‹ Contribution à l'étude de la désinfection du lingeChapitre 4 sur 16 · RE) 1 PERS · texte numérisé non relu

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par les recherches de Mioue et de Junercescx sur les eaux d'éssangeage. Disons dès maintenant que cette opération que subit le linge dans l’eau à 20° pendant 4 ou 5 heures, a pour but de débarrasser le linge des tachesde Sang qui pourraient s’y rencontrer et qui laisseraient une trace indélébile après l'action des hautes températures. Miquer (1) a trouvé que l’eau d’essangeage, qui contient 25 millions de bactéries par centimètre cube, est, sous le rapport bactériologique, la plus impure de toutes celles qui traversent les villes. Elle l’est quatre fois plus que l’eau d’égoût qui ne contient à Clichy que 6 millions de bactéries et 130 fois plus que l’eau de Seine à Saint-Denis (2).

Quant au rôle des poussières dans la propagalion des maladies contagieuses et en particulier de la variole, il est considérable. Si c’est surtout chez la blanchisseuse (où séjournent les objets destinés à être ensuite rendus aux familles), et en général chez les personnes telles que les teinturiers, les matelassiers, les employés des papeteries, maniant les linges souillés, les chiffons qu'apparaît plus évidente cette filiation; on peut également La retrouver dans les habitations où passent un grand nombre de personnes, épiceries, merceries, bureaux de tabac. C’est ainsi que Trousseau rapporte l’histoire d’une mercière de la rue de l’'Echiquier, dont l'enfant atteint de variole était soigné dans la pièce où étaient reçus les clients et n'était séparé d'eux que par un paravent. Au

(1) Mriquer. Recherches en bactéries des eaux d’essangeage, Rev. d’hygiéne, t. VIII, p. 135).

(2) Ces chiffres, déjà suffisamment imposants, prennent un aspect encore plus terrifiant aux yeux des personnes non prévenues, pour lesquelles tout microbe semble, à tort, devoir engendrer une maladie.

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bout de peu de temps, le quartier était infesté de variole et douze personnes environ succombèrent. Récemment, au commencement de l’année 1901, un coiffeur du quartier Necker soignait sa femme, atteinte de variole, dans une arière-boutique et continuait à exercer sa profession. — Cette femme et sa mère succombèrent ; peu de temps après, six cas de variole se déclarèrent dans la clientèle de ce coiffeur maisaucun ne fut suivi de décès.Dans un cas vous allez chercher la maladie; dans l’autre, elle vous est portée à domicile. Dans le but d'éviter cette dissémination des germes, nous devons donc insister sur ce point particulier: nécessité de la désinfection des linges dans la famille avant désinfection pluscomplète, passage àl’étuve, lessivage ; nous devons en un mot faire comprendre à chacun ce qu’il doit faire dans l'intérêt de la collectivité.

Nous laisserons à dessein de côté les chapitres de la désinfection ne concernant pas directement les linges; du reste ces questions ont été déjà magistralement étudiées soit dans les trailés classiques (Vazzin (1), Ricarp (2), ArnouLp(3), RocraRrD)(4), soit dansdiverses publications, par CHAMBERLAND, FERNBACH(5), VINCENT(6), CHANTEMESSE, Foocr, UrFELMANN. En ce qui concerne la désinfection des locaux, de la literie, des matières fécales, si la réalisation pratique présente parfois quelques difficultés, néanmoins les résultats obtenus avec les ressources dont on dispose

(1) VazuN. Traité des désinfectants et de la désinfection.

(2) Ricmarp. Précis d'hygiène appliquée, 1891.

(3) Arnoup. Traité d'hygiène, 1895.

(4) J. Rocxanp. Traité d'hygiène publique et privée, 1897.

(5) CnawserLann, Fernsacm. Désinfection des locaux, Annales {nstitut Pasteur, 1893.

(6) Vincenr. Désinfection des matières fécales normales pathologiques. Ann. Inst. Pasteur, 1895. x

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actuellement sontsuffisamment encourageants ; enest-il de même de la désinfection des linges? A notre époque, depuis l'installation destalions de désinfection dans la plupart des grands centres, on s’habitue à voir dans l’étuve à vapeur d'eau sous pression le moyen souverain destiné à mettre à l'abri de toute contamination. Cela est vrai après le passage à l’étuve; mais dans l'intervalle plus ou moins long qui s’écoulera entre le moment où ce linge aura été souillé et celui où il passera à la lessive ou à l’étuve, ces manipulations pourront constituer un sérieux danger. Loin de nous l’idée de vouloir contester l'utilité considérable de ces étuves qui rendent d'inappréciables services dans les villes, dansles campagnes (étuves mobiles), dans les lazarets, sur les navires. Mais considérons ce qu'en temps ordinaire devient le linge après avoir été souillé. L'idée de rendre le linge contaminé hors d'état de nuire a préoccupé à juste titre les hygiénistes. Cepen dant, dans les diverseslégislationssanitaires, les prescriptions détaillées à ce sujet paraissent un peu incomplètes. Dans l'ouvrage de PazmrerG (1) d'Helsingfors (189 0), relatant les indications généralement adoptées se trouvent, en ce qui concerne l'Angleterre (2), les recommandations suivantes: plonger le linge du malade dans la solution d’acide phénique avant de l'emporter, l'y laisser 1 heure, le laver ensuite à l’eau bouillante. — Employer au lieu de mouchoirs des chiffons, les brûler dès qu’ils sont sales.

(1) ParmserG (d'Helsingfors). Traité d'hygiène et de législation sani-

taire, 1890. $ | (2) Projet de la Society of medical officers of pealt pour empêcher la propag. des maladies contagieuses.

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À Bruxelles,ile linge qui a servi à un malade est bouilli avec une solution de chlorure de zinc ou avec un mélange de 240 gr. sulfate de zinc,

120 gr. selde cuisine pour un seau d’eau

Le sel de zinc brut nepeut être employé, car ilcontient du fer et forme des taches de rouille.

A Berlin (1), ilest recommandé de faire bouillir linges et vêtementspendant une demi-heure dans le mélangesuivant :

20 gr. savon de potasse pour 10 litres d’eau, ou d’utiliser l'acide phénique mélangé à 18 ou 45 parties d’eau pendant 24 heures.

Beaucoup plus précises sont les indications que nous recueillons dans les divers traités de Arnouzp, RicHARD, TaRNIER, VALLIN, RocxanRp.

Dans l'ouvrage si complet de VazuN : la Désinfection et les désinfectants, nous lisons: « Le linge sale et les linges à pansement salis ne doivent jamais séjourner dans les chambres, dans les salles de malades, ni dans leur voisinage immédiat. Dans beaucoup d'hôpitaux d'apparence magnifique, en entrant dans des sallesluxueuses, l'odorat est révolté par l'odeur qui se dégage des cabinets où l’on entasse le linge sale et les pièces qui ont servi aux pansements. Dans l’antichambre de chaque service devrait s’ouvrir et se fermer hermétiquement l'orifice d’une trémie ou conduit incliné en planches, ménagé dans la muraille, par lequel le linge sale descendrait directe-

(1) Polizei Verordnung, 7 fév. 1887.

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ment vers l’étuve ou le local de désinfection. En l'absence d'appareils de toute sorte, en temps d’épidémie ou pour certaines maladies contagieuses, on peut procéder comme il suit : à la porte de la salle, on place un réservoir (ba-

quet ou tonneau)rempli d’une des solutions désinfectantes ci-dessous :

Chlorure de chaux 1 kilo, eau 300 litres.

Chlorure de zinc É É

ae pete 2 à 10 gr. par litre.

Acêtate ‘d’alumine 2 gr, par litre.

« On y plonge, au moment même où onles éloigne du malade, les draps, le linge de corpsqu'il vient de souiller. Nous avons ulilisé avec profit un pareil système à l’ambulance des varioleux installée au théâtre du Mans en janvier 1871, de telle sorte que lelinge souillé par les varioleux n’était plus exposé à contagionner le linge des habitants de la ville dans les bateaux à laver où il était porté».

Dans ces lignes, nous voyons recommander, l'éloignement immédiat des linges et préconiser l'usage des trémies. Mais VALLIN, dans une phrase restrictive, recommande la fermeture hermétique de celles-ci, nous verrons, en effet, l'importance de cette condition.

Ricxarp (1) et Rocxarp (2) posent les règles concernant les premières manipulations des linges. — Le linge sale, dit Ricaan», doit être, au fur et à mesure de sa production, placé dans des caisses élanches en métal, recouvertes d’un couvercle, faciles à nettoyer et à désinfecter. On peut se servir de caisse en tôle galvanisée ou en tôle émaillée. Les coffres en bois sont peu propres à

(1) Rictarvo. Précis d'hygiène appliquée, 1897. (2) Rocmarp. Traité d'hygiène publique et privée, 1897.

cet usage à moins que le bois n'ait été rendu imperméable et les joints bien hermétiques. Dans certains hôpitaux, le linge est jeté par un tuyau vertical en poterie vernissée dans la caisse placée en sous-sol dans une niche fermée. Cette pratique ,peut être admise pour le linge ordinaire, mais pour celui qui est souillé de germes pathogènes, elle ne saurait être acceptée parce qu’elle occasionne la dispersion d’un certain nombre de germes. »

Si les précautions de propreté, d’antisepsie, doivent également être prises partout où se rencontrent des malades, il est cependant un endroit où ces précautions doivent être exagérées (si toutefois on peut les taxer d'exagération), nous voulons parler des Maternités. — Onne se rappelle pas sans effroi la mortalilé effrayante qui sévissait autrefois dans ces établissements et qui maintenant, grâce à la méthode antiseptique, ne nous apparaît plus que comme un troublant cauchemar. TarNier (1), dans son beau livre de : l'Asepsie et l'antisepsie en obstétrique, après nous avoir rappelé cette époque, nous montre comment on est sorti victorieux de celte lutte contre l’infection. — En ce qui concerne les linges, nous le voyons également critiquer l'usage des trémies. Quand le linge est sale, dit-il, on en fait de gros paquets qu’on jette dans une trémie, d’où ils passent ensuite dans une pièce située au rez-de-chaussée ou au sous-sol et qui recoit le linge sale des différents étages. Mais les parois de la trémie ne tardent pas à être souillées par Le sang et les autres

(x) Tarnier. L’asepsie et l’antisepsie en obstétrique, — Paur Bar. Méthodes antiseptiques en obstétrique, 1883.

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malières qui imprègnentle linge (1). Il est donc nécessaire de les désinfecter fréquemment, comme cela a lieu pour les murs des salles. Toutefois, ce système est défectueux, le même paquet contient à la fois du linge particulièrement malpropre et du linge à peine maculé que le premier salit davantage; il serait donc bon de procéder au préalable à un triage, pour mettre à part le linge très sale, taché de sang, de mucus. Du reste, si on l’envoyait tel quel à la buanderie, on aurait lieu de craindre qu’il n’enlrevint sans avoir été complètement purifié. (De plus, il infecterait la buanderie.) IL y aurait par conséquent avantage à ce que le linge très sale fût désinfecté au sortir même des salles; on pourrait à cet effet le jeter dans un baquet contenant une solution de sublimé ou de chlorure de chaux et l'y laisser séjourner quelques heures jusqu’à ce que tous les germes fussent détruits. De plus, il convient destériliser le linge avant de l'employer. C'est celte désinfection qu'on réalise avec l’étuve à vapeur sous pression . Dans une Maternité, le maniement du linge entraîne encore des inconvénients que je dois signaler : d’une part le linge sale, pendant son transport à la trémie, répand des effluves dangereuses ; d'autre part le linge propre transporté à bras est contaminé par les poussières. C'est pour remédier à ces inconvénients que M. PrNarD a fait construire des chariots supportant des caisses en tôle peinte dans lesquelles le linge est enfermé et transporté. Ces caisses sont destinées les unes au linge sale, les autres au linge propre; onles distingue à leur couleur différente. »

(1) Auvanp. Antisepsie en gynécologie et en obstétrique, 1891.

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Par ces diverses citations, nous pouvons constater les préoccupations de ces auteurs : éviter le contact de linges inégalement souillés, à plus forte raison le voisinage du linge propre, enfin immobiliser le plus tôt possible les germes contenus dansles linges. Considérons comment, dans la pratique, ces prescriptions ont élé observées. Dans les appartements privés, à Paris, où la place est exiguë, le linge souillé esl mis dans un sac apporté par la slalion de désinfection (si on a pris soin de prévenir celleci). À la campagne, c’est plus sommaire, un coffre dansle grenier, un coin de la remise ou du hangar, sont destinés à recevoir le linge à moins qu'on n’aille de suite le laver à la rivière. Celle façon de procéder se rencontre surtout, disons-nous, dans les ménages, mais les mêmes erreurs se rencontrent dans certains hôpitaux, mêmeles plus récemment construits. À une époque que l’on considère presque comme préhistorique, le coffre à linge sale faisait partie de l’ameublement hospitalier au même titre que le lit à colonnes à quatre places. Tous deux ont disparu ; mais si de nouveaux lits, enfer, lavables, ontsuccédé aux anciens, le coffre a simplement changé de place, il s’est vu relégué dans les sous-sols. En effet, un moyen fort en honneur à l'heure actuelle pour évacuer le linge hors des salles consiste dans l'usage de trémies, longs boyaux s’ouvrant par une extrémité dans le couloir qui précède lasalle, l’autre extrémité aboutissant dans le sous-sol où sera recueilli le linge. Ce procédé semble au premier abord remplir toutes les conditions désirables, en éloignant des salles de malades les linges contaminés et en supprimant une par-

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