CHAPITRE Il
Moyens usités pour la désinfection des linges
Par quels procédés pourrons-nous donc arriver à rendre inoffensifs ces linges contaminés ? Quels agents anlisepliques sont à notre disposition ? — Nous avons déjà longuement insisté sur celte nécessité de l'immersion des linges souillés, mais nous n'avions tout d'abord en vue que d'éviter la dispersion des poussières ; celte immersion jouit d’une autre propriété, devant être signalée ici, celle de favoriser l’aclion de l'anliseplique, comme l'ont démontré CHAMBERLAND el FERNBACH (1), avec de nombreuses expériencesà l'appui de cette assertion. « Cette résistance est due sans doute à ce que le désinfectant pénètre plus difficilement dans la cellule lorsque la membrane de cette cellule est sèche que lorsqu'elle esthumide. L'action du désinfectant sur le germe sec pourrail être décomposée en 2 temps. Un premier temps employé à mouiller la membrane, à rendreen quelque sorte le germe humide, et un deuxième temps employé à la pénétration du désinfectant. En particulier, si on considère l'action à 15° de l'hypochlorite de chaux au dixième sur les germes humides et les germes secs (sans spores), on voit que les premiers sont lués en 15 à 30 minutes, tandis que les
(1) CHAMBERLAND et FEernsAcx, Annales de l'Institut Pasteur, 1893,
EST Es
derniersne sont tués qu’au bout d’une à 2 heures. Le temps d'humidification doit donc être à peu près d’une heure à 15°: à 50°, les germes humides sont tués en 5 minutes et les germes secs en 30 minutes, le temps d'humidificalion doit donc être plus court qu'à 15°.
De ces diverses expériences, ilrésulte que l’action du désinfectant sera d'autant plus énergique et rapide qu’elle aura été précédée d'une immersion dans l’eau à une tempéralure plus élevée. Nous en tirerons celte déduction qu'il ne faudrait pas considérer comme débarrassés de tout germe des linges qui auraient été seulement trempés dans l’antiseptique. L'immersion devra donc êlre prolongée, puisque, pour simplifier, nous ferons l'opération en un temps. Les linges seront plongés directement dans le liquide désinfectant. Quel sera le liquide de choix nous permettant une désinfection relativement rapide et économique? Jusqu’aux travaux de PASTEUR sur les fermentalions et sur l’éliologie des maladies microbiennes et jusqu'aux découvertes de Davainr (1) sur la nature du charbon et de la septicémie, le conduisant à expérimenter l'action des antivirulents, la désinfection était purement empirique, le contrôle bactériologique faisant défaut. Et encore par désinfeclion entendail-on beaucoup plus souvent disparition ou même dissimulation des mauvaises odeurs que destruction des germes. Aussi comprend-on la faveur dont jouissaient autrefois les aromates. Depuis ces recherches, de nombreux travaux ont eu pour objet
(1) DavaINE. Recherches relatives à l’action de la chaleur sur le virus
charbonneux, Académie des Sciences, 29 sept.1873; — Recherches relatives à l’action des substances antiseptiques sur le virus de la septicémie, Gaz. médic., 1874; — Recherches sur quelques conditions qui favorisent ou qui
empèchent le développement de la septicémie, Acad. méd., 18 fév. 1879.
PÉNDUEE
l'étude des substances antiseptiques sur les microorganismes (1). Le nombre des produits allant toujours croissant, le contrôle bactériologique est intervenu la plupart du temps; maisles conditions dans lesquelles ces expériences ont été faites diffèrent notablement de ce qu'on rencontre Journellement dans la pratique. Dansces expériences, on agit sur des cultures, sur des organismes isolés, soit que l'on ajoute un antiseplique dans un tube de bouillon, soit que l’on plonge un fil imprégné de culture dans cet antiseptique. Dans le premier cas, le milieu sera rendu impropre au développement du microbe; dans le second, le microbe sera facilement imprégné par l’antiseplique. Mais si nous considérons la dispersion des germes dans une chambre de malade, ceux-ci peuvent être dissimulés dans les replis d'une éloffe, recouverts de poussières et échapper ainsià l'actiondirecte de l’antiseptique ; de même pour
les linges, les germes pathogènes sont recouverts le plus souvent d'un vernis protecteur : sérosité, sang, matières fécales desséchéeset pénétrant de plus dans la trame même du linge. Aussi, pour nous rapprocher autant que possible de la réalité, utiliserons-nous pour les expériences,
(1) AxGus Surrm, Disinfectants and disinfection. Edinburgh, 1869. — À. Penir. Note sur les substances antifermentescibles, Comptes-rendus Acad. d. sciences, 14 oct. 1872 : Journal Physique et Chimie, juin 1874. — 0. Mac. The relative power of some reputed antiseptics agents. 1872. — Gosseun et BenGeron. Etude sur les: effets et le mode d'action des substances employées dans les pansements antiseptiques, Comptes-rendus Acad. sciences, 29 nov. 1879. — Leovro Bucuourz. Aotiseptica und Bac terien. — Ta. Haserkonn. Das berhalten von Harn Bacterien gesen einige antiseptica. Dorpat, 1879. — Nicocaï Jaran pe La Croix. Das vechalten der Bacterien das Fleischwaners gegen einige antiseptica, Archiv. für Experimentale Pathologie, 20 janvier 1881. — Kocu. Uber desinfection, 1881, — Duccaux. Sur les antiseptiques, Ann. Inst., 8 oct. 1889. — Ger- PERT. Sur les antiseptiques, Berl. Jelin Wochen, 1889. — Jæcer. Mo yens chimiques de désinfection, Arbeiten a. d. k. gesundh 1889.
comme il sera dit à la technique, un mélange de culture en bouillon et de sérum de bœuf.
L'agent désinfectant que l’on doit mettre en première ligne, parce qu’il est celui qu’on peut loujours avoir sous la main, est l’eau bouillante. Mais par là nous devons entendre l’eau maintenue d’une façon constante à 100°. A cette température, les spores de la bactéridie charbonneuse et celles du tétanos sont détruites en 3 ou 4 minutes. La difficulté de ce procédé réside dans ce fait que l'eau doit être maintenue à 100°. Cette condition se trouve réalisée au moment du lessivage (pas dans les cuves trop considérables où le linge est entassé), alorsqu’on dispose d’un dispositif un peu spécial. Quoi qu’il en soit, ce que l'on est convenu d’appeler l’eau bouillante nous rendra assurément des services, soit employée seule, soit pour renforcer l’action des antiseptiques, comme l'a signalé Kocx (1), le premier, et comme l’ont démontré ensuite Hence(2,, Nocuar (3), RemcncuameselSuGa(4), Beni (5), Hammer (6), Herner (7). Une réserve doit être faite sur l'action de l’eau bouillante. En effet, si celle-ci est projetée brusquement sur le linge, nous retrouverons les
(1) Uber desiafection, Mitth ad. Kais geundheitsamte, t. I, 1881.
(2) Archiv für Hygiene, t. IX, p. 188, 1889.
(3) Zeitschrift für Hygiene, t. VII, 1889.
(4) L’acide phénique, la créoline et le lysol. Mouvement hygiénique. Bruxelles, 1890. Analyse in Rev. Hygiene, 1891.
(5) Uber desinfection. Desinfections mittel. Zeitschrift fur Hygiene, t. IX, 395.
(6) Uber die desinficerende Wirkung der Kresolen, Archiv f. Hygiene,
G Uber die Wirksamkeit der desinfectionsmittel fei erhôhter Tempera tur, Centralbl, f. Bact.,t. IX, 189t, et Archiv f. Hygiene, 1892.
DARDEAU 3