CHAPITRE IV
Etudes de Walther-Touraine
Quelques jours après l’importante publication de Grossich, M. Lejars relate dans une courte note de la Semaine Médicale (4 nov. 1908) le procédé récent. Il le trouve intéressant pour la désinfection immédiate des plaies et des écrasements des membres chez les ouvriers dont la peau est professionnellement imprégnée de souillures anciennes el tenaces, nécessitant par cela même un long et laborieux travail de préparation. Mais il se refuse complètement à étendre les applications de la teinture d'iode à la chirurgie ordinaire où à la substituer à nos moyens actuels de désinfection de la peau.
La technique nouvelle est bientôt employée par Routier dans un cas d'extrême urgence : 1l s’agit d’une grossesse eclopique rompue. La malade est dans un état désespéré. Laparoltomie., Vingt jours après, guérison complète. Le fait le frappe fortement: il essaie cette technique
d'abord pour de toutes petites opérations, puis, les
Rulile étant SRE pour des opérations plus impor- = tantes: hernies, résection de la vaginale, amputation de sein, laparotomie. « Je suis très satisfait de cette méthode, j'ai des réunions par première intention par-
faites, 1 suis donc tout disposé à continuer (Société chi
j rurgie, 16 mars 1909).
Walther de son côté emploie la désinfection iodée depuis le mois de décembre 1908, mais pour se rendre un compte exact du procédé, il prélève sur la tranche de l'ineision cutanée de petits fragments. Ces fragments furent étudiés par Touraine dans son laboratoire à l'hôpital de la Pitié. Les résultats de la désinfection ont été aussi appréciés à trois points différents :
1° Les résultats pratiques, c'est-à-dire l'état de la suture et des téguments voisins au moment de l’ablation des crins, agrafes, fils de lin.
2° Les résultats bactériologiques fournis par ensemencement sur milieux courants, soit de frottis de la peau pratiqués en un point avec une baguette de verre stérihisée, soit de fragments de peau prélevés au cours de l'opération ; les frottis ne relevant que les microbes présents à la surface de lépiderme, les fragments montrant en plus l’existence ou la destruction des microbes contenus dans les glandes et les follicules pileux ouverts par la section du bistouri.
3° Les résultats hustologiques, donnés par la recherche de l’iode révélé dans les coupes sous forme de granulations ? g environ d'iodure d'argent, obtenu par imprégnation avec une solution à 1,5 °/, de AzO'Aw.
Enfin une série d'expériences furent faites chez le
cobaye.
LE
parfaits dans 32 cas et la notes RAtE Dans 3 ca - un fil avait légèrement coupé la peau. “re B) 26 observations de malades opérés en D = Aucune infection de la ligne de suture. Re
xt : - s'E ! L v
É à à II. — RÉSULTATS BACTÉRIOLOGIQUES :
T& Quinze cas ont élé étudiés-à ce point de vue et il a élé 4 1% fait 32 ensemencements. Dans ces 15 cas, la désinfection ; iodée a été réalisée par trois procédés différents. ‘ *
g SÉRIE [. — Applicalion de la leinture d'iode après
lavage à l'élher (procédé Walther).
Dans 10 cas il a été fait 12 ensemencements qui se sont répartis entre cinq minutes et une heure el demie après l'application de liode. >
a) Neuf fois les tubes ou les Piétri sont restés stériles.
b) Dans un cas, dix minutes après liode, et quatre minutes après lincision, il a poussé dans le bouillon, ensemencé avec un fragment de peau, d'assez nombreux bacilles, identiques à ceux du kyste poplité qu'on opérait,
ce) Deux fois il a poussé des colonies : dans un cas, 39 minules après l'iode; dans l’autre, | h. 5’ après l'iode. - [n'y a pas eu du reste de suppuration. Peut-être l’ensemencement secondaire de la peau s'est-il fait par l'air.
Lans
DO
SÉRIE LE — Application de la teinture seule (procédé Grossich).
a) ? ensemencements témoins avant l'application de
l'iode : nombreuses colonies, moisissures FtAREI AEQUNE
et 1 penicillum.
b} | ensemencement 3 minutes après l'application iodée : pas de microbes.
c) | ensemencement 5 minutes après : 3 colonies dont 1 de staphylocoques.
d) 7 ensemencements entre 10 minutes et 1 h. 45 après l’iode. Pas de colonies.
SÉRIE. LIL. — Application de la leinlure d'iode après lavage au savon, puis à l'alcool-éiher.
L'ensemencement témoin avait donné de nombreuses colonies. Dans tous les cas lés ensemencements sont positifs, le nombre des colonies variant de 2 à 80.
Dans le but de comparer les résultats fournis par la désinfection par l’iode seul ou l’iode combiné au brossage au savon, à l'alcool et à l’éther, Walther et Touraine ont praliqué deux séries d’ensemencements parallèles chez deux malades. La première avait été, pour une hystérectomie, désinfectée à la teinture d'iode sans autre lavage ; les ensemencements ont été faits sur gélatine. Trois tubes étagés de 9h. 12 à 10 h. 44, c’est-à-dire de 2? minutes à 1h. 34 après l'iode sont restés stériles.
La deuxième avait été, pour une appendicectomie, savonnée, puis passée à l'alcool, à l’éther, à la teinture d'iode. L'ensemencement initial de la peau avant tout lavage avait donné une centaine de colonies. Le savonnage à la brosse ayant enlevé mécaniquement les microbes situés à la surface de la peau, ? minutes après le
savonnage, deux colonies seulement ont poussé ; mais > minutes après le savonnage et immédiatement après la friction à l'alcool et à l’éther, une trentaine de colonies ont poussé, vraisemblablement parce que les microbes contenus dans les follicules pileux et les glandes cutanées se sont en partie éversés à la surface. Ace moment, on applique la teinture d'iode sur la peau et, 2? minutes après, un ensemencement montre que la peau est redevenue stérile et que l’iode a détruit à nouveau les microbes superficiels. S
Mais, tandis que dans le cas précédent {et le fait a été prouvé par les examens histologiques qui ont été faits dans les deux cas) la teinture d'iode avait largement pénétré dans les glandes et les follicules pileux, détruisant ainsi les microbes qu'ils contenaient, dans ce cas, au contraire, liode a beaucoup moins pénétré les différentes assises de l’épiderme, et on n'en voit que detrès rares granulations dans les follicules pileux et les glandes. Aussi les microbes qu'ils renferment n'ont-ils pas été détruits et sont venus au cours de l'opération réinfecter la peau voisine de l’incision. C’est ainsi que 37 minutes après l’iode, 10 colonies, et 43 minutes après, 80 colonies ont poussé dans les mêmes conditions d'ensemencement et de culture que les premiers tubes.
Chez un cobaye, Walther a vérifié les résultats précédents. Après rasage de la peau, et après avoir savonné une moilié du dos, le côté droit, il passa les deux côtés à l'alcool, à l'éther et à l'iode, Des ensemencements
furent faits, soumis parallèlement par la peau des deux
côlés. Ce qui se dégage surtout de l'expérience, c'est que 16 minutes après l'application de liode, du côté droit savonné, 1l a poussé 27 colonies, tandis que du côté gauche non savonné il n'a poussé qu'une colonie.
| LR DEL ES Dle