‹ Contribution à l'étude de la Forme paranoïde de la Démence précoceChapitre 9 sur 36 · SD US · texte numérisé non relu

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Sans doute, la véritable hallucination peut exister, mais elle n’est là qu'à titre épisodique et n’a pas de place prépondérante dans l’élaboration du délire.

Disons, en passant, que cette idée a été traitée ces derniers temps dans l’Encéphale, par Querry, qui, étudiant les « voix et hallucinations » avec l’idée préconçue inspirée par Chanlin de savoir si un halluciné n'est pas simplement un interprétant, sans conclure cependant, se range à l'opinion de Sérieux.

En résumé, les délires chroniques formant jusqu'alors de nombreuses et diverses entités peuvent se ramener à deux grandes classes :

. 4° La démence paranoïde pour tous ceux qui évoluent vers l’affaiblissement démentiel;

R° La folie systématisée pour ceux où l’esprit construit un système délirant basé sur de fausses interprétations. de faits réels, et que la démence ne termine jamais. Voilà à peu près les conclusions auxquelles arrivaient Sérieux et que Masselon a reproduites dans sa monographie de la Démence précoce (1904).

Au Congrès de Pau (1904), le D' Deny présente un substantiel rapport sur les démences et, parlant de la démence précoce dont il fait un long historique qui nous a inspiré, il arrive à cette conclusion :

«La démence précoce, tout en restant soumise dans les mêmes limites que la paralysie générale à l’inéluctable loi de la prédisposition héréditaire et acquise, est, au même titre et dans la même mesure qu'elle, une maladie fortuite et accidentelle. »

Cette conclusion ne fait que confirmer la théorie de. Kræpelin qui rattache la démence précoce au groupe des

SANS TS psychoses par auto-intoxication et avec l'idée de Gilbert Ballet qui différencie cette dernière affection des folies dégénératives.

Sur la démence paranoïde, le D' Deny ne s'étend pas longuement; il la mentionne simplement dans son historique en en donnant la définition de Krœpelin.

Un important travail au sujet des démences se trouve dans la traduction de l’Introduction à la psychiâtrie clinique de Kræpelin, présentée au publie médical fran- Ççais par une préface documentée de Dupré en 1907.

De cette préface, nous extrayons le passage suivant :

« L'ässimilation au nom de l’analogie des troubles affectifs et volontaires et de l’évolution démentielle des formes dites « paranoïdes » aux formes hébéphréniques et catatoniques de la démence précoce, a soulevé ‘des objections qui me paraissent fondées et j'avoue que la lecture de la seizième leçon sur les formes paranoïdes de la démence précoce n'apporte pas d’argument décisif à la thèse et ne semble pas. justifier son titre. Le terme de « paranoïde » me semble malheureux, car le délire sensoriel de ces « déments paranoïdes » n’a aucune analogie : avec celui de la paranoïa, entendue au sens que lui réserve précisément l’auteur de psychose dégénérative, constitutionnelle, de nature interprétative et non hallucinatoire. »

Dans cette seizième leçon dont'parle Dupré, Kræpelin cite trois observations et établit les différences de symptômes entre ce qu’il appelle démence paranoïde et paranoïa vraie.

Nous aurons occasion de revenir sur ces éléments de

diagnostic.

droit

Parlant des antécédents des malades de Kræpelin, Dupré note le rôle fondamental de la prédisposition psychopathique dans l’éclosion de la démence précoce qui apparaît ainsi le plus souvent comme une des manifestations de la dégénérescence mentale: manifestation dont l'importance est liée à celle de la tare héréditaire.

« Qelques-uns de ces déments, écrit le traducteur, sont des débiles congénitaux avec ou sans antécédents convulsifs dans leur enfance, qui, à la suite de traumatismes céphaliques, présentent des accidents de stupeur ou d’excitation catatonique. »

Et plus loin, parlant de démence précoce accidentelle, ii l’assimile aux formes chroniques de la AE mentale décrite par Régis et son élève Laurès.

L'importance de la prédisposition héréditaire dans la démence précoce, capitale pour les uns, secondaire pour les autres, n’a pas été le seul point qui a donné cours à de multiples discussions, il en est un autre tout aussi controversé: celui de la nature démentielle de l’affection; démence vraie pour les partisans de Kræpelin; on a objecté que la démence précoce n’en était une ni par son évolution ni par ses symptômes. |

Si nous insistons sur ce point, c’est qu'il a une grande valeur en ce qui concerne la forme qui nous occupe.

L’affaiblissement démentiel dans la démence précoce n'apparaît pas d'emblée comme dans une démence ordinaire lotale : il est lent, progressif et reste plutôt électif pour telle ou telle faculté que global.

Ce sont ces signes spéciaux qui ont justifié les noms d’ataxie intrapsychique (Strausky), de schizophrénie

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(Bleuler), de folie discordante (Chaslin), de démence rapide (Victor Parant), qu'ont donné ces auteurs à la démence précoce.

La conservation de la mémoire n'est-elle pas une preuve en faveur des adversaires de Kræpelin au sujet de la notion de démence ?

C'est justement dans les formes délirantes paranoïdes que l’affaiblissement démentiel est le moins caractéristique, tout au moins au début de la maladie; mais si son évolution est plus lente, elle n'en est pas moins fatale. |

Quant à savoir si les facultés intellectuelles disparaissent ou s’engourdissent, nous n’approfondirons pas la question soulevée par la captivante théorie de Freud et de son.élève Bleuler dont Régis et Hesnard ont donné un brillant exposé dans leur livre sur la Psychoanalyse.

Plus en rapport avec les formes délirantes de la démerñce précoce, un autre point de vue a été discuté.

Le délire est-il primaire et la démence secondaire, ou est-ce l'inverse ?

Krœpelin, Deglas, Sérieux, Deny, pour qui la démence précoce est essentiellement un processus primitivement démentiel, le délire apparaît comme secondaire; pour Arnaud, au contraire, dans son Traité de Pathologie mentale (page 808), c'est le délire qui’est primitif et la démence secondaire.

Pour Régis, s’il est le plus souvent secondaire à la confusion mentale, il l’est seulement quelquefois à la démence dégénérative.

Nous avons vu que Dupré ne considère pas la démence

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comme secondaire au délire, mais déterminée par in validité cérébrale du sujet.

Chaslin, dans son remarquable ouvrage « Eléments de sémiologie et de clinique mentales », mentionne deux sortes de démences précoces, une dégénérative, type Morel, et une vraie, type Kræpelin, qu'il considère ocmme une pseudo-démence et qu’il appelle folie discordante.

Dans sa thèse inaugurale, Mme Thuillier-Landry, qui étudie les délires à évolution démentielle précoce, conclue à la nature non primordiale du délire.

La question encore à l’étude n’est pas tranchée définitivement. |

Pour terminer ce long exposé historique, nous relaterons en résumé le travail de Masselon, sur la démence paranoïde, paru dans l'Encéphale, en 1912, et le contenu de la huitième et dernière édition du traité de Kræpelin en cours de publication en 1913.

Masselon désigne sous le nom de démences paranoïdes seulement les délires fantasques de Kræpelin, dont il donne comme caractéristiques:

4° La nature paranoïaque;

R° L'évolution démentielle;

3° L’étiologie essentiellement A

Kræpelin, dans sa huitième édition, semble démontrer, une fois de plus, l'incertitude des classifications et la variabilité des opinions, en introduisant dans Ja démence précoce de nouvelles formes que nous ne ferons qu'énumérer :

1° Forme démentielle simple;

2° Hébéphrénie;

3° Formes dépressives simples ou avec stupeur; 4° Etats de dépression avec conceptions délirantes;

: 5° Démence précoce agitée (forme circulaire, agitée, périodique) ; |

, 6° Catatonie; 7 Formes paranoïdes (dementia paranoïides gravis, dementia paranoïdes mitis) ; | \ & Confusion du.langage (Schizophasie).

C’est encore dans cette édition qu’une nouvelle entité se fait jour sous le nom de Paraphrénie, que Kroepelin ait consister en « des cas à idées délirantes durables, dans lesquels, malgré les rapports nombreux avec la démence précoce, à cause du peu de développement de la volonté et des troubles affectifs, le mouvement de la vie de l’âme souffre peu, ou dans lequel du moins la perte de l'unité intérieure se limite à certains points de la capacité de comprendre. »

C’est dans cette catégorie que rentrerait le délire chronique de Magnan.

Conception

de la Démence paranoïide

L'association des deux termes démence et paranoïde, que Dupré ne voulait pas admettre trouve un ardent partisan en Masselon qui y voit les deux grands Symptômes de la maladie : l’affaiblissement démentiel et là constitution paranoïaque. |

Toute démence paranoïde offre à étudier l’état consti-. tutionnel d’une part et l'évolution démentielle de l’autré. Nous verrons quelles réserves il sera utile de faire au sujet de la nature de cette dernière.

La constitution paranoïaque a été mise en lumière : par Deny qui l’a isolée du groupe des stigmates mentaux nombreux de la dégénérescence. |

Elle se caractérise chez l'individu qui la possède par un certain nombre de dispositions et de tendances anormales qui constituent un caractère morbide spécial.

« Ce qui est fondamental dans un caractère, écrit Ribot, ce-sont les instincts, tendances, impulsions, dé- - sirs, sentiments, tout cela et rien que cela.

« L'intelligence n’est donc pas un élément fonda-

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mental du caractère, elle est la lumière, elle n'est pas la vie, ni par conséquent l’action. » (Psychologie des sentiments, page 392).

Le fond de la constitution paranoïaque, fond uniquement constitué par des états affectifs, peut se résumer en deux mots : orgueil et méfiance, deux états qui représentent la prédisposition au délire de grandeur et de persécution. L'élément intellectuel superposé à ces éléments affectifs se traduit par « l’esprit de systématisation, la tendance à organiser des ensembles plus ou moins coordonnés et cohérents, d'idées fausses pathologiques entraînant une croyance absolue et irréductible. ». (Devaux et Logre : « Les Anxieux »).

Ce fond constitutionnel, ce, caractère paranoïaque, comme nous le voyons par sa description, est le premier pas vers les délires systématisés et existant seul, s’il évolue, ce ne sera que pour aboutir à la paranoïa vraie.

Mais si, sur cette disposition particulière, progresse plus ou moins lentement la destruction des facultés intellectuelles et affectives, si en un mot l’affaiblissement démentiel marque de son sceau le délire en évolution, ce dernier va s’en trouver modifié.

Avec une intelligence lésée, plus de systématisation parfaite, plus d'attention volontaire soutenue, plus de raisonnement syllogistique à logique serrée quoique fausse, mais de l’incohérence, et te l’absurdité.

Avec la régression affective, plus de réactions émotionnelles, plus de certitude, plus de confiance en soi, mais de l'indifférence, de l’impersonnel, de l’aboulie et de la stéréotypie.

Et ainsi, la démence paranoïde nous apparaît comme

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une sorte de psychose associée, où l’affaiblissement démentiel survenant au cours d’un délire en évolution ou en même temps que lui, imprime à ce dernier ces caractères spéciaux que Kræpelin appelait fantasques. Le fait capital est donc l’apparition de la démence, ce sont les premiers signes avant-coureurs de ce syndrôme qu'il faudra dépister, car ils sont les seuls qui aideront à élaborer un diagnostic et, par là-même, formuler un pronostic fatal.

Comme nous le faisions pressentir plus haut, l’affaiblissement démentiel dans la démence précoce et particulièrement dans la forme qui nous occupe n’est pas total d'emblée, il est lent et progressif et peut mettre des années et des années avant d’arriver au terme de son évolution. Il peut même, si l’on en croit certaines observations publiées, subir un arrêt dans sa marche envähissante, et donner ainsi soit un état mental stationnaire, soit une rémission qui n’est pas une guérison.

De plus, c’est un affaiblissement aussi bien et même plus affectif qu'intellectuel.

Toutes ces manifestations de la démence sont bien compiexes et souvent très délicates à saisir, c'est leur interprétation difficile et incertaine qui dans certains cas encore trop nombreux rend presque impossible le diagnostic entre démence paranoïde et délire systémalisé chronique.

Il y a donc deux périodes à envisager dans l’évolution de la démence paranoïde, deux périodes séparées par un intervalle de temps très variable qui-peut être nul ou durer au contraire plusieurs années.

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