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mouvement en ligne droite parce que celles qui sont arrivées les premières empêchent les suivantes d’avancer; elles commencent toutes à se mouvoir en rond et ainsi elles forment une espèce de tourbillon.
» C’est ainsi que les comettes (sic) et les planettes (sic) se sont portées à la circonférence du grand tourbillon du Soleil... (1).
» Les parties les plus massives et les plus grossières de ce tourbillon céphalique s’étant portées à sa circonférence, elles y ont fait une croûte parce qu’elles étaient d’une telle figure qu’elles s’ajustoient facilement ensemble, ou parce qu’étant fort angulaires elles s’accrochoient facilement les unes avec les autres. Et c’est cette croûte qu’on a appelée le crâne.
» Puisque tous les tourbillons ont une figure ronde, il ne faut pas s'étonner que le Crâne qui a esté formé à la surface du tourbillon céphalique soit presque rond...
» Les autres parties de ce tourbillon qui n’ont pas pu parvenir jusqu'à sa circonférence s’en sont plus ou moins approchées selon qu’elles avoient plus ou moins de masse. — Ainsi se forment les méninges.
» De cette matière qui a composé les méninges, les parties qui avoient plus de masse que les autres se sont plus éloignées du centre et se sont élevées immédiatement jusqu’au dessous du crâne où elles ont fait la Dure-Mère. (L’autre portion plus déliée, moins grossière forme la Pie-Mère).…
» Il y avait dans ce tourbillon une troisième espèce de matière, dont les parties étant moins massives que celles des méninges se sont arrêtées au-dessous d'elle et au-dessus d’une autre substance, dont les parties avoient moins de masse que les siennes et par conséquent moins de force pour s'éloigner du centre. — La moins massive de ces deux dernières a formé le corps calleux... et celle dont les parties avoient un peu plus de masse a composé la substance grisâtre ou l'écorce du cerveau aussi par le repos de ses parties les unes auprès des autres.
» Enfin comme la matière subtile s’est assemblée au centre du tourbillon général du monde, de même la plus déliée du
(1) V. LUCRÈCE et sa cosmogonie très analogue (tourbillons), (De Rerum Natura).
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tourbillon céphalique en avait occupé le milieu dans lequel elle avoit creusé cette grande cavité, qui, étant partagée en deux, fait ces deux ventricules qui portent le nom d’antérieurs. (Cette matière subtile forme encore la Selle du Turc).
» Une partie de cette matière subtile qui a échappé par dessous les bras de la voûte étant empêchée par les fesses de continuer son mouvement plus en ligne droite a enfoncé la barrière, toute espaisse qu’elle étoit, et s’est fait sous ces éminences une large ouverture qu’on appelle le troisième ventricule, En même temps se sont formés le Vulva et l’Anus, qui ne sont autre chose que l'entrée ou l’issue de cette cavité.
» C’est là qu'ayant trouvé un petit morceau de matière céphalique qui avoit esté apporté par la troisième paire de nerf, elle l’a arrondie par son pressement égal de tous côtés, ayant esté obligée de faire quelque temps le moulinet autour d'elle, à cause du puissant obstacle que les fesses apportoient à son passage. C’est ce qu’on appelle la glande Pinéale qui a esté séparée de la moelle allongée par cette même matière qui à glissé entre ces deux corps.
» Une partie de cette même matière. glissant par dessus cette éminence ronde qui est après la glande pinéale, y a fait une raye, qui l’a partagée comme en deux fesses.
» La même matière subtile, victorieuse de tous les obstacles et continuant son chemin par dessous la première croûte de la moelle allongée après le troisième ventricule, l’en à séparée et en à fait comme une toile qui couvre le canal que ce torrent impétueux de matière subtile s’est creusé au-dessous d'elle, laissant par conséquent deux éminences aux deux costés de ce canal : et ce sont les apophyses latérales de la moelle allongée. »
C’est bien simple, et, comme on le voit. tellement logique. qu'on ne comprendrait guère que les choses puissent se passer autrement !
DIEMERBROECK (1) à l’avantage d’être clair. Il décrit et situe très bien la glande pinéale, Chez le Mouton et le Veau,
(1) DIEMERBROECK Isbrandi, né à Montfort (Hollande), en 1609, mort à Utrecht en 1674. Opera omnia anatomica et medica. Ultrajecti 1685. Anatomia corporis humani-libri decem. Caput V. De corpore calloso, septo lucido, tribus ventriculis, Plexu choroïde, Fornice, natibus, Testibus et glandula pineali,
"TS = la glande est plus grosse que chez l’homme. De consistance plus ferme que le cerveau, elle se putréfie très vite.
Il cite BAUHIN et dit lui même qu’on risque de l’arracher en enlevant les plexus choroïdes.
Il fait très nettement justice de l’opinion des auteurs comme SYLVIUS, WHARTON, qui la voyaient recevoir de nombreux filets nerveux qui ne sont que des fins vaisseaux sanguins d’origine choroïdienne (ce qui est parfaitement exact).
11 nous apprend que Florentin SCHUYL à trouvé dans la pinéale un calcul occupant plus de la moitié de l’organe.
Regneris DE GRAAF lui, pense que des calculs sont engendrés dans tous les corps glandulaires, mais surtout dans la glande pinéale car il en à trouvé souvent chez des hommes morts de maladie lente ou de mort violente. « Ceci cependant arrive beaucoup plus souvent en Gaule que dans notre Batavie. »
« Des calculs de cette espèce nuiraient beaucoup à coup sûr à ces fonctions que beaucoup de philosophes récents attribuent aujourd’hui à la glande pinéale. D'autant plus que je ne vois nulle part observé par les inventeurs de ces calculs que les hommes dans les cadavres desquels de tels calculs ont été trouvés dans la glande pinéale aient éprouvé quelque malaise en ce qui concerne les actions de l’âme. »
Il semble, par contre, que DIEMERBROECK n'ait pas bien lu GALIEN, quand il lui prête l’opinion selon laquelle la pinéale servirait à obturer l’aqueduc de SYLVIUS. GALIEN au contraire s’en défend énergiquement et dit que c’est une opinion d’ignorant. Pour GALIEN nous l’avons vu, la glande pinéale est un ganglion qui comme tous les ganglions consolide les confluents vasculaires.
De STENON (1), il faudrait tout citer. Jamais jusqu’à ce jour (2),
(1) Srenon Nicolas, né à Copenhague. Élève de BARTHOLIN. Très lié avec THÉVENOT, très assidu aux assemblées de savants qui se tenaient chez ce dernier et où il lisait ses mémoires. Personnage considérable et très belle figure scientifique du xvire siècle. Discours sur l'anatomie du cerveau, Paris, 1669. Epistola ad Johannem Sylvium (De philosophia cartesiana, 1677).
(2) Discours de M. Stenon sur l'anatomie du cerveau à Messieurs de l Assemblée qui se fait chez M. Thévenot.
A Paris, chez Robert de Ninville, au bout du Pont Saint-Michel, au coin de la rue de la Huchette, à l'Écu de France et de Navarre, 1669. (L'ouvrage a
on n'avait discouru pareillement sur le cerveau, et, en ce qui concerne la pinéale, on n'avait jamais rien dit d'aussi exact, d'aussi sensé, d’aussi complet, d’aussi scientifiquement établi. C’en est fini du verbiage, des redites, des faussetés, des spéculations sans base dont les siècles précédents nous ont abreuvés. Avec STENON, l'étude de la pinéale entre dans une nouvelle phase.
N'est-ce pas d’un vrai scientifique qu’une entrée en matière comme celle-là : « Messieurs, au lieu de vous promettre de contenter votre curiosité touchant l’anatomie du cerveau, je vous fais ici une confession sincère et publique que je n'y connais rien. Il y en a peu qui imitent l’ingéniosité de Monsieur SYL- VIUS (1) qui n’en parle qu’en doutant, quoiqu'il ait travaillé plus que personne que je connaisse. Le nombre de ceux à qui rien ne donne de la peine est infailliblement le plus grand. Ces gens qui ont l’affirmative si prompte nous donneront l’histoire du cerveau et la disposition de ses parties avec la même.assurance que s'ils avaient été présents à la composition de cette merveilleuse machine, et que s’ils avaient pénétré dans tous les desseins du grand Architecte. »
On s'attend à ce que DESCARTES soit quelque peu malmené par la suite. Mais STENON, s’il réduit à néant les idées du grand philosophe (2) y met tant de précision, de finesse, de modération qu'il conquiert à la fois l’esprit et la sympathie du lecteur. Il cherche des excuses à DESCARTES, qui, dit-il, n’a pas voulu décrire ce qui existait réellement, mais présenter sciemment un système, une belle machine toute de son invention.
€ Il ne faut donc pas condamner Monsieur DESCARTES si son système du cerveau ne se trouve pas entièrement conforme à l'expérience; l'excellence de son esprit couvre les erreurs de ses hypothèses. Nous voyons que des anatomistes très habiles
paru en latin et en français). Bibl. nat. Ta* 6. Livre très important sur la pinéale. On le trouve aussi annexé à certaines éditions de WINSLOW. (Exposition anatomique de la structure du corps humain par Jacques BENIGNE-WiNSLOW, Paris 1732).
(1) STENON était un élève de SyLvIus.
(2) Et le fait d’une façon telle qu’il est inutile à qui que ce soit d’y revenir, Tout au plus pourrait-on ajouter à l’heure actuelle qu'il est possible d’enlever totalement la glande sans que l’âme s’en ressente beaucoup.
comme VESALE et d’autres, n’en ont pu éviter de pareilles. Si on les à pardonnées à ces grands hommes qui ont passé la meilleure partie de leur vie dans les dissections, pourquoi voudriezvous être moins indulgents à l’égard de Monsieur DESCARTES qui à employé fort heureusement son temps à d’autres spéculations... » (1).
Mais d’autres fois il est plus positif :
« Pour ceux qui entreprennent de démontrer que l’homme de Monsieur Des CARTES est fait comme les autres hommes, l’expérience de l’anatomie leur fera voir que cette entreprise ne leur saurait réussir... »
Quant aux finalistes si nombreux, si encombrants, si affirmatifs :
« Ils apportent pour raison des usages qu’ils lui attribuent, que Dieu et la Nature ne font rien en vain... Mais ils se trompent dans l’application qu'ils font icy de cette maxime générale, et ce que Dieu selon la témérité de leur jugement, a destiné à une fin, se trouve par la suite avoir esté fait pour une autre.
» Il vaut donc mieux confesser encore icy son ignorance, estre plus retenu à décider, et n’entreprendre pas si légèrement d'expliquer sur de simples conjectures, une chose si difficile. »
A l’époque où vivait STENON, ces choses-là avaient besoin d’être dites.
C'était d’ailleurs un sujet brûlant : « La glande pinéale a été de ces derniers temps le sujet des plus grandes questions sur l’anatomie du cerveau ».
STENON insiste sur la difficulté des dissections, sur la délicatesse avec laquelle il faut traiter le cerveau pour ne pas fausser, ne pas troubler et bien laisser en place la glande pinéale, au point que certains nient la continuité de la glande pinéale avec le cerveau (2).
(1) Nous ne savons si STENON croit que DESCARTES n’a pas disséqué, auquel cas, nous avons vu qu'il se trompait. IL semble plutôt dire que DESCARTES n’avait pas eu le temps de disséquer suffisamment.
(2) Ce qui ne m'étonne pas, surtout chez certains animaux et notamment chez le Porc. Aujourd’hui, heureusement, nous avons le formol; les anato-
mistes du xvrre siècle n’utilisaient encore que l’alcool.
Quant aux figures, STENON n’en connait aucune qui représente avec exactitude la glande pinéale, soit dans sa forme, soit dans sa situation.
« Les meilleures que nous ayons », dit-il, « sont celles que Monsieur WiLzis m'a apportées ». Il leur reproche pourtant de représenter la pinéale comme une boule ronde. Quant aux autres, celles de VESALE, CASSERIUS, etc., elles ne valent rien du tout.
Il critique l'emploi des mots « nates, testes, anus, vulva et pénis » que, selon lui on à donné sans raison réelle.
Pour STENON du reste, et il à raison, « la glande supérieure » (1) ou pinéale ne ressemble pas à la pomme de pin dans tous les animaux, ni dans l’homme même.
Sur la fin de son discours, il s’en prend à tous les anatomistes en général et à leurs méthodes.
PICCOLHOMINI (2) nous explique certaines dénominations et expose son point de vue quant au fonctionnement des éléments de la région épiphysaire
«.. Certaines de ces parties n’émergent pas entièrement et présentent l'aspect de testicules, de là le nom de testicules donné par les anatomistes. D'autres, par contre, sont plus élevées, ressemblant à des fesses, d’où le nom de fesses..; il existe un trou afin que s'ouvre un passage entre le troisième et le quatrième ventricule, et comme ce trou n’est pas très différent de l’anus, on l’a par suite nommé anus... Ces deux parties plus élevées présentant une certaine cavité oblongue, placée au milieu d’elles, comme au milieu de deux éminences rondes, qui se touchent, il reste nécessairement une sorte de sillon et cette cavité allongée comme elle ressemble à une vulve, à été ainsi appelée vulve par les anatomistes.. Entre ces éminences, du côté du trou, se trouve une petite glande... laquelle comme
(1) Encore une nouvelle appellation pour la glande pinéale. Par opposition sans doute à la pituitaire ou glande inférieure. Opposition qu'on retrouve de nos jours dans hypophyse et épiphyse.
(2) Archangeli PrCCOLHOMINI, né à Ferrare, en 1626. Distingue le premier
la substance blanche de la substance grise du cerveau. Anatomicæ prelectiones, Romæ, 1686.