ÉTUDE QUANTITATIVE DES INHIBITEURS INCOLORES DE LA FLUORESCENCE
$ 65. — On a souvent signalé que l’addition de certaines substances étrangères, même sous faible concentration, à une solution fluorescente peut réduire dans des proportions importantes l'intensité du rayonnement de fluorescence.
19 Jean PERRIN [5] a montré que l'introduction, dans une solution fluorescente, d’une matière colorante ayant une bande d'absorption voisine diminue: le pouvoir fluorescent spécifique de la première substance. Ce phénomène s’interprète de la même manière que la décroissance du pouvoir fluorescent quand la concentration en matière fluorescente augmente ($ 16). L’identité chimique de deux molécules en présence n’est pas nécessaire pour qu’une désactivation induite se produise. Il suffit que les molécules soient en résonance c’est-à-dire aient des fréquences d’activation peu différentes ce qui se traduit par des bandes d'absorption voisines dans le spectre.
20 Certaines substances n’ayant aucune bande d’absorption dans le spectre visible ni dans le proche infra-rouge ou dans le proche ultra-violet, introduites dans la solution d’une matière fluorescente, diminuent le rendement lumineux sans cependant modifier chimiquement la molécule fluorescente. Sous des concentrations suffisantes, leur action est si intense que la solution ne présente plus qu’une fluorescence inappréciable bien que la courbe d’absorption de la matière fluorescente dissoute n’ait subi aucune modification. Il suffit d’ailleurs de diluer le mélange pour constater aussitôt la réapparition d’une fluorescence brillante.
Cette action inhibitrice semble pouvoir être rattachée à une induction forcée et, d’après Francis Perrin, elle résulterait ainsi d’une désactivation induite des molécules activées, l’énergie disponible se trouvant finalement dissipée sous forme cinétique [1].
SToKes [1] a rapporté que l’introduction d’acide halogéné ou de chlorure de sodium dans les solutions de sels de quinine provoque une extinction de la fluorescence. Des observations analogues ont été faites sur des substances variées par BucxinGHAM [7], Pinnow [1], Desna, SherriLz et Harrison [°].
Récemment Francis Perrin [#] et Privauzr [17] ont indiqué que, d’une manière générale, les antioxygènes jouissent de la propriété d’inhiber les solutions fluorescentes.
Jarre et West [!°} ont étudié au moyen de cellules photoélectriques la
décroissance de l'intensité de fluorescence du sulfate de quinine et de l’uranine sous l'influence de quantités croissantes de quelques électrolytes. Ces auteurs se sont particulièrement attachés à montrer que l'addition des inhibiteurs n’entraine aucune modification du spectre d'absorption de la matière fluorescente. Ces recherches ont été effectuées dans le spectre visible et dans l’ultra-violet par des mesures spectrographiques.
Vozmar et Maruis [*] ont déterminé, dans des conditions expérimentales données, la concentration de la substance inhibitrice entrainant la suppression de toute fluorescence visible d’une solution de nitrate d’uranyle. La méthode utilisée par ces auteurs ne serait pas applicable à l’étude des matières colorantes fluorescentes, l'extinction de la fluorescence étant rarement totale même pour des concentrations importantes d’inhibiteur.
Parmi les travaux se rapportant aux inhibiteurs de la fluorescence, citons encore les recherches de Mlle Vivre {*], de Wawizow [#] [#], de Won CT, ÉTAde BANC VERRE RE
Laissant de côté l'influence des NATURE colorés dont l’étude a été entreprise notamment par Mlle CaucHors [5], il nous a paru intéressant d'envisager d’une manière plus approfondie le cas des inhibiteurs incolores afin de rechercher sur un grand nombre d'exemples jusqu’à quel point ces inhibiteurs peuvent être assimilés à des substances antioxygènes et d'examiner si le pouvoir inhibiteur d’une substance donnée, que nous chercherons à définir avec précision, se conserve quelle que soit la nature du solvant et celle de la mâtière fluorescente.
$ 66. Méthode suivie pour l’étude des inhibiteurs. — Nous résumons dans
ce chapitre les résultats des recherches quantitatives que nous avons faites.
relativement à l’action inhibitrice de molécules les plus diverses sur la fluorescence de quelques matières colorantes fluorescentes dissoutes dans divers solvants.
Les expériences, effectuées au moyen du fluoromètre F. P., ont consisté à comparer le pouvoir fluorescent des solutions pour différentes concentrations de la substance fluorescente et différentes concentrations de l’inhibiteur de manière à pouvoir suivre séparément l'influence de la concentration en matière fluorescente pour une même concentration d’inhibiteur et celle de la concentration en inhibiteur pour une même concentration de matière fluorescente.
Les résultats relatifs à chacun des inhibiteurs étudiés permettent de construire en particulier deux familles de courbes obtenues : 1° en portant en abscisses les concentrations s de l’inhibiteur et en ordonnées les valeurs de
tn x log,, 3, chacune des courbes se rapportant à une valeur donnée dela concentration c en matière fluorescente (courbes A); 20 en portant en abscisses les concentrations c de la matière fluorescente et en ordonnées les valeurs de log, db” chacune des courbes étant relative à une concentration s de l’inhibiteur (courbes B). Toutes les concentrations sont exprimées en g. par cm* de solution. ® est
le pouvoir fluorescent du mélange étudié ; D, le pouvoir fluorescent extra-
polé de la matière fluorescente dissoute dans l’eau.
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