‹ Contribution à l'étude de la glande pinéale ou épiphyseChapitre 16 sur 71 · PÉRIODE MODERNE · texte numérisé non relu

PÉRIODE MODERNE

Avec le x1x® siècle, nous pouvons dire que nous entrons dans la période moderne, tout au moins en ce qui concerne l’anatomie.

Pendant le xvirre siècle déjà, la vogue dont la pinéale avait été l’objet, commençait à s’estomper. Non pas qu’elle ne continuât à intriguer anatomistes et physiologistes, mais tous étaient unanimes à penser qu’on avait accordé beaucoup trop d’importance à un organe aussi minuscule et, somme toute, accessoire.

STENON avait porté un coup fatal aux hypothèses cartésiennes et transformé l'esprit dans lequel il convenait d'observer et de juger les choses de la nature,

Aussi, à partir du début du x1x® siècle, si dans les œuvres de tous les anatomistes nous trouvons mention de la pinéale, c’est en quelques lignes. On la décrit, on la situe, on ne se hasarde plus guère aux hypothèses nouvelles concernant son rôle possible.

A cette époque (1), la pinéale, délaissée par les anatomistes de l’homme et les médecins, passa aux mains des naturalistes. qui allaient lui donner un regain d’actualité et la mettre à nouveau en vedette.

Les zoologistes de la dernière moitié du x1x® siècle, en effet, en décrivant l’apparcil pariétal des sauriens, semblèrent avoir mis un point final à la question. Pour longtemps, pour beaucoup encore aujourd'hui, la cause fut entendue : L'’épiphyse des mammifères n’était que le vestige dégénéré du troisième œil des sauriens, encore très reconnaissable et peut-être fonctionnel chez certaines espèces de l’époque actuelle.

Et cependant, malgré toutes les apparences, la pinéale n’était pas encore au bout de ses vicissitudes.

Vint Claude BERNARD, vint BROWN-SEQUARD. Avec ces deux grands noms, s’ouvrait pour les savants du monde entier, un domaine auquel était réservé une fortune incomparable et qui ne semble pas devoir être épuisée de sitôt.

Nous voulons parler, pour lui donner son nom le plus moderne, du domaine de l’endocrinologie, et nous allons voir que la glande pinéale devait, elle aussi, s’y faire une petite place.

Comme nous l’avons dit, cette idée, qu’un organe peut, par sa substance administrée à un individu, suppléer à l'organe homologue défaillant pour le stimuler et le fortifier, n’était pas neuve, et, en dehors des cas déjà cités (voir p. 17), nous trouvons que dès 1698, SCHROEDER dit : « Les parties des animaux conviennent aux mêmes parties de l’homme ». En 1756, nous trouvons dans la Matière médicale de GEOFFROY la phrase suivante : « Les humeurs d’un animal peuvent suppléer à la secrétion qui ne se fait pas dans celui pour lequel nous empruntons des secours étrangers ».

D'instinct, la chair des serpents, des cerfs, des aigles passa pour avoir la propriété de renouveler la vie, et on en conseillait

(1) Très tôt, déjà en 1829, avec BRANDT, puis avec Leypia en 1853. Voir à ce sujet notre chapitre « Épiphyse et organe pariétal «.

l’usage aux vieillards parce que chaque année ces animaux se dépouillent « des tristes apanages de la caducité pour revêtir les apparences d’une brillante jeunesse ». Car les serpents à la mue abandonnent leur peau, les cerfs leurs bois, les aigles leurs plumes.

Il y à beaucoup moins longtemps, que les jeunes chlorotiques. les tuberculeux, les débilités. les convalescents venaient quotidiennement aux Abattoirs, leur verre en poche, boire le sang des animaux sacrifiés. Faisaient-ils plus de mal que d’ingérer à grands frais, comme on le fait aujourd’hui, de petites ampoules de serum normal de cheval?

Sont-ils si loin des vieux Patriciens romains dont nous avons parlé, ceux qui, actuellement, pour ralentir la marche de la décrépitude, s’adressent au sérum de jeune taureau ?

Le domaine de la Physiologie connait peu de fortunes comparables à celle des glandes à secrétion interne.

Depuis les premiers travaux de Claude BERNARD en 1855 (Fonction glycogénique du Foie), ceux de BROWN-SEQUARD en 1856 (Fonction antitoxique des capsules surrénales), depuis surtout les recherches de BROWN-SEQUARD sur l’action dynamogénique de l’extrait testiculaire en 1889, suivies bientôt par celles de GLEY et de Moussu (crétinisme expérimental), une extraordinaire abondance de travaux et publications a été mise au jour dans tous les pays du monde.

Des horizons nouveaux venaient de s'ouvrir pour la science, et, comme toujours en parail cas, un engouement, une passion extraordinaires suscitèrent une véritable ruée de chercheurs sur cette question, ruée d'autant plus furieuse que les résultats publiés par les premiers auteurs permettaient d’augurer des découvertes extraordinaires, mieux : sensationnelles.

Les promesses de la première heure se sont réalisées.

Qu'il s'agisse en effet de la thyroïde, de la pituitaire, du pancréas, de l'ovaire, du testicule, etc., la richesse extraordinaire, effrayante, de la bibliographie les concernant, indique bien avec quel fruit ces organes ont été étudiés, quelles récompenses, quels encouragements ils ont fournis à ceux, si nombreux qui se sont penchés sur eux,

Et ce n’est pas fini; malgré cette formidable somme de travaux, les résultats obtenus, si souvent contradictoires, laissent subsister tant d’obscurités, qu’il semble bien qu’on soit encore loin d’avoir épuisé la somme des controverses qui en sont nées.

Nous nous sommes demandé, après d’autres, si la glande pinéale ne méritait pas qu’on s’occupât d'elle, et si, pour effacé que soit, au regard de ses compagnes privilégiées, le rôle qu’elle joue, elle n’en jouerait pas un malgré tout.

Vestige d’un organe autrefois fonctionnel, glande à secrétion interne, nous nous rangeons à cette dernière hypothèse. D'autant plus que, comme nous le dirons, les deux points de vue ne sont nullement inconciliables.

D'abord parce que si l’organe pariétal des reptiles est bien oculiforme dans sa partie distale, il comporte une portion proximale qui s’en différencie totalement et qui est seule homologable à l’épiphyse des mammifères.

Et d’autre part, parce que l’économie animale nous montre de nombreux organes (testicule, ovaire, pancréas, etc.) qui, à côté de leur fonction principale ont une fonction accessoire, souvent très importante, qui consiste dans l’élaboration d’une secrétion interne.

Rien n'’interdit de concevoir la régression et même la disparition totale ou sub-totale de l’organe principal, pour laisser subsister et même s’accroître (1) la fonction autrefois secondaire (2).

L’élévation du « conarion » des Grecs au rang de glande pinéale est de date très ancienne, mais nous savons maintenant que ce mot n’a pas toujours eu le sens qu'il à aujourd’hui, et que pendant longtemps il fut synonyme de ganglion lyÿmphatique consolidant les confluents, les carrefours vasculaires.

Ils sont de moins en moins nombreux, ceux qui pensent que la glande pinéale n’est plus digne de conserver son ancien nom avec le sens actuel qui lui est attaché.

Quant à nous, nous n’hésitons pas à prendre position.

(1) Nous n’osons pas dire : pour voir prendre naissance. (2) Comme dans le cas de la résection ou de la ligature des canaux déférents

par exemple.

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