FORMATIONS CHARBONNEUSES
M. Homassel, Administrateur du Cercle du Mono, a bien voulu me signaler l'existence de formations charbonneuses à 200 mètres de la rive nord du fleuve, en face Honsouhoué (Fig. 23).
Une excavation de 2 m. 50 environ, profondeur à laquelle on atteint le niveau hydrostatique, montre trois couches horizontales successives qui sont, de haut en bas :
3) Sable fin sur uneépaisseur de 2 mètres environ. Ce sable, en couches inégales, avec des éléments sensiblement plus gros à la base de chacune d'elles, indique bien un dépôt de fleuve. Il est légèrement rougeàtre par endroits, par suite de l'oxydation partielle d'éléments ferrugineux ;
2) Masse très noire, ayant la consistance d’une terre compacte et desséchée (épaisseur 10 à 20 centimètres). Cette masse, qui dégage une odeur forte d'hydrocarbures, est constituée par des matières végétales entièrement décomposées et dont il est impossible de retrouver la structure primitive ;
1) Masse grise également formée de matières végétales (feuilles et racines surtout) comprimées fortement mais dont la décomposition est beaucoup moins complète. Cette masse, dans laquelle on reconnait parfaitement les organes végétaux, a la consistance de l’argile : on peut aisément l'entamer et la débiter avec une bêche. À mesure qu’on s'enfonce, la décomposition est moins avancée, et on trouve des fragments de troncs de palmier dont la matière cellulosique, demeurée seule, est à peu près intacte. Cette troisième couche mesure environ 35 centimètres.
Au-dessous enfin, on ne trouve plus qu’une vase analogue à celle de la lagune, avec des coquillages actuels.
Cette formation charbonneuse, très incomplète on le voit, est facile à expliquer. Des arbres croissant sur les bords du bas fleuve (ce sont des palmiers surtout) sont, nous l'avons vu, assez fré-
quemment déracinés, puis emportés par le courant. Mais ils ne tardent pas à être arrêtés par un obstacle ou par un coude du fleuve et bientôt les sables les recouvrent. Ils subissent alors des phénomènes de décomposition, mais non de putréfaction. Ces phénomènes, dus évidemment à des actions microbieunes, sont marqués par la disparition des matières albuminoïdes, tandis que la cellulose se transforme lentement en charbon (1). La décomposition se poursuit avec beaucoup plus de rapidité au contact du sable que dans l'argile, comme on le voit en face de Honsouhoué. Une telle différence est normale puisque par sa nature, l'argile compacte doit faire obstacle au développement des colonies microbiennes.
Les observations consignées dans ce paragraphe ont l'avantage de fournir une démonstration expérimentale de théories exposées au sujet de la formation de la houille.
Tout d'abord les couches successives de matières charbonneuses sont bien dues aux actions torrentielles d’un cours d’eau, comme la nature des dépôts encaissants le prouve surabondamment.
Jusqu'à présent, à ma connaissance, des décompositions identiques à celles que j ai observées au Dahomey n'ont pas été signalées dans nos régions. On est donc amené à penser que la température ambiante joue un grand rôle dans l'évolution des phénomènes étudiés, et comme elle n’a pu jouer ce rôle directement, il faut admettre qu'elle agit en favorisant le développement des microorganismes qui produisent des formations charbonneuses.
Mais on remarquera que la flore du Bas-Dahomey offre précisément avec la flore carboniférienne cette analogie de se développer dans un climat chaud. On est donc amené à rapporter la formation de la houille-et celle des couches charbonneuses signalées précédemment à l’action de bactéries travaillant d'une facon identique et exigeant des conditions de milieu analogues.
4. L'examen sur place des échantillons de Missinicondiji est particulièrement avantageux pour expliquer la genèse des formations charbonneuses, parce que souvent les échantillons ne sont pas entièrement enfouis dans le sable; alors la partie demeurée à l’air se détruit rapidement par putréfaction tandis que la par tie enterrée se transforme lentement en charbon.
FORMATIONS LATÉRITIQUES
Dans la description des formations résultant de la décomposition des roches au Dahomey, j'ai évité de me servir du mot latérite, dont le sens a plusieurs fois varié depuis son apparition.
Pour Buchanan (1), le premier auteur qui ait employé l’expression de latérite (de /ater, brique), celle-ci est un produit rouge, poreux, semblable à la brique, elle résulte de la décomposition des roches volcaniques dans l'Inde.
Dans un premier mémoire relatif à la question, M. Max Bauer (2) à d’abord désigné sous le nom de latérite la formation superficielle caractérisée par-la présence d'hydrate d’alumine : cet élément provenant de la décomposition de roches alumineuses. Pour cet auteur, la concentration du fer contenu originellement dans ces roches ne suffit pas pour caractériser une latérite.
Dans un second mémoire (3), très récent, le même auteur, après avoir montré que la latérite — caractérisée par la présence d'hydrate d'alumine — pouvait se former aux dépens de toutes les roches alumineuses, ajoute : « /a latéritisation ne conduit pas toujours à la formation exclusive d’alumine comme produit final du processus de transformation, mais conduit, à côté et même à sa place, à la formation de kaolin et d’autres hydrosilicates d'alumine qui alors accompagnent ou remplacent l’'hydroæyde ». Et l'opinion de M. Max Bauer trouve sa meilleure interprétation dans