CHAPITRE PREMIER
Historique.
La gastrostomie est une opération par laquelle on établit au niveau de l’épigastre, une ouverture de l’estomac, ouverture permanente qui doit servir à l’alimentation artificielle, mais qui peut être temporaire selon la nature de la maladie.
L'on pourrait s'attendre à voir une intervention si rationnéîle connue et pratiquée depuis longtemps : pourtant c'est vers le milieu de ce siècle seulement qu’elle commença à être proposée, puis exécutée.
En 1837, un chirurgien militaire norvégien, Egebert, proposa sous le nom de Gastrostomie ou Gastrotomie, une opération consistant à ouvrir l’estomac, à la manière de l’intestin dans l’anus iliaque.
En 1848, un de nos compatriotes, Blondlot, tenta la première gastrostomie sur un chien. Il eut un succès remarquable : le chien guérit, et pendant deux ans servit à diverses expériences.
C'est à un autre français, Sédillot, que revient l’honneur d'avoir opéré la première gastrostomie sur l'homme, le 13 novembre 1849 ; il la pratiqua pour la seconde fois en 1853. Nélaton la tenta également en 1854; mais les résultats opératoires étant désastreux, cette opération fut abandonnée des chirurgiens français.
L'on peut reconnaitre dans l’histoire de la gastrostomie
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trois périodes : période d’essais, période de tâtonnements ét de luttes, période de succès.
1° Période. — Nous avons vu la gastrostomie naître avec Sédillot et Nélaton, puis sombrer à la suite des insuccès. Les chirurgiens américains et anglais reprirent alors, mais sans obtenir de bons résultats. Seul, un malade de Sydney Jones eut une survie de quarante jours.
Ce fut seulement en 1876, que nous voyons la gastrostomie reparaître en France avec Verneuil. Ce chirurgien tenta une intervention par un procédé analogue au procédé classique que nous décrivons plus loin : il obtint un succès.
Ce fut l'occasion de la réviviscence de cette opération : travaux, mémoires, communications reparurent ; puis vinrent les perfectionnements de la méthode antiseptique, l'infection péritonéale n'était plus à craindre ; les interventions devinrent plus nombreuses et les résultats meilleurs.
2° Période. — En 1883,Lefort pose l'indication formelle de l'opération (1) dans lesretrécissements œsophagiens.En 1887, Heydenreich la considère comme de plus en plus satisfaisante dans ses résultats. Vinant dans sa thèse, en 1889, donne 17 observations, dans la plupart desquelles il y eut survie de 3 à 6 mois. Enfin, tous les chirurgiens recueillent avec soin leurs observations et établissent les statistiques.
Heydenreich oblient une mortalité de 57 pour 100, Johansen obtient 34,2 pour 100 de survie de plus d’un mois.
La statistique de Zezas donne une mortalité de 84 pour 100 ,mais il faut bien remarquer que ce chirurgien fait entrer dans ce nombre des malades qui ont survécu 18 mois. Aussi
(1) Gazette des hôpitaux, 1883, n° 90. É
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pour avoir jugé d’après ces siatistiques erronées, certains auteurs en arrivent à des conclusions paradoxales et à la condamnation de la gastrostomie.Lagrange,en 1885, écrivait (1): « Ou bien la maladie est peu avancée, et le malade peut encore vivre, ou bien elle existe depuis longtemps, et le malade va mourir, » Êt Annéquit (2), s'appuyant sur le dilemme de Lagrange,concluait au bannissement de la gastrostomie dans la : thérapeutique du cancer de l’æœsophage.
Mais ces opinions erronées n’ont pas prévalu : l'utilité de cette intervention devint évidente,et tous les chirurgiens s’accordent actuellement sur la nécessité de créer une bouche stomacale chez les malades atteints de sténose æœsophagienne et condamnés à mourir de faim.
Dès 1890, Bousquet (3) écrivait : « La gastrostomie doit être préférée aux autres traitements : seule elle permet une . alimentation facile et procure un grand soulagement. »
3e Période. — La gastrostomie entra alors dans la pratique ; mais si tous étaient d'accord sur l’indication formelle de cetle intervention, ils étaient loin de s’entendre sur le choix du procédé : il s'agissait de surmonter une difficulté aujourd’hui à peu près résolue : obtenir une continence parfaite de la fistule créée. Aussi, depuis dix ans surtout, l’émulation des chirurgiens a été vive, les discussions des congrès et sociétés savantes ont été nombreuses, les procédés se sont perfectionnés et les résultats ont été excellents.
Les méthodes suivies sont des plus variées ; mais on peut les ranger en trois classes :
(1) Revue de chirurgie, 1885.
(2) Thèse de Bordeaux, 1885.
(3) Thèse de Paris, 1890.
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4° Les procédés basés sur ce principe : « s'opposer à l'issue des liquides de l'estomac en créant une valvule au niveau de la bouche viscérale ; |
2° Dans la seconde classe se range le procédé classique, ouverture de l'estomac, et suture de la muqueuse à la peau : c'est le procédé de Verneuil, modifié depuis dans quelques détails par Labbé, les professeurs Terrier, Berger ;
3° Enfin les différents procédés qui consistent à faire une simple ouverture à l'estomac sans suture de la muqueuse : celui que nous décrirons et dont nous publierons les résultats fonctionnels fait partie de cette catégorie. Een
Nous ne nous attarderons pas à rappeler les anciens modes d'opération de la gastrostomie. Rappelons seulement que Sédillot faisait à la région épigastrique une incision cruciale, médiane, de 4 centimètres ; mais de bonne heure les chirurgiens adoptèrent l’incision unique, linéaire, soit verticale, soit oblique, parallèle au bord inférieur des fausses côtes, s'étendant de l’appendice xiphoïde au 9, cartilage costal: c’est l’incision de Labbé, devenue classique : c’est celle qui est Lie néralement adoptée, LORS Nous dirons quelques mots sur les principaux procédés : nousrappellerons rapidement l’ancienne gastrostomie endeux temps. Puis nous terminerons en groupant dans un même paragraphe les différents accidents reprochés à ces procédés : cette revue des résultats fonctionnels obtenus par ces méthodes formera une sorte d’historique de l’incontinence Stomacale.
Nous ne pensons pas nous écarter de notre sujet en faisant cette sorte de revue d'ensemble : il sera plus facile par la suite, croyons-nous, de comparer entre eux méthodes et résultats. |