NUS
À encore déchiré sa chemise, de façon que la déchirure sépare les deux initiales brodées.
D. — Pourquoi faites-vous cela ?
R. — Ce nest pas moi qui déchire, on me déchire et vous -m'accusez.
— J'ai séparé les initiales parce que j'ai deux familles.
Prétend que son père n'est pas gentil avec elle et que sa Sœur, chez qui elle a habité cinq mois, est insupportable,
À appris la sténographie, après avoir fait de nombreux métiers, tous vite délaissés. La sténographie lui sert beaucoup maintenant pour correspondre avec ses « voix ».' Un jour, comme nous la quittions, elle dit : « Je viens d'entendre dire que c’est bien fait si je suisi ici je ne sais pas qui parle ainsi, ce doit être encore le même. » é
Elle se refuse, ce jour-là, à toute autre explication.
Le 13 janvier 1920, quand nous lui demandons si elle s’explique son placement ici, elle nous répond : « Je m'en fiche, les autres ne m'intéressent pas, je ne m'occupe que de moi; lais- -Sez-moi tranquille. »
© — « Nous sommes tous égoïstes dans la famille, moi, mon frère et vous. »
Un instant après, veut nous embrasser : « Embrassez donc la sainte Vierge ! »
Ce même jour, a menacé de casser la vaisselle; n’a presque rien mangé, est très irritable. L
Quelques jours après, elle est violemment excitée, elle prend des attitudes théâtrales, parle beaucoup, nous insulte et nous complimente successivement. Elle fait des calembours. On lui a enlevé le foie, il lui reste la foi; son imagination, c'est de la machination….
Elle va et vient, drapée dans une couverture; elle a une voix superbe, elle est du Conservatoire et il faut la payer pour . chanter. }
Cette période d'excitation dure quinze jours environ.
- Jusqu'au mois de mai, elle présente alternativement des phases d’excitation analogues à celle ci-dessus mentionnée, entrecoupées de périodes plus calmes, mais où le délire est toujours actif. « Je ne veux plus coucher dans le dortoir, nous . dit-elle un jour; les autres sont toutes phtisiques et me donnent leur maladie. »
Se
Depuis fin mai, est bien calme, très docile, abandonne tous les jours ses idées délirantes; elle conserve ce masque hautain, reste irritable, aurait certains gestes bizarres, ainsi, ne se sert jamais de sa serviette sans la plier et replier deux fois.
Elle s'est mis aux doigts des bagues faites avec de la laine de différentes couleurs. Elle s'occupe régulièrement, et, sur la demande de la famille, sort bien améliorée le 30 septembre
Discussion
Quel diagnostic porter en face d'un pareil état ?
Nous éliminons d'emblée le délire systématisé.
En effet, la systématisation chez notre malade n'est’ qu'une ébauche très informe. On ne trouve pas chez elle cette richesse d'idées et surtout ce besoin d'expliquer son délire qui sont l'apanage des paranoïaques vrais.
Il semble, chez notre malade, que le fond mental ne permette plus que l’enregistrement banal des perceptions; elle est comme un mauvais acteur, qui joue son rôle sans entrer dans la peau du personnage qu’il représente, sans être convaincu qu'il doit être, non pas une automatique représentation, mais une vivante incarnation. Chez elle, les persécutions.se subissent sans qu’elle y cherche une cause, et sans qu’elle réagisse d'une façon adéquate. La synthèse mentale est lésée, il y à une certaine discordance, une certaine désharmonie entre l’idée exprimée et le ton émotif. Les troubles affectifs existentils ? Une légère indifférence s’est manifestée parfois; les attitudes hautaines, un certain maniérisme, des réponses. souvent presque incohérentes, la nature même des conceptions, fous ces petits signes paraissent plaider en fa-
He ne veur d'une démence précoce paranoïde, Variété atypique surtout à cause de l’amélioration survenue qui, quoique
observée dans cette forme mentale, n'y est cependant pas fréquente du tout.