‹ Contribution à l'étude de la désinfection du lingeChapitre 8 sur 16 · LAON · texte numérisé non relu

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ses ravages. Souvent le basard vient à notre secours pour approfondir cette question. Nous trouvons rapporté dans BrouarDEL (1)le fait suivant: il s’agit de l'enfant d’une blanchisseuse qui était atteint de diphtérie et auquel un médecin donnait ses soins. Il avait fait tous ses efforts pour que le petit maladefüt éloigné dela chambre où l’on blanchiseait le linge, il ne put y réussir. Quand la maladie fut terminée, il demanda que la pièce fût désinfectée. Là, dit BRouARDEL, nous nous heurtons à une difficulté que Ja loi sanitaire (2) peut seule trancher: le médeeim pouvait faire désinfecter le linge de l'enfant et de lamère, mais iln’avait p«s le droit de faire désinfecter le linge repassé par la blanchisseuse et qui appartenait à ses clients. I] put adroïtement savoir à quelles personnes le linge appartenait pour la plupart et il constata successivement plusieurs cas de diphtérie chez les clients de cette blanchisseuse.

Un fait intéressant nous a élé rapporté par M. le docteur Simonp: à Bombay, on donne le nom de maladie des Dhobis (nom hindoustani de blanchisseur) à une affection se caractérisant par des papules phlyctenoïdes laissant sourdre unliquide séro-purulent et situées principalement aux aînes etaux aisselles. L'opinion publique attribue aux blanchisseurs la dissémination de la maladie par l'intermédiaire des linges. — Un blanchisseur, atteint de cette affection, infecterait bientôt sa clientèle.

La fréquence des maladies contagieuses chez les personnes dont la profession est de manipuler les linges

(1) Brouarpez. Le secret médical, 1893.

(2) La loi sur la protection de la santé publique est actuellement en discussion au Sénat,

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souillés n’a pas lieu de nous étonner, si nous nous rappelons ce qui a été dit de la négligence apportée à la désinfection du linge sale, et si nous jetons un rapide coup d'œil sur les manipulalions que subit le linge aussitôt sa remise à la blanchisseuse.

Nous n'entreprendrons pas ici de décrire avec force détails les manipulations du linge depuis le moment où il est remis à la blanchisseuse jusqu’à celui où il est rendu à son propriétaire.

Néanmoins, nous devons insister sur certaines opérations qui sont le point de départ des accidents constatés.

La première, la plus dangereuse pour tous, est le triage se faisant à sec, comme nous l'avons déjà dit. Le triage consiste pour la blanchisseuse à vérifier le linge qu’on lui aremis et àconstituer différentes catégories, gros linge et linge fin ne devant pas être traités identiquement. Dans les hôpitaux, ce triage se fait souvent à l'entrée même des salles ; pour le linge des particuliers, le triage se fait parfois dans la voiture même qui rappcrtele linge propre; il en résulte une économie detemps, mais aussi les poussières chargées de germes viendront se déposer sur le linge à rapporter. Le même inconvénient se rencontre lorsque ce triage se fait chez la blanchisseuse. Nombre de fois, le logement de celle-ci se compose de deux pièces, l’une réservée à la famille, l’autre à la profession et servant à la fois de salle de triage, de salle de séchage et de salle de repassage. |

La seconde opération, l’essangeage, est d'une importance capitale: elle consiste dans l'immersion à l’eautiède du linge pour le débarrasser des produits albumineux qu'il pourrait contenir et qui se trouveraient fixés d'une

facon indélébile si on le plongeait directement dans l’eau

bouillante ou si on le mettait à l’étuve. L'industrie de l'impression sur tissus repose sur la coagulation de l’albumine colorée par certaines matières dissoules et sur l'imprégnation des éloffes par cette albumine surchaufféc. Ces taches de linge, qui constituent un si violent grief contre l’étuve, n'existeraient pas si l'essangeage était rigoureusement pratiqué. Pour faire disparaître ces taches des pièces désinfectées à l’éluve, on a proposé de les laver dans une solution de chlorozone ou hypochlorite de sodium peroxydé à ! pour 400. Nous connaissons l'inconvénient de cet essangeage qui est la pollution des cours cours d’eau et nous avons cité Les travaux de JUNGFEIscH et de Mrquez àce sujet. Les lavoirs, situés dansl'intérieur des grandes villes, envoient leurs eaux d'essangeage à l'égcoût. Celles-ci sont destinées à arroser les champs d’épandage et ne parviennent dans les cours d’eau que débarrassées de leurs impurelés ; il en est tout autrement lorsque nous considérons les nombreux bateaux-lavoirs amarréssur les fleuves pendantleurtraversée des grandes villes.

Ces remarques faites à propos du lriage et de l’essangeage semblent s'adresser plus particulièrement aux petiles blanchisseries, disposant d'un nombre restreint de pièces et faire porter tout le poids de la responsabilité aux laborieux pauvres qui utilisent le bateau-lavoir.

IL y a assurément beaucoup à faire et si les notions d'hygiène pénètrent lentement dans les mœurs, c'est qu’elles rencontrent de nombreux obstacles, soit du fait de la routine, soit du fait de raisons économiques.

Mais les grands établissements ne sont pas exempts de

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reproches et la séparalion qui devrait être absolue entre linge contaminé et linge propre est rarement observée. — Pour la désinfection par l’étuve, deux pièces sont consacrées l’une à recevoir les objets contaminés, l’autre les objets désinfectés. Pourquoi ce principe ne serait-il pas observé rigcureusement dans les blanchisseries, en particulier dans celles qui se trouvent dans la banlieue des villes et qui disposent d’un local plus spacieux ?

En ce qui concerne les petites blanchisseries de quarlier, interviennent desraisons économiques et la question serait difficile à résoudre si le problème n’était grandement simplifié par les mesures de désinfection dans la famille.

Ces dangers que courent les blanchisseuses et qu’elles font courir ont été signalés depuis longtemps; c'est ainsi que nous lisons dans Ramazzint (1), 1713 :

« En outre, leschemises et le linge imprégnésde mille saletés, de virus galeux, vérolique, de sang meénsiruel, leur fournit quand elles les lavent un mélange affreux de vapeurs nuisibles qui affecte leur cerveau et leurs esprits animaux. »

Depuis cette époque, de nombreux hygiénistes ont insisté sur ces fails : ACKERMANN, 1786, PATISsIER, 1822, TurNER-Tac Kran, 1832, Hazrorr 1845, Vernois (2) 1860, Hirr (3), EurenBere (4), Prousr (b). De nos

(1) Ramazzini de Padoue, Essai sur les maladies des artisans, 1713, traduit du latin avec notes et additions par Fourcroy, Paris, 1777, et par Patissier, Paris, 1822.

(2) Vernois. Traité d'hygiène industrielle, 1860.

(3) Hirr. Maladies des artisans, 1875.

(4) EuzexserG. Hygiène? professionnelle, 1876.

(5) Prousr. Traité d’hygiène générale, 1877.

mages.

jours,les pouvoirs publics sesont émus de celle question.

Dans un rapport de M. Eugène Descaamps au préfet de police (mars 1897), et posant en principe la nécessiLé de veiller à la sécurité des blanchisseuses au point de vue de la contagion, nous lisons cette phrase : « Le temps n’est peut-être pas éloigné, nous osons l’espérer, où les personnes réfractaires à la désinfection seront l’exception. Ce jour-là le danger couru par les blanchisseuses et leurs clients sera en quelque sorte illusoire. D'ailleurs, le corps médical a ici un devoir tout tracé, c'est à lui qu'il appartient de montrer aux familles la nécessilé de la désinfection des linges souillés. C’est lui qui doit user de toute son influence et de toute son autorité sur les familles pour obtenir celte désinfection de linges souillés avant leur remise à la blanchisseuse.

Enfin, un rapport de M. Var à la séance du conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine, le 29 octobre 1897, s'occupe également de cette importance question : Protection des blanchisseuses contre les dangers du linge sale.

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