RTE CHAPITRE. III LEA
Traitement:
Le traitement de la diphtérie des suites de couches, est, avons-nous-dit, d'une importance capitale, car sa mise en œuvre méthodique peut singulièrement modifier lé pronostic de cette affection.
En tout cas, les données sérothérapiques récentes nous
créent des devoirs impérieux aussi bien vis-à-vis de la mère
qu'au sujet de l'enfant. Enfin, la question de l'opportunité
de l'allaitement par la mère accroïit encore l'importance de
cette étude en ce qui concerne le nouveau-né.
Aussi, étudierons-nous successivement chez la mère et chez l'enfant la prophylaxie et le traitement qui doivent être employés contre la diphtérie puerpérale.
En terminant, nous dirons un mot de la prophylaxie de l'entourage immédiat de linfectée. :
1° Chez la Mère. . y
a) Prophylaxie. — De l'étude étiologique que nous avons
faite et des observations que nous avons pu recueillir, il:
ressort des indications très nettes au point de vue prophylactique : ce sont du reste celles qni sont de mise vis-à-vis de toute infection post partum, puisqu'il semble démontré qu'à l'heure actuelle Ia prophylaxie est notre seule arme et notre seul moyen de protection contre elle. Nous ne nous étendrons pas sur un sujet qui est longuement traité dans presque tous les ouvrages d'accouchements. Nous rappele-
rons simplement qu'il est indispensable d'observer chez.
les accouchées les règles de la plus stricte asepsie, en ce
qui concerne la désinfection des mains, des instruments, du matériel de pansement:et de la literie. De plus, souvenonsnous qu'il faut être aussi ménager que possible du toucher vaginal dont la fréquence augmente les risques d'infection. Quant aux injections vaginales antiseptiques, tant avant qu'après l'accouchement, il y a tendance très nette à les ‘proscrire et à employer uniquement des savonnages vulvaires à l'eau bouillie (voir les travaux de KRoNIG et MENGE sur Îles propriétés bactéricides du mucus vaginal). Nous ferons une réserve pour les parturientes suspectes. d’infection vulvo-vaginale. Dans ce dernier cas, nous utiliserons selon les cas une solution de formol à 5 p. 1000, une solution de permanganate ou la solution iodo-iodurée de TARNIER à 3 p. 1000, telle quelle ou dédoublée.
I serait en outre désirable qu'un pansement strictement aseptiqué fut soigneusement fixé sur la vulve et que nous apprenions aux femmes à le respecter.
En ce qui concerne l'isolement des‘ accouchées, il faudra s’efforcer de l'obtenir dans tous les milieux en interdisant de Jaisser visiter les parturientes par des personnes étrangères, qui sans le savoir peuvent être des porteurs sains de germes et peuvent servir ainsi de mode de transmission entre l’'accouchée et les malades de l'extérieur.
Enfin, dans tous les cas douteux, pratiquer toutes les fois que ce sera possible un ensemencement hâtif qui déter- : minera le genre de microbes et par cela même permettra d'instituer une thérapeutique eflicace.
b) Trailement. —— A l'heure actuelle, le diagnostic de toute diphtérie .confirmée par l'examen bactériologique entraîne comme corollaire le traitement spécifique par l'injection sous-cufanée de sérum antidiphtérique. La localisation du bacille de Loëffler au conduit vulvo-vaginal nécessite les mêmes soins.
Les observations que nous avons recueillies et dont tous
les cas sérieux traités à temps par le sérum ont guéri, sont
nettement favorables à l'emploi de cette méthode thérapeutique. a
Le travail de Bumm et l'observation de FREUND montrent une amélioration très nette de la malade survenant après chaque injection, et se manifestant par un abaissement de la température et du pouls. La malade de Lop fut de même soignée pendant 18 jours sans résultat par des injections intra-utérines et par des écouvillonnages; par contre deux. jours après la première injection de sérum antidiphtérique, la température avait baissé, les fausses membranes vulvovaginales avaient disparues et l'utérus avait terminé son involution qui s'était jusqu'alors interrompue.
Même remarque pour les malades observées par BALARD et dont la guérison survint brusquement à la suite d’applications locales de tampons imbibés de sérum antidiphtérique après échec de tout autre moyen thérapeutique. Nous. aurons l’occasion de revenir tout à l'heure sur cette. facon de faire. : | |
Enfin, si la malade de FABRE et BOURRET ne parvint pas
à guérir, c'est que, sans doute, le traitement sérothérapique : -
ne fut pratiqué qu'in extremis, alors que les toxines diphtéritiques avaient envahi l'organisme tout entier et que celui-ci était hors d'état de se défendre. Eee
L'efficacité du sérum ne parait donc pas douteuse et c’est à ce moyen thérapeutique qu'il faut avoir recours dès que le diagnostic de diphtérie puerpérale est établi.
A l'heure actuelle, après le rapport de NETTER à l'Académie de Médecine « Sur les accidents consécutifs aux injections de sérum et les injections préventives de sérum antidiphtérique » la question semble définitivement résolue et il n’est pas permis de mettre en balance ces accidents, qui sont une rareté, avec les accidents autrement fréquents et autrément graves, dus à la contagiosité' de la diphtérie et à ses complications. | è
Pour laffection qui nous occupe, en dehors des cas tout à fait bénins et d'ailleurs mal caractérisés (Epidémie
Al —
d'Exrarpr et FABRE) où le traitement local par des antiseptiques quelconques a paru avoir une action suffisante, il est hors de doute que dans la diphtérie puerpérale, comme dans toutes les autres localisations du bacille de Loëffler, c'est surtout le traitement sérothérapique qui a l'action la plus favorable et la plus nette.
Cependant, à notre avis, les soins locaux. ne doivent pas être négligés. H ne faut pas oublier en effet que le sérum antidiphtérique a une action éminemment antitoxique et accessoirement antimicrobienne, nous le montrerons tout à l'heure et qu'en outre il n'a qu'une action strictement
spécifique, de telle sorte que les microbes associés au bacilie
diphtérique et qui imprègnent avec lui la fausse membrane ne sont nullement influencés par ce traitement. Il parait donc irrationnel de condamner toute thérapeutique locale antiseptique etde s’en tenir au traitement spécifique général.
Nous le répétons, il ne faudra pas négliger les. soins locaux, lavages vulvaires et injections vaginales au cyanure de mercure, au permanganate etau formol, ou à l’eau iodée, les cautérisations à la teinture d’iode ou à la glycérine créosotée. FaBre dit s'être bien trouvé de tampons perma-
nents imbibés d’eau sulfureuse et des injections d'eau alunée.
Mais à côté des soins locaux à l’aide des divers topiques antiseptiques, BALARD à montré la valeur du traitement spécifique local par des tampons imbibés de sérum antidiphtérique. :
Et d’abord, ce mode ie traitement permet dans une certaine mesure au sérum antidiphtérique d'agir comme sérum antitoxique tout comme par injections sous-cutanées,
en raison du grand pouvoir absorbant de la muqueuse
vaginale après l'accouchement, pouvoir absorbant bien connue des accoucheurs, souvent redouté du reste et qui a fait rejeter l'emploi des sels de mercure, en particulier du sublimé, aussitôt après l'accouchement à cause des cas
d'intoxication survenus à la suite d'infections vaginales.
Mais, en outre, le sérum antidiphtérique appliqué ainsi
loco dolenti permet une action toute différente de cet agent : thérapeutique. C’est qu’en effet, ce sérum n'a-pas comme on le croit communément une action exclusivement antitoxique.
Roux, après BEHRING, avait indiqué que le sérum est préservateur et thérapeutique non seulement vis-à-vis de la toxine, mais aussi envers le virus vivant; là se borne toute allusion à l’action directe du sérum antidiphtérique sur le bacille de Loëffler.
Or, Nicocas en 1895 consacra sa thèse à démontrer « Le pouvoir bactéricide du sérum antidipthérique ». Pour lui, si le sérum n'avait que des actions antitoxiques, ses effets seraiént singulièrement diminués, car les microbes virulents n'étant pas atténués, détruits, ou arrêtés dans leur prolifération, de nouvelles toxines secrétées se répandraient dans l'organisme et produiraient de nouveaux accidents. |
Il faut donc qu’en outre le sérum agisse sur les agents pathogènes pour les détruire ou les atténuer et permettre leur englobement par les leucocytes.
NicoLas démontra par une série d'expériences, d'une façon absolue, l'existence du pouvoir bactéricide du sérum antidiphtérique, pouvoir se traduisant par des altérations de la végétabilité pouvant aller jusqu'à la mort du bacille soumis à son action et par une atténuation extrême de sa virulence.
D'après R. PErir, le sérum de cheval agit par son action chimiotactique en faisant affluer lés globules blancsauniveau de la région malade. Ces leucôcytes absorbent des poisons qui se forment dans les tissus mortifiés; ils absorbent . également les toxines produites par les microbes qui ont envahi ces tissus. En outre, le sérum constitue un milieu physiologique conservateur au plus haut degré des éléments anatomiques incomplètement détruits. Grâce à lui, ces éléments vont reprendre vie; ils aideront à la réparation de la plaie (Ch. Moxcour et J. Fouquer). Ajoutons qu'en plus de ces propriétés antiseptiques et kératoplastiques, le sérum du cheval a une action sédative et analgésique