UTILISATION DE LA VÉGÉTATION
Enfin dans tous les points où le fait était réalisable, les indisènes ont accru les moyens de défense soit en planiant des buissons épineux (visibles encore aujourd'hui à Losi, Dassas-Zoumé, Tehaourou, Bessaroupérou, Bareï, ete. etc.), soit en préservant les abords immédiats de leur village des incendies de brousse, permettant ainsi à une végétation très dense de se développer (Agoua, Pira, Bassila, Bédou, Djougou (1), ete., etc.).
2) Moyens de subsistance.
L'élément le plus indispensable, en pays noir surtout, est l’eau. Les villages situés à proximité des grands fleuves seuls n'en manquent jamais. En outre, quoique fort mauvaise, elle est également abondante dans les marais, dans les lacs et au bord des lagunes. Partout ailleurs, comme on l'a vu, elle est très rare, et comme les indigènes, à quelques exceptions près, ne savent pas creuser des puits, ils ne peuvent avoir de l'eau qu'en s'installant à proximité de petits cours d'eau, soit à proximité d'un accident du relief.
L'influence des hauteurs se fera sentir de trois manières distinctes : ou bien en raison des sources qui peuvent y prendre naissance (Atacora) ou bien en raison des trous profonds du rocher (écuelles) où l’eau peut être recueillie (Dassas), ou bien en raison
4. Le mot Zougou, dont nous avons fait Djougou, signifie précisément broussailleux, touffu ; il désigne justement la forêt qui entoure celte agglomération, et pair extension, l’agglomération elle-même.
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des dépôts argileux au pied de la pente, favorisant l'accumulation des eaux (Savé, Savalou).
Tous les points où l’on rencontre de l’eau ne sont pas égale ment favorables pour s'y procurer la nourriture. Le voisinage des fleuves, des lacs et des lagunes assure bien des ressources notables en poisson, mais il ne permet pas d'ordinaire la culture, en raison des marécages qui bordent les grandes artères.
De même, si, jusqu'à la hauteur d’Abomey, l'humidité du climat et la constitution du sol favorisent presque partout les cultures, il n'en est plus ainsi au nord du royaume du Dahomey où la dénudation rapide et la faible humidité du sol sont des obstacles au développement des cultures. Les points les plus favorisés se: trouveront alors être le pied des hauteurs, puisque déjà une humidité relativement grande y règne et que le terrain y est beaucoup plus humifère. En dehors de ces considérations, on peut poser en principe que, d'une manière générale, la densité de la population décroit à mesure qu'on s'élève en latitude. Cela est d'ailleurs normal puisque le pays devient alors de moins en moins riche (1).
3° Conclusions.
En résumé, il est indéniable que la plupart des accidents géographiques exercent une influence souvent directe sur la répartition des villages, mais d'une manière très différente de celle qu'ils ontexercé chez nous. En effet, les avantages qu'oflrent les fleuves sont loin d'égaler ceux que présentent les accidents du relief, susceptibles à la fois d'être des centres de résistance, des points d’eau et des régions plus fertiles. Dans ces conditions, il semble que les hauteurs doivent être particulièrement recherchées pour l'établissement des villages. C'est bien ce qui se produit en effet.
1. Les seules richesses locales exploitées actuellement sont agricoles. Or, d’une manière générale, les produits végétaux sont moins abondants à mesure qu'on se déplace vers le nord. En outre, le commerce extérieur, de plus en plus important, est presque tout entier localisé à la côte. Par conséquent, par pays riche il faut entendre celui où les ressources sont abondantes et où les transactions sont
très développées. Il est aisé d'admettre que ces deux causes influent sur la densité de la population.
Aujourd’hui que la sécurité est revenue dans le pays, les indigènes, qui n'ont plus les mêmes raisons de s'établir sur les sommets, sont descendus au pied même de la montagne où ils se trouvent dans les meilleures conditions possibles pour assurer leur existence. Et l'on assiste à ce fait extrêmement curieux qu’en dehors du bas Ouémé, du bas Mono, du bas Couffo et du Niger (encore celui-ci d’une façon partielle), il n'y a aucune agglomération au bord même des cours d'eau, tandis que presque toujours au pied de chaque hauteur il y a un village. Le fait est d’autant plus frappant que dans certaines régions il n'y à aucune agglomération entre les groupes de hauteurs.
Une excellente démonstration se trouve d'abord dans le cercle de Savalou où les villages sont, d'une façon à peu près constante, en relation avec les hauteurs. Je citerai tous les groupements Dassas, tous ceux de la chaîne de Baffo à Somé, tous ceux de la chaine de Savalou, presque tous ceux depuis Savé jusqu’à Ouocpo, et, en outre, les agglomérations de Hogon, Fita, Lamma, Logozohoué, Mocpa, Djacoulou, Doumé, Tchetti, Banté, Acalampa, etc., ete. Les seules exceptions sont les villages situés sur la ligne d'Agoua à Bassila, défendus par une ceinture de forêt ; les villages de la région d'Ouécé; enfin, Paouignan et Agouagon.
Au sud, les mêmes faits peuvent être constatés dans les points où le relief est notable aussi bien dans le cercle d'Abomey (Lô) que dans celui de Zagnanado (Gonsoué).
Au nord, l'influence du reliefest encore extrêmement nette, car toutes les hauteurs sont marquées par des agglomérations, que ce soit des hauteurs isolées comme à Tébou et dans la région de Sinendé, de Kandi, de Zougou, ou de petits massifs comme à Diguidirou, Ouénoubérou, Tannéka, Aledjo, Carnotville, Ouari- Marot, Kidaroupérou, etc., ou enfin des massifs importants: Atacora, falaise gréseuse du Gourma. Ces deux derniers cas sont particulièrement intéressants.
Les Bargou, qui occupent tout le pays depuis la frontière orientale jusqu’à l'Atacora, ont évidemment pu choisir pour s'installer les emplacements les plus favorables. Or on remarque qu'à l’ouest du méridien de Paris, on ne trouve des villages que le long de la route passant par Tobré (encore celle-ci est-elle jalonnée
DOS RELATIONS BIOGÉOGRAPHIQUES
de dômes), et au pied même de l’Atacora (Birni à Firou). Les avantages offerts dans ce dernier cas par le massif sont donc très importants, etpour des raisons autres que celles de son utilisation comme moyen de défense, car, au lieu d'être utilisé comme forteresse par les Bargou, il était au contraire un obstacle à leurs incursions. Et l'influence du massif est rendue d'autant plus évidente qu’à l'est le pays est inhabité, alors que des rivières très importantes le traversent.
Il en est de même pour le Gourma, où, sauf Bantchango (1) aucune localité ne se trouve sur les bords d’un cours d’eau, tandis que les villages se succèdent au pied de l’Atacora. En outre, en ce qui concerne le plateau gréseux, les agglomérations forment tout autour une véritable ceinture : Logobou, Sansarga, Yobiri, Jérina, Compougou, Madjori, etc., alors que la plaine et le sommet du plateau sont inhabités (2).
Si la répartition particulière des villages au Gourma, — situés surtout au pied des hauteurs et répartis le long de la ligne de partage deseaux — s'explique très bien par suite des débordements périodiques des rivières, il n en demeure pas moins curieux que les agglomérations ne soient jamais au sommet du plateau. Cela se comprend encore aisément puisque là aussi les indigènes éprouvent plus de difficulté à se procurer les moyens de subsis-
tance.
Il est évident que si les abords des grandes rivières sont toujours inhabités (3), les accidents du relief ne sont pas exclusivement les seuls points où se rencontrent des habitations. Quelques groupements gourmantchés, un grand nombre de ceux du Borgou sont répartis dans les plaines. Enfin, au sud de Paouignan, en raison de la fertilité exceptionnelle du pays, les agglomérations se trouvent réparties sur tous les points de la surface. Il est à noter que dans cette région seule, les abords des grandes artères (fleuves, lagunes) sont toujours habités. Ce sont même les endroits où la population est le plus dense. Dans ce cas parti-
. Encore cette localité est-elle située au pied même de l’Atacora. : On pourrait encore citer à ce pointde vue lesrégions de Mardaga et de Piéga, 3, Sauf les quatre exceptions indiquées plus haut.