CHAPITRE V
Usages thérapeutiques.
La gentiane est rangée dans Le groupe des amers purs (par opposition aux amers aromafiques, astringents, purgatifs et spastiques). On l’emploie ordinairement pour combattre lPanorexie, c’est-à-dire pour réveiller une sensation toute subjective : l'appétit, et pour augmenter la sécrétion d’un suc gastrique qu'on soupçonne d’être ralentie. Son usage est done indiqué dans l’anachlorhydrie, dans l’hypochlorhydrie et l’hypopepsie, dans les dyspepsies par atonie de la musculature et de la muqueuse stomacales : il est contre-indiqué dans les hyperchlorhydries.
On l’emploie comme tonique chez les anémiés, les cachectiques, les convalescents : le réveil des fonctions digestives a la meilleure influence sur l’ensemble des fonctions géné-
rales.
On la prescrit d'habitude sous forme de sirop, de teinture,
d’infusion ou de décocté, de masses pilulaires, que l’on fait prendre 15 à 30 minutes avant les repas. On alterne du reste l'emploi de la gentiane avec celui des autres amers, l'estomac semblant s’accoutumer assez vite à tel ou tel d’entre eux et réagir moins bien aux excitations qu'on en attend. Par le choix d’un régime approprié et, s’il est nécessaire, d’autres agents médicamenteux, le médecin complète les heureux effets d’une médication apéritive.
Ajoutons que la médecine vétérinaire fait une grande con-
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sommation de gentiane : ses indications chez les animaux sont sensiblement les mêmes que chez l’homme.
Il est regrettable, par contre, de voir cette plante faire la base de certaines liqueurs alcooliques qui ne font qu’entretenir et développer chez ceux qui en font usage des habitudes néfastes que l’hygiène et la médecine ne sauraient trop réprouver.
Nous avons montré plus haut les propriétés purgatives de
la gentiopicrine : nous avons insisté sur ses propriétés anti-
périodiques dans le traitement des fièvres intermittentes. Ce glucoside chez l’homme sain ne s’est pas révélé comme antithermique : l'est-il chez le fébricitant? Des expériences faites chez deux tuberculeux, à la fin de la 2° période et à fortes oscillations thermiques, ne nous ont pas donné de résultats encourageants. Chez l’un d’eux, la prise de 4 gr. 50 gentiopicrine a été suivie d’une hémoptysie, avec exagération de la poussée fébrile; chez l’autre, les mêmes doses, prises au repas de midi, pendant deux jours, ont bien abaissé la température de 39° et 38°4 le matin à 38° le soir, mais encore au prix de crachats hémoptoïques. Il eût été imprudent de poursuivre semblables essais.
Cette action congestive qui s’est ainsi manifestée au niveau du poumon, qui se montre si nette le long de l’intestin, semble devoir se retrouver encore au niveau de l'utérus. On lit dans les auteurs du xvni siècle (Tourxeronr, Lémery, Vicar) que la gentiane « provoque les mois aux femmes ». Nous avons vu la gentiopicrine amener six jours avant l’époque attendue un écoulement menstruel abondant chez une femme de 40 ans indemne de toute affection utérine (doses : 2 gr. 50 et 2 gr.) ; dans un autre cas, une aménorrhée transitoire chez une jeune fille de 20 ans a cédé devant l’emploi quotidien de 1 gr. gentiopicrine. Peut-être y aurait-il là des recherches nouvelles à poursuivre.
Rappelons enfin que la gentiane jouissait autrefois d’une réputation d’antigoutteux : on vantait la poudre du duc de Portland (gentiane, aristoloche, chamædrys, petite centaurée); il est probable qu’elle n’agit là — si elle agit — que contre la dyspepsie qui accompagne presque toujours la goutte : gouting-indigestion des Anglais (Fonssacrives). On la employée jadis comme « bon remède contre les morsures du chien enragé et des autres bêtes venimeuses, pour résister au venin » (Lémery, 1733, Dict. univ.des droques simples, p. 383): voilà certes des assertions qui font prendre en défiance la vieille pharmacopée, si souvent trop crédule. On l’a vantée aussi comme vermifuge : pour notre part, nous n'avons retiré aucun résultat de la gentiopicrine quand nous avons voulu débarrasser un sujet des ascaris dont il était porteur. On s’est servi de sa poudre pour « nettoyer, guérir les playes et préserver de la pourriture »; « cette plante est du nombre de nos meilleurs antiseptiques », écrivait Vicar, en 1776 (1). Nos antiseptiques modernes et nos procédés de pansement ont fait oublier depuis longtemps ces problématiques propriétés. À Ja place de nos laminaires actuelles on s’est longtemps servi de la racine sèche de gentiane pour dilater les trajets fistuleux ; le chirurgien italien Macer, en 1552, en faisait déjà usage ; la propriété des matières pectiques de se gonfler au contact de l’eau justifie parfaitement cet emploi.
PHARMACOLOGIE
On ne se sert actuellement que de la gentiane sèche et d'extraits aqueux faits avec cette racine. Nousavons montré combien cette pratique est mauvaise, et combien il serait préférable de recourir à un extrait alcoolique fait avec de la gentiane fraiche : on aurait ainsi des préparations d’où la
(1) Matière médicale tirée de Haller, tome Ier, p. 214.
gentiopicrine n’aurait pas disparu et dans lesquelles on titrerait les glucosides par la méthode que nous avons indiquée.
Les préparations inscrites au Codex sont :
La poudre de gentiane ;
La tisane de gentiane : 5 gr. racine incisée pour 1000 gr. d'eau, macération à froid de # beures;
L’extrait de gentiane : extrait mou, obtenu par double macération à froid de 4 partie gentiane dans 8 parties d’eau;
Le sirop de gentiane : avec macération de la racine sèche;
La teinture de gentiane : 1 partie poudre pour 5 parties alcool à 60o. |
Le vin de gentiane : 30 gr. racines pour 1000 gr. vinrouge additionnés de 60 gr. alcool à 60°.
Les doses sont : poudre,0 gr.,50 à 2 gr.; sirop, 10 à 100 gr.,teinture,2 à (GicBerT et Yvon).
La gentiane entre dans les préparations composées suivantes encore inscrites au Codex :
La teinture de gentiane alcaline ou élixir amerde Peyrilhe (10 parties de poudre de gentiane, 3 de carbonate de potasse, 300 d'alcool à 600); -
La teinture d'aloès composée ou élixir de longue vie;
La teinture d’absinthe composée ou élixir stomachique de Stoughton;
Le sirop antiscorbutique de Portal;
Le diascordium ;
La thériaque.
On trouvera dans les formulaires toute une série de préparations où entre encore la gentiane.
r.; extrait, 0 gr: 20 à
» g 50 gr.; vin 60 à 120 gr.
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