NE A
tion, il restait toujours couché et a fini par tomber dans une fièvre hectique qui est devenue mortelle. »
Voilà un cas qui paraît bien être en rapport avec une démence précoce, l'illustre médecin de Bicêtre ne l’a cependant pas isolé de ceux où les facultés intellectuelles n'ont jamais existées, et il l’a classé dans le cadre de «l’'Idiotisme », cadre où il a englobé indistinctement tous les cas «d’oblitération des facultés intellectuelles et des sentiments affectifs » congénitaux — acquis — aigus ou chroniques.
Esquirol, en substituant au mot «idiotisme » eelui « d’idiotie », fit la distinction que n'avait pas entrevue son prédécesseur ef décrivit, sous le nom d'idiotie aceidentelle ou acquise, la démence précoce actuelle. |
Non seulement Esquirol ne fit aucune allusion aux antécédents héréditaires de ses malades, mais il attribua toujours leur affection à des causes accidentelles.
Et, comme l’a fait remarquer le D' Deny, au Congrès de Pau, cette opinion étant celle qui tend aujourd'hui à prévaloir, «il n’était pas inutile de rappeler que la France lui avait servi de berceau ».
La théorie d'Esquirol fut combattue par Morel, qui enseigna: « que, bien loin d’être accidentelle, la démence des ‘adolescents devait, au contraire, être considérée comme constitutionnelle ».
Elle n’était plus alors qu'un corollaire de la dégénérescence. Morel, nous l'avons dit, se servit, le premier, du terme «démence précoce »; il désigna, par ce mot, l’état mental des enfants chez lesquels l'apparition de la puberté est suivie à bref délai d'une déchéance progressive et irrémédiable des facultés.
SANTE DNOE
Nous empruntons, au rapport du D" Dény, l’observalion suivante que Morel relatait dans son traité des maladies mentales, en 1860. C'est à propos d'un enfant de 13-14 ans, chez lequel une haine violente pour son père, avait subitement remplacé les sentiments les plus tendres:
« Cet enfant, dont la tête était bien conformée et dont les facultés intellectuelles dépassaient de beaucoup celles de ses camarades d’études, devint sombre, taciturne et montra de la tendance à l'isolement. Progressivement, il oublia tout ce qu'il avait appris, ses facultés intellectuelles si brillantes subirent un temps d'arrêt très inquiétant. Une espèce de torpeur voisine de l’hébétude remplaça l’activité première, et, lorsque je le revis, je jugeai que la transition fatale à l’état de démence précoce était en voie de s’opérer. Ce pronostic désespérant est ordinairement bien loin de l’idée des parents et même des médecins qui donnent leurs soins à ces enfants.
«Telle est néanmoins, dans bien des cas, la funeste terminaison de la folie héréditaire. Une immobilisation soudaine de toutes les facultés, une démence précoce indiquent que le jeune sujet a atteint le terme de la vie intellectuelle dont il peut disposer.
__ «Ilest alors désigné sous le terme d'imbécile, d'idiot. »
Dans le chapitre qui traite des «Folies héréditaires à existence intellectuelle limitée avec transition à l’idiotisme le plus irrémédiable sous l'influence de certaines causes intercurrentes », Morel donnait encore de nombreuses descriptions de démence précoce, telle celle d’un jeune séminariste devenu «idiot dans la plus complète acception du mot», et à propos de laquelle il ajoute :
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«Je ne sais en vérité quel nom donner à l’état mental de certains individus que j'ai pu observer et qui, après avoir passé par tous les degrés de la mélancolie avec débilité progressive de l'intelligence, sont tombés ultérieurement dans l'idiolisme le plus irrémédiable. » De Pinel, jusqu'à Morel, c'est-à-dire dans la période comprise entre 1809 et 1860, à part Spurzheim qui, en 1818, décrivit «l'idiotisme accidentel », seuls les aliénistes français eurent en vue ces états spéciaux qui devaient, plus tard, former un des plus vastes chapitres de Ja Psychiâtrie.
Ce n’est que depuis Kahlbaum, en 1863, que se préeisèrent successivement les diverses formes morbides dont l’ensemble. constitue aujourd’hui la démence précoce. Nous ferons un historique suceinct de l’hébéphrénie et de la catatonie pour nous étendre plus longuement sur la forme paranoïde la plus controversée.
En 1863, Kahlbaum signala l'existence d’une nouvelle affection mentale aboutissant rapidement à la démence et qu'il appela hébéphrénie parce qu'il la considérait comme étroitement liée au développement de la puberté.
Kahlbaum esquissa sommairement les caractères de cette affection et c’est en 1871 que son élève, Hecker, en traça le tableau clinique complet.
La conception de Kahlbaum-Hecker trouva, en Allemagne, de nombreux adversaires : Krafft-Ebbing, Schüle, Sterz, Fuik, etc. soutinrent que l’hébéphrénie n'était qu'une forme de la dégénérescence mentale.,
Vers la même époque, en France, Magnan et ses élèves classaient l'hébéphrénie dans les délires polymorphes des dégénérés.