‹ Contribution à l'étude de la gentianeChapitre 44 sur 72 · PUS EE · texte numérisé non relu

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muqueuse; cependant il paraît que c’est seulement par son action tonique qu’elle agit dans ce cas, et non par une vertu antipériodique, à la manière de l'écorce du Pérou ; aussi dans les cas de fièvres intermittentes graves faut-il recourir à cette dernière. On doit s’en abstenir dans les cas où il existe quelques signes inflammatoires. CULLEN à remarqué que la gentiane était plus efficace dans lesfièvres si l’on y joignait une certaine quantité de noix de galle, de bistorte, etc.., et même des aromates (1). »

Mais, à cette époque, la quinine,isolée en 1820 par PELce- Trier et Gavenrou, fait rentrer dans l’ombre les fébrifuges indigènes. Ils tombent vite dans l'oubli. Maiccor (Traité des fièvres intermittentes, 1836) ne cite même plus la gentiane : il en est de même dans les thèses et mémoires que suscitent nos campagnes d'Algérie. Dorénavant quand on parlera d'elle ce sera pour mettre en doute ses propriétés antipériodiques ou ne lui reconnaître d’utilité dans le traitement des fièvres paludéennes qu’à titre d’amer et de tonique. C’est Popinion qui règne encore aujourd’hui. Trousseau y a probablement contribué en écrivant dans son Traité de thérapeutique : « Quant à ses propriétés fébrifuges, elles sont nulles très certainement (2), quoi qu’en aient pu dire les nombreux auteurs qui ont expérimenté sur des fièvres intermittentes vernales ou sur des fièvres rémittentes qui, ordinairement, cèdent sans le secours de la médecine » (Trousseau et Pinoux). De ce jugement, prononcé peut-être sans enquête suffisante, mais par un des plus grands noms de la médecine, la gentiane semble ne s’être pas relevée.

Cependant depuis Trousseau on trouve encore quelques médecins convaincus de l'efficacité de la gentiane dans le paludisme. CuaBasse, chirurgien principal de la marine, s’en sert aux colonies (Union médicale, 1860, p.137).

(1) Dict. universel de mat. médicale et de thérapeutique, tome II, p. 363. (2) « Elles sont au moins très contestables», dit-il dans les dernières éditions de son livre.

Si, dit-il, elle est impuissante à couper à elle seule un accès de fièvre intermittente, elle est tout à fait propre à remédier à une infection paludéenne légère et débutante où à continuer l'action thérapeutique du quinquina dans les cas les plus graves : c'est ce qui résulte du moins de ma longue expérimentation à la Guyane française.

CHaBassE, qui ne l'employait qu’à doses très faibles, lui reconnaît surtout un rôle prophylactique.

Braxpza, professeur de botanique à l’université de Jassy (Moldavie), au cours d’une étude sur les Gentianées (Paris, thèse 1869), montre que certaines de ces plantes jouissent dans leur pays d’origine d’une grande réputation de fébrifuge. Gentiana Tannati, au Pérou, passe pour très célèbre comme succédané du quinquina ; les médecins anglais, dans l'Inde, se servent de même de Ophelia Chirayta ; Erythræa Chilensis ou Cachalongua porte au Pérou et au Chili le nom siguificatif d’Herbe à la pleurésie. Braxnza porte le jugement suivant sur la gentiane, fort employée dans l'Europe orientale : « Comme fébrifuge, la racine de gentiane maniée d’une manière intelligente (10 à 20 gr.)est le meilleur antipériodique après le quinquina : elle réussit surtout contre les “fièvres intermittentes, les fièvres quotidiennes du printemps, si l’on a soin de l’associerà quelque astringenttel que la racine de bistorte ou l’écorce de chêne en décoction ou en poudre. »

Ca soutient une opinion qu'il a contrôlée par Pexpérience (1) :

«Je ne partage pas l'opinion de Trousseau. Il est vrai que lo gentiane ne jouit pas, comme le quinquina, d'une propriété antipériodique spéciale; mais son action, comme celle de tous les toniques amers, n’en est pas Moins efficace dans le traitement des fièvres intermittentes prolongées; c’est un fébrifuge relatif, et qui trouve son application comme l’absinthe, la centaurée chausse-trappe, etc...

(1) Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes.1851-1876; 4° édition, p. #16.

PE: vire

La racine de gentiane, mêlée à celle de bistorte, à l'écorce de chêne ou à celle d’aulne, à parties égales, soit en décoction, soit en poudre, agit plus efficacement que quand on l’administre seule. C'est une remarque faite par Guzuen et que j'ai été à même de vérifier. Je l'associe quelquefois à celle de saule dans les fièvres intermittentes accompagnées d'état cachectique. »

Enfin, tout près de nous, Fonssacrives (1) se demande si la condamnation de Trousseau n’est pas irrévocable et n’appelle pas de nouvelles recherches.

Il est impossible, quand on se reporté à tous les témoignages qui ont été produits en faveur des propriétés fébrifuges de la gentiane, à sa notoriété avant que le quinquina fût venu faire abusivement oublier tous les fébrifuges indigènes... de se soustraire à la pensée que l'oubli dans lequel est tombé ce médicament n’est pas justifié et qu’il y a lieu de lui restituer sa place parmi les fébrifuges.

FonssaGnives prescrivait encore la gentiane aux paludéens français peu fortunés, pour qui la quinine est un médicament trop coûteux : il n’a pas eu lieu de le regretter,

De tous ces jugements se dégage l’impression que la gentiane a probablement des vertus antipériodiques réelles, tout au moins contre les fièvres palustres d'intensité moyenne. On ne s’en serait pas servi en France et ailleurs, pendant si longtemps, si elle avait toujours été inerte. Mais on manque. d'expériences précises, de faits cliniques probants, pour affirmer ou pour nier qu'elle a une action directe, et non pas secondaire, contre les fièvres paludéennes. Au reste, quand bien même on admettrait le dire des anciens auteurs, on pourrait toujours mettre en doute le diagnostic de Paludisme que nous pouvons aujourd’hui affirmer par la constatation de l’Hématozoaire : qui sait, pourrait-on dire, si les cas heureux

(4) Dict. de Decauere, article Gentiane, 1881.

fébriluges bien nettes. Comme elles ont été Fete sur LATE des points les plus impaludés de la Gorse, je ferai pré-

céder leur exposé d’un court aperçu sur le Paludisme tel u ’il règne sur la côte orientale de cette île. PE

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