisinant l’oreille droite est recouverte de croûtes molles, qui ont agglutiné les cheveux et qui se détachent facilement ; au-dessous d'elles on voit le cuir chevelu rouge, exulcéré et humide. Les cheveux sont intacts et solidement implantés ; aucun n’est tombé.

À gauche, nous voyons des eroûtes molles, très peu adhérentes, sur le lobule et dans le sillon de l’hélix; les parties voisines de la joue sont également prises dans le cuir chevelu ; nous ne consta tons qu’une seule plaque de dermite chronique vers la région temporale; cette plaque recouverte de croûtelles jaunâtres laisse suinter un liquide qui n’est pas très abondant.

Rien dans les autres parties du cuir chevelu. Rien aux yeux ni aux narines, Pas d’engorgement ganglionnaire. Les parties envahies sont le siège d’une démangeaison assez forte qui force le malade à se gratter.

Le 4 janvier 1892, nous notons que les deux oreilles sont à peu

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