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» À cette glande, toujours placée tout près des ouvertures ou conduits qui s'ouvrent sur l’entonnoir, se rattache immédiatement le plexus choroïde. Bien plus, le plexus choroïde semble être suspendu à la glande pinéale qui soutient sa saillie médiane comme un crochet ou un clou...
» Aussi pensons-nous à bon droit que cette glande a surtout été créée en vue de ce plexus. »
Pour Wizuis, l'utilité de la glande pinéale ne diffère en rien de celle des autres glandes (ganglions) disposées à la jonction des vaisseaux sanguins : « En vue de recevoir et de conserver en soi les humeurs séreuses déposées par le sang artériel jusqu’au moment ou les veines devenues plus vides ravalent ces mêmes sérosités ou bien jusqu’au moment où les conduits de la lymphe — si toutefois il en existe — les véhiculent au dehors... »
«J'ai souvent remarqué que dans l’hydropisie cérébrale, cette glande, ses attaches une fois distendues, quelquefois même brisées, par une humidité excessive, est écartée de son emplacement et dans son glissement, entraine le plexus choroïde qui vient se placer plus bas et emmêle ses vaisseaux. »
C’est bien la première et la seule fois que nous voyons la glande pinéale détachée, flotter librement dans le liquide céphalique.
WizLis plaçait le siège de l’âme dans les corps striés.
SYLVIUS (1) qui connaissait bien la question, en signalant les difficultés qu'offre la dissection de cet organe nous dit que c’est l'ignorance de l’anatomie du cerveau qui engendra tant d’opinions diverses.
Parlant des plexus choroïdes, il dit avec raison qu’ils sont rattachés à la pinéale ainsi qu'aux parties voisines au point de ne pouvoir en être séparés sans section ni rupture.
Après avoir parlé du canal ou « aquaductus » qui mène au quatrième ventricule il s'intéresse à la glande pinéale : « Or, à l’extrémité de ce pont, au-delà des deux testicules, en dehors
(1) François LeBois, d’où de Le Boë, d’où Sylvius, né en 1614. Étudie les tubercules quadrijumeaux, a fait plusieurs études d’anatomie comparée sur
le cerveau.
Franciscei Deleboe, Sylvii. Medicinæ practicæ in Academia Lugduno Batava
professoris. Opera medica. Genevæ, 1681. Bibl. nat. T* 72.
de tous les ventricules est située la glande pinéale qui est unie aux deux racines de la moelle épinière par sa partie la plus large, de chaque côté par un petit nerf ou cordon nerveux, tandis que devenant mince et pointue, elle s'étend en arrière entre les testicules, et elle est rattachée au plexus choroïde et au quatrième sinus ou petit sinus de la méninge épaisse, d’une manière si solide qu’on à de la peine à la séparer et que lorsque ce sinus se trouve distendu par l'intermédiaire du canal, elle est tout entière poussée en même temps que ses parties annexes. »
Un peu plus loin, nous lisons :
XXXV (Titre marginal). Dans la glande pinéale, une humeur est préparée : « Nous soupçonnons même qu’une certaine humeur est préparée dans la glande pinéale. Quant à sa nature et son utilité, nous hésitons bien. »
N'’en tirons pas la conclusion que Syrvius au xvrre siècle ait entrevu le rôle endocrinien de l’épiphyse, et pourtant? En tout cas, il était fort sage de marquer quelque hésitation à déterminer le rôle de sa secrétion.
DESCARTES. — L'œuvre de DESCARTES ayant trait à la pinéale est trop facilement accessible pour qu’il soit nécessaire de l’analyser ici dans le détail et encore moins d’en donner des citations.
Presque tous les ouvrages où la glande pinéale se trouve seulement nommée, croient devoir signaler que « DESCARTES en faisait le siège de l’âme ». DESCARTES mérite mieux; non pas qu’il ait dit une vérité quelconque sur cet organe, mais parce qu’il à été très intrigué par la glande pinéale, et qu'il a beaucoup écrit à son sujet (1). Ce serait d’ailleurs une erreur de croire que DESCARTES ne connaissait pas l’épiphyse d’une façon objective, c'était au contraire un de ceux qui la connais-
(1) Traité de l'homme. Traité des passions. Discours de la méthode (5° partie). Même dans sa correspondance, il tient tête à ses détracteurs qui furent très nombreux.
Le manuscrit de DESCARTES, Traité de l'homme, ne fut édité qu'en 1664, c’est-à-dire 14 ans après sa mort par les soins de CLERSELIER qui le fit illustrer de figures explicatives (qui n'étaient pas de DESCARTES, à part un schéma très simple et assez mauvais) par deux médecins anatomistes cartésiens: Louis DE LA FORGE et GUTSCHOVEN.
saient le mieux, s'étant livré tant par goût que par nécessité de s’instruire à de nombreuses dissections de cerveaux, surtout de Veaux et de Moutons. Il disait même en montrant ses pièces anatomiques : € Voilà mes livres ». On est d’autant plus étonné qu’il en soit résulté une œuvre de pure imagination. Il est vrai que tous ses devanciers, des anciens Grecs à FRACASTOR, en avaient fait autant.
Personne plus que lui n’aurait dû méditer cette phrase d’un de ses contemporains, le grand anatomiste RIOLAN (1) à ses disciples : « Il ne faut pas accomoder les choses à son esprit, mais soumettre son esprit à la nature des choses ».
Cependant, les réflexions anatomiques de DESCARTES valent la peine d’être lues (2). Elles nous offrent un inégalable monument de la puissance créatrice du raisonnement humain. Son argumentation est d’une logique, d’une solidité à toute épreuve. Même à l’heure actuelle il est parfois nécessaire de faire appel à nos connaissances en la matière pour ne pas nous laisser convaincre (à).
Solide, superbe et grandiose édifice, bâti sur le sable. Autant la construction est méticuleuse et les matériaux bien choisis, autant les fondations sont inconsistantes. Aussi, comme nous le verrons, ses contradicteurs n’eurent-ils aucune peine à la réduire à néant.
Les auteurs qui épousèrent les idées de DESCARTES furent peu nombreux, mais fidèles et tenaces.
Rien, aucune objection ne réussit à les convaincre de leur erreur, témoin DE LA FORGE, pour qui les plus graves lésions de la pinéale, et même son absence ne pouvaient nuire à ses fonc-
(1) Riolanus JoAnNiIs : Medici Parisiensis, Opera omnia, quibus... Parisiis, Ex. off., Plantiniana, 1610.
(2) Et puis Il faut lui rendre cette justice qu’il n’a jamais fait de la pinéale “ le siège unique de l’âme ”’, car, dit-il, l’âme par sa nature ne peut pas avoir son siège en un point matériel précis, ‘ l’âme est jointe à tout le corps, mais il y a néanmoins en lui quelque partie en laquelle elle exerce ses fonctions plus particulièrement qu’en toutes les autres ??.
(3) C’est en vain d’ailleurs que j’essaierais de mieux dire que Louis DE LA ForGe lui-même dans ses Remarques sur le Traité de l’homme : « C’est si bien construit, qu’il devient presque impossible de ne pas se laisser persuader que la chose est comme il Le dit, bien que la vue ne permette en rien de s’en assurer. »
tions. Selon lui, s’il y a des concrétions et même pétrification complète de l’organe, c’est que les pores en sont assez grands pour laisser passer les esprits et, lors même que la glande viendrait à manquer tout à fait et qu'il n’en resterait plus que la place (dans le cas de malformation ou quand au lieu de glande on ne trouve plus qu’un peu d’eau), si les artérioles des plexus pouvaient s’y décharger, cet emplacement conviendrait encore seul comme siège de l’âme, de l'imagination et de la centralisation des sens!
WOERTMAER (1) examine les opinions de ses devanciers en ce qui concerne le «siège le plus proche que l’âme occupe dans le corps humain ». Il parle notamment de Descarres le très méthodique qui se complait beaucoup aux inventions ingénieuses.
Mais : « Tous ceux qui sont versés dans l’anatomie (plût au ciel que cela fut le cas de tous les médecins) n’ignorent pas... » et ici, il réfute toutes les opinions, les unes après les autres.
Il cite comme lui étant propres, deux observations de lésions graves de certaines régions du cerveau (corps calleux, pinéale, etc.) qui avaient été compatibles avec une intelligence normale, ce qui est, pour lui, une réfutation des opinions courantes.
Un autre défenseur de DESCARTES, c’est MuraLTus (2), combattu par GLASER (3) qui nous dit : « MURALTUS dans son anatomie de la glande pinéale annexée à son discours sur la bile qui fut imprimé en 1673 dit ceci : Seule et unique, elle est placée au centre du cerveau; elle est située entre les thalamus des nerfs optiques ». Suit une description confuse des moyens d'attache de l'organe. Il déclare que l’épiphyse et les organes de la région épiphysaire « reçoivent manifestement les débuts de tous les nerfs, mais j'ai des doutes sur le point de départ des nerfs ». Il en conclut que DESCARTES a raison de placer le siège de l’âme dans cette glande.
(1) Jacobi Gisberti WOERTMAER, Anatomis et chirurgiæ professoris. De proæima sede, quam anima în corpore humano occupat, 1752.
(2) Murazrus, Jean de Muralto (1645-1733) Italien de Locarno émigré à Zurich. Anatomiste et chirurgien réputé.
(3) Jean-Henri GLASER, né à Bâle (1629-1675), Tractatus Posthumus : de Cerebro Basile. Francfurti, 1680. Chapitre : De partibus continentibus, p. 39,
Il donne les arguments contraires de BARTHOLIN, les réfute par d’autres arguments qui sont eux mêmes réfutés aussitôt par GLASER. C’est une discussion toute de fantaisie, curieuse si on veut, mais sans aucune valeur scientifique.
Dans l’ensemble, GLASER qui cite aussi BAUHIN, DIEMER- BROECK, WILLIS, préfère se rallier à l'opinion de WirLis, notamment : « Parce qu’il fut un dissecteur du cerveau très minutieux ».
Duxcax (1) en un discours long et touffu, tout entier fait de ralsonnements @ priori, de déductions et d’affirmations sans aucune base solide, réfute longuement DESCARTES — à la manière de DESCARTES. — Nous pouvons retenir de son travail, bien caractéristique de cet époque où le raisonnement voulait suppléer à l’observation des faits, qu'à cette date, la pinéale tenait une grande place dans les discussions médicales et philosophiques.
Après la critique de DESCARTES : « Dont la théorie n’a pas tant de solidité que d'éclat », il donne son opinion : « Il était nécessaire que la glande pinéale fut environnée des esprits, afin que leurs divers courants la fissent pencher tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, et que ses diverses inclinations les déterminassent à entrer tantôt dans un nerf et tantôt dans un autre. »
« On ne peut nier non plus que toutes les ondulations imprimées aux esprits par les objets sensibles, ne se rendent pas à cette base ou à la cloison transparente, puisque tous les nerfs y aboutissent... »
«On ne pourrait dire de ces parties, comme de la glande pinéale, qu’elles ne servent qu’à filtrer quelque liqueur. Car ce grand nombre de vaisseaux qui forment un lassis au-dessus de cette
(1) DuxcAN, né à Montauban en 1649, mort à Londres en 1735. Français de noble origine écossaise. Chassé de France par la révocation de l’Édit de Nantes.
« Explication naturelle et méchanique des actions animales où il est traité des fonctions de l’âme. Avec une méthode facile pour démontrer exactement toutes les parties du cerveau sans couper sa propre substance et un discours sur sa formation par M. DUNCAN, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier ». A Paris, chez Jean d’Houry, au bout du Pont-Neuf, sur le quay des Augustins, à l’image Saint-Jean, MDCLXX VIII, 1678. Bibl. nat. Th’ 26,