IV. — Anatomie Pathologique
La diphtérie puerpérale est essentiellement caractérisée par des lésions locales sous forme de fausses membranes. Les recherches entreprises sur la formation de la fausse membrane par le bacille diphtérique ou sa toxine nous permettent d'en reconstituer facilement le processus au cours de la localisation qui nous intéresse.
La toxine microbienne agit vraisemblablement en altérant primitivement les cellules avec lesquelles elle se trouve en contact. Ces'cellules altérées provoquent secondairement une vaso-dilatation des capillaires et une diapédèse des leucocytes. Puis, de la vingt-quatrième à la quarantehuitième heure, la fausse membrane se développe. Celle-ci n’est en somme qu’un exsudat recouvrant la muqueuse et cet exsudat est constitué d'une part par de la matière fibrinogène et de l’autre par les cellules altérées.
La matière fibrinogène sortie des vaisseaux se trouve dans d'excellentes conditions pour se coaguler; elle est au contact de l'air; elle rencontre des leucocytes morts, qui, ici comme partout ailleurs jouent un grand rôle dans la coagulation; elle est répandue sur une muqueuse dont les épithéliums sont altérés; or les épithéliums ne s'opposent à la coagulation des exsudats que lorsqu'ils sont intacts. Enfin, il faut en même temps attribuer une part aux cellules propres des tissus qui se fibrinifient suivant un processus décrit par WEïGERT sous le nom de nécrose de coagulation.
Ainsi constituées aux dépens de la fibrine du sang et des cellules, les fausses membranes sont d’un blanc luisant, légèrement vernissées et inégales, épaisses de plus d’un millimètre; elles siègent en divers points de la muqueuse vaginale à laquelle elles adhèrent intimement à tel point que le frottement avec une compresse ne peut suffire à les détacher. L’enlèvement même de ces fausses membranes
por
met à nu une surface exulcérée saignante, ce qui prouve qu'il s’agit non d’un simple dépôt, mais d’un processus de néo-formation. Détachée des parois vaginales, la fausse membrane est assez résistante; elle ne se désagrège pas lorsqu'on l’agite dans l’eau, ce qui la différencie des enduits pultacés ou des concrétions de mucus. Elle est dissoute par l’eau de chaux et lhypochlorite de soude; elle ne résiste pas à l’action de l'acide lactique (5 %) à l'acide phénique ou salicylique; sa richesse en fibrine explique qu’elle décompose l’eau oxygénée. ï
Au microscope, elle se montre constituée par une épaisse couche de fibrine à fibrilles anastomosées avec des prolongements qui vont s'attacher aux tissus sous-épithéliaux ; ainsi s'explique l’adhérence dela production aux tissus sous-jacents. Au milieu de la fibrine on trouve de la mucine, de la graisse, des leucocytes, des cellules épithéliales altérées, et le plus souvent des bacilles diphtériques aisément reconnaissables, ainsi que d’autres microbes qui peuvent leur être associés. Somme toute, le caractère distinctif essentiel de la fausse membrane diphtéritique est l’existenc d’une forte couche de fibrine, tandis que la plaque diphtéroïde due au streptocoque est essentiellement constituée par'une couche épaisse de tissus nécrosés.
La fausse membrane naît dans les parties exposées à l'air, au niveau de la vulve ou des grandes lèvres, et elle s'accroit en surface vers la profondeur du vagin, par l’adjonction de nouvelles couches de fibrine. C’est ainsi qu’on peut voir le vagin tout entier et le col recouverts d'une véritable couenne blanchâtre. Parfois les fausses membranes se montrent sous forme de placards isolés.
Ges fausses membranes arrivent à la longue à se détacher sous l'effet des sécrétions des glandes sous-jacentes. Parfois aussi elles disparaissent par suite d'une transformation histo-chimique ; elles subissent une fonte granuleuse ou une dégénérescence hyaline.
Les lésions secondaires sont multiples et variées; les ganglions du voisinage sont presque toujours atteints; ils
peuvent suppurer et le tissu cellulaire qui les entoure peut s'œdématier et participer ainsi à la suppuration,
Quant aux lésions des autres organes, elles ne pourraient être établies qu’à la suite d’autopsies, et parmi les cas que nous avons notés, il n’y en a eu qu'un qui se soit terminé par la mort et la nécropsie n’a pas été pratiquée.