LIVRE PREMIER
Géographie physique.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les ouvrages de vulgarisation se sont déjà occupés de la Météorologie des territoires parcourus. Mais, outre que les indications fournies sont fort brèves, on n'a tiré jusqu’à présent aucun parti des observations très récentes faites dans l'intérieur. La présente étude est donc entièrement nouvelle. Notons aussi que le cadre qui lui convient le mieux est un travail de géologie générale, d’abord en raison de son caractère même, ensuite parce qu'elle nous fait connaître la manière dont se comportent les agents extérieurs, causes premières des modifications apportées au modelé terrestre.
Jusqu'à présent les documents que nous possédons sont beaucoup trop peu abondants pour qu'on puisse faire autre chose que de donner un certain nombre d'idées générales, très générales, et de montrer le parti qu’on pourra en tirer par la suite. Actuellement le côté le plus intéressant de la question est de faire voir
dans quelle mesure les faits observés jusqu'ici au Dahomey et dans les pays voisins s'écartent des conceptions théoriques auxquelles on aboutit en ne considérant que quelques facteurs principaux. Les territoires parcourus se trouvent à cet égard dans une situation géographique privilégiée qui permet d'éliminer un très grand nombre de facteurs secondaires. Situés le long du méridien de Paris, sur plus de 7 degrés de latitude, entre l'équateur et le tropique, bordés au sud par une côte rectiligne, perpendiculaire à la méridienne, on voit tout de suite qu'ils vont représenter une
zone de transition, dont le climat participera, au sud, de celui des régions équatoriales, au nord, de celui des régions désertiques, avec tous les intermédiaires.
Pour les questions qui nous intéressent, les postes d'observations sont particulièrement bien choisis. Trois d'entre eux sont très voisins du méridien de Paris, ce qui rend leurs observations rigoureusement comparables au point de vue temps. En outre leurs distances respectives sont du même ordre de grandeur. Ce sont Porto-Novo, Parakou, à 312 kil. au nord, et Niamey à 470 kil. de Parakou. La quatrième station, Ouagadougou, est, à un degré près, à la latitude de Niamey, mais elle est à trois degrés et demi à l’ouest de toutes les autres, de sorte que les chiffres qui ont été recueillis n'ont plus la même valeur. Mais, comme les immenses territoires du Gourma, que j'ai traversés, et pour lesquels il n'a pas été fait d'observations, se trouvent situés entre Niamey et Ouagadougou, on est autorisé à considérer que leurs caractéristiques météorologiques seront comprises entre celles de ces deux stations.
Malheureusement les documents fournis par chaque poste n'ont pas la même valeur. Le plus souvent il n'y a pas coïncidence entre les heures d'observations, ce qui rend impossibles certaines comparaisons. En outre, il y a des différences dans la nature des observations faites ainsi que dans la manière d'exprimerles phénomènes constatés. Il y a enfin des inégalités résultant du changement des observateurs : ceux-ci fournissent des détails précieux, ceux-là les négligent complètement, de sorte que le fruit du travail des premiers est perdu. Il y à aussi des lacunes, provenant soit du départ des observateurs, soit de la disparition des appareils. Il y a enfin des erreurs, et finalement un très petit nombre seulement des renseignements fournis est aujourd'hui utilisable.
Grâce à la très grande obligeance de M. Chauveau, Chef de service au Bureau central météorologique, j'ai pu consulter et recueillir toutes les observations relatives aux stations citées plus haut (1). Celles relatives à Porto-Novo remontent à 1896. Ce sont les plus complètes et les plus précises. Celles d'Ouagadougou,
1. Annales du Bureau central météorologique. Années 1897 à 1903.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES Al
prises avec beaucoup de soin, datent de 1903. Quant à celles de Niamey et de Parakou, elles ne sont pas encore publiées. Elles remontent à 190%. Les premières sont très bonnes : quant aux secondes, aucune année d’entre elles n'est complète, et comme les observateurs ont fréquemment changé, notamment en 1906, il en résulte des inégalités préjudiciables dans la rédaction des documents envoyés.
Dans ces conditions, fixons les éléments qui sont susceptibles de discussion. Pour tous les territoires, il n’y a actuellement que les températures et les pluies. Mais dans la discussion — à laquelle il ne faut pas demander une rigueur trop excessive, puisque, comme on l'a vu, les chiffres ne portent que sur quelques années, — je ne liendrai jamais compte des variations anormales, trop en dehors de celles vérifiées en cours de route, avec de bons instruments (1). Au contraire, je crois qu'on a le droit de se servir des chiffres recueillis, lorsqu'ils concordent pendant une durée de plusieurs années, parce qu'alors les erreurs personuelles an cas où il y en aurait — deviennent négligeables.
Il n'est pas possible de tirer parti des indications du baromètre parce qu'en dehors de Porto-Novo, il n'en existe qu'un à Niamey. Mais comme il est anéroïde et qu'on ne connait pas ses variations, il ne devient comparable qu'à lui-même, et encore pendant une période limitée.
Les chiffres relatifs à l'état hygrométrique de l'air ne sont pas connus pour Parakou. Pour les autres postés, les indications qu'ils nous fourniront ne sont que d'un intérêt moyen, ils ne font que confirmer les idées qu'on peut se faire @ priori, d'après la simple inspection d'une carte
Quant aux renseignements relatifs aux vents, dont l'étude serait très fructueuse, ils n'apparaissent pas tous comme également satisfaisants pour tous les points. Les observations faites sont relatives, pour la plupart, aux vents qui soufflent à la. surface du sol.
4. Ces instruments m'ont été prètés par M. le pharmacien Michel, qui apporte à l'étude des phénomènes météorologiques de la région où il sert une activité et une compétence auxquelles je me fais un devoir de rendre hommage,
En même temps qu'il convient d’insister sur le petit nombre des stations météorologiques, il est bon de rappeler l'altitude différente de chacune d'elles (Porto-Novo 21 mètres ; Parakou 350 mètres ; Ouagadougou 760 mètres (1); Niamey environ 200 mètres) et leur situation géographique (Porto-Novo L. 0°20° E, — 1. 6°28' N : Parakou, L. 07-E, — I]. 917 E ; Ouagadougou, L. 8°29° W,—1. 12015 N ; Niamey L. 006 W, —1.13°31 N), ces différents facteurs pouvant amener des perturbations locales telles que les renseignements météorologiques d'une station ne représentent pas rigoureusement la moyenne de ceux de la région.
Après avoir établi tout d'abord la façon dont se comporteraient, au point de vue purement théorique, les variations de température, les vents et les pluies, dans une contrée placée dans les conditions géographiques de celle qui nous occupe, mais totalement dépourvue d'accidents perturbateurs locaux, je montrerai en quoi diffèrent des conceptions théoriques les renseignements recueillis jusqu'à présent dans chacune des stations. En ce qui concerne les autres facteurs métécrologiques : pression, état hygrométrique, etc., qui, jusqu'à présent, ne paraissent pas susceptibles d'être l’objet de discussions générales, je me bornerai à donner quelques indications sommaires.