‹ Contribution à l'étude de la glande pinéale ou épiphyseChapitre 33 sur 71 · MATIÈRE GRASSE · texte numérisé non relu

MATIÈRE GRASSE

Nous venons de voir qu’à la calcination les glandes pinéales laissent échapper une matière grasse facilement inflammable. De plus, les glandes desséchées et réduites en poudre exhalent une odeur très marquée de conserve de poisson à l’huile (odeur de filets de harengs à l’huile). Tout indique donc une teneur assez importante en graisse.

Le dosage a été effectué sur 32 glandes non infiltrées de calcaire, et pesant fraîches 6 g. 372 et sèches 1 g. 295.

Les glandes sèches sont broyées très finement au mortier en évitant les projections au dehors, faciles avec cette matière dure et cassante que sont devenues les pinéales. Pour que le broyage soit plus complet et permette une meilleure action du solvant, on ajoute à la substance un peu de sable siliceux très fin (sable de mer) préalablement calciné et lavé aux acides.

On met ensuite le tout dans une cartouche perméable spéciale qu'on place dans un appareil de SOxHLET où on opère une extraction continue à l’éther pendant 24 heures.

Après un dernier siphonnage, on égoutte soigneusement la cartouche, et on recueille le solvant qu’on distille. Lorsque la distillation à été poussée au point de ne laisser subsister que 20 centimètres cubes environ de liquide, on transvase ce résidu dans ‘une coupelle préalablement tarée qui recevra également l’éther qui aura servi au rinçage soigné du ballon.

Ce résidu, qui contient toute la matière grasse soluble dans l’éther, est porté sur le bain-marie jusqu’à disparition complète du solvant, puis on termine la dessiccation par un séjour de 2 heures à l’étuve à 1009, on pèse, et si on retranche du poids obtenu la tare de la coupelle on obtient le poids de la matière grasse, soit : 0 g. 16.

- Notre matière contenait donc :

0,16 100 3 AE 12,35 % de graisse.

De sorte que la glande pinéale fraîche contient :

— 2,51 % de graisse.

Les graisses de l’organisme peuvent se classer en 3 groupes :

a) La graisse de réserve qui s’accumule dans le conjonctif et varie considérablement d’un individu à l’autre, d’un organe à l’autre, et même au sein d’un organe donné suivant les périodes de l’existence, les dépenses et les recettes de l’organisme;

b) La graisse fonctionnelle, beaucoup moins soumise aux variations, en raison de ce qu’elle n’est pas physiologiquement destinée à être résorbée par l’organisme en cas de disette, mais qu’elle joue un rôle particulier, surtout de soutien (moelle osseuse) ou d'amortissement (coussinet adipeux post-oculaire, coussinet plantaire du Chéval, des oiseaux, etc.). C’est cette graisse qui disparaît en dernier lieu quand l'individu se cachectise ;

c) La graisse de constitution, qui fait partie intégrante de toute cellule vivante et qui est incluse, souvent masquée, dans

ice GS : vas

le. protoplasma et le noyau. Nous appelons graisse, tout éther de la glycérine et d’un acide gras, et il faut faire une division particulière pour les lipoïdes, qui n’ont pas cette composition chimique'et qui ne sont jamais absents de la cellule.

A première vue, la glande pinéale, de même que le cerveau d’ailleurs, apparaît comme particulièrement pauvre en graisses des deux premiers groupes, et c’est surtout de la graisse de constitution qu'elle contient. Or il est possible que, malgré un broyage parfait, les cellules n'aient pas libéré totalement la matière grasse qui fait partie intégrante de leur substance; d’autre part, les graisses cellulaires sont plus ou moins solubles dans l’éther et certaines ne sont extractibles que par d’autres solvants.

Aussi avons-nous cru nécessaire de compléter l’analyse précédente par une technique différente et plus complète.

Cinquante et une glandes pesant 9 g. 45 sont finement fragmentées et mises à digérer à l’étuve dans de la pepsine pure de HEPP à une température voisine de 380. Le surlendemain, la digestion est suffisante et aucune odeur de putréfaction ne se dégage encore du liquide lorsqu'on le fait évaporer sur le bain-marie à 1000.

La substance obtenue, finement pulvérisée, est soumise à une extraction continue de 48 heures à l’alcool absolu — éther dans un appareil de SOXHLET.

. En procédant ensuite comme il a été dit plus haut, on obtient 0,328 X 100

un résidu de 0 g. 328, ce qui nous fait = 3,47 Fe

de matière grasse.

MATIÈRE PROTÉIQUE

Le dosage à été fait sur 120 glandes ne présentant pas de concrétions perceptibles et pesant à l’état frais 25 g. 63.

Ces glandes sont desséchées comme il a été dit plus haut et fournissent 5 g. 120 de matière sèche. Après broyage et homogénéisation de la poudre obtenue on prélève un gramme de substance qu’on traite de la façon suivante:

Dans un tube de fer de 0 m. 50 de longueur et de 15 millimètres de diamètre, fermé à un bout, on introduit :

10 Un mélange à parties égales d’acide oxalique et de chaux sodée, finement pulvérisé, en quantité telle qu’il occupe une longueur de 5 à 6 centimètres;

29 De la chaux sodée en petits fragments sur une longueur de 5 à 6 centimètres;

3° Un mélange de la matière glandulaire sèche (1 g.) avec une quantité de chaux sodée pulvérisée telle qu’il occupe une longueur de 15 centimètres environ;

4° De la chaux sodée en petits fragments de façon à achever de remplir le tube jusqu’à 5 centimètres de son ouverture.

Après avoir essuyé l’intérieur du tube vers son orifice, on bouche avec un tampon d’amiante assez serré, de 2 ou 3 centimètres de longueur, appliqué sur le contenu du tube.

On adapte à l’extrémité du tube un appareil de WiLL contenant 20 centimètres cubes d’acide sulfurique titré normal et. on dispose le tout sur une rampe à gaz, en prenant soin de faire couler un filet d’eau sur l’extrémité du tube de fer pour éviter la combustion du bouchon de liège traversé par le tube de WILL.

On commence à chauffer le tube vers le tampon d’amiante; cette partie ayant atteint le rouge, on chauffe progressivement la partie du tube où se trouve la matière de façon à obtenir un dégagement gazeux régulier et pas trop rapide; il faut veiller à maintenir la température du rouge sombre sans la dépasser.

La matière à analyser va être complètement décomposée, et tout son azote va se dégager à l’état d’ammoniaque qui va se trouver retenu par l’acide sulfurique du tube de Wizz dont il neutralisera une partie.

Quand le dégagement gazeux a cessé dans la région où se trouve notre matière épiphysaire, on chauffe l’oxalate de chaux placé en arrière et dont la décomposition donnera un abondant dégagement de gaz carbonique qui balayera vers le tube de WILL les dernières traces d’ammoniaque,

Le contenu du tube de WILL ainsi que le liquide provenant de son rinçage à plusieurs reprises à l’eau distillée est versé

dans un vase à précipité de 200 centimètres cubes environ dans lequel on va doser l’acide sulfurique restant avec une solution normale de soude. d

L’ammoniaque en se dégageant a neutralisé une partie de l’acide sulfurique placé dans le tube de WiLL. Pour neutraliser l’acidité restante, il nous a fallu 12 cm? 8 de soude en solution normale, de sorte que l’ammoniaque avait neutralisé :

20 — 12,8 — 7 cm 2 d’acide sulfurique en solution normale.

Or, un centimètre cube d’acide sulfurique en solution normale est neutralisé par un dégagement d’ammoniaque correspondant à 0 g. 014 d’azote, il s’est donc dégagé : 7,2 X 0,014 — 0 g. 1008 d'azote qui étaient contenus dans un gramme de matière.

Pour plus de sûreté, et pour le cas notamment où, la substance à analyser n'étant pas parfaitement homogène, les échantillons prélevés auraient pu différer, nous avons contrôlé la méthode précédente, le même jour, par le procédé dit de KJELDAHL, qui est toujours celui que nous employons quand nous avons à doser l’azote organique dans une matière alimentaire soumise à notre examen.

Nous prélevons encore un gramme de substance glandulaire que nous mettons dans un matras de 250 centimètres cubes environ avec 20 centimètres cubes d’acide sulfurique composé de 3 volumes d’acide concentré et de 2 volumes d’acide fumant ; on ajoute une goutte de mercure et on agite pour bien mouiller toute la matière à analyser. On chauffe, lentement d’abord, puis jusqu’à légère ébullition.

Au bout de deux heures environ, la solution étant devenue limpide (légèrement jaunâtre) on la laisse refroidir et on l’étend à 200 centimètres cubes environ avec de l’eau distillée qui sert à laver le col du ballon et son bouchon de verre léger.

On transvase alors le tout dans un ballon d’un litre en rinçant à plusieurs reprises avec de l’eau distillée et en recueillant les eaux de lavage dans le ballon d’un litre.

On neutralise alors l’acide avec une lessive de soude (on ajoute de la lessive jusqu’à neutralité contrôlée au papier tournesol) et on précipite tout le mercure à l’aide d’une solution de sulfure de potassium, ce qui rend la liqueur noire.

Dans ces conditions, comme les tissus animaux ne contiennent pratiquement ni produits nitrés ou nitrosés, ni nitrates, ni nitrites, tout l’azote de la substance à analyser s’est transformé en ammoniaque qui se trouve dans la liqueur obtenue finalement, à l’état de sulfate d’ammoniaque.

On distille ensuite le tout jusqu’à obtention de 50 centimètres cubes de liquide environ, en recueillant le produit de la distillation qui contiendra tout l’ammoniaque dans 20 centimètres cubes d’acide sulfurique normal qui vont se trouver neutralisés en partie.

L’acidité restante est neutralisée avec une solution normale de soude dont il nous a fallu 12 em° 8. C’est-à-dire exactement la même quantité qu'avec l’autre méthode.

Nous en concluons donc que la glande pinéale contient par gramme 0,1008 d’azote, et par conséquent 10,08 pour cent de la matière sèche.

Pour obtenir la quantité de matière protéique correspondant à cette quantité d’azote, il suffit de multiplier le chiffre obtenu par 6,25, soit : 10,08 X 6,25 — 63 % de la matière sèche, ou (si nous admettons un pourcentage en eau de 79,182), 13,10 % de la glande fraîche.

INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS

La glande pinéale est riche en eau, plus riche que la matière cérébrale : 79,2 pour cent contre 69,10 d’après BALLAND (1). Elle se rapprocheraïit plutôt à ce point de vue du corps thyroïde ou du thymus (77 à 81 %).

L'analyse chimique corrobore bien les données qu’il est possible de dégager à première vue de la comparaison des deux organes quant à leur consistance et à leur succulence. La glande pinéale sur une coupe fraîche semble toujours plus riche en suc que le cerveau.

L’épiphyse est également plus riche en matière minérale que le cerveau : 2,31 % contre 1,19 % (BALLAND).

(1) BaAzLAND, Les aliments, Paris 1907.

Nos dosages ayant porté sur 248 glandes, notre pourcentage moyen reste utilisable. Cependant, si nous jetons un coup d’œil sur nos analyses (page 82) nous notons des variations allant de 1,65 à 3,57 % de cendres.

Il n’est pas difficile de trouver à quel facteur attribuer de semblables écarts. L'examen histologique de l’épiphyse (fig. 82), ainsi que la lumière de WooD (p.104), nous ont montré que les foyers de calcification de la glande ne se présentaient pas toujours sous la forme d’un gros nodule perceptible à la palpation, mais fréquemment comme une infiltration plus ou moins abondante d’un très fin sablé qu’il n’est pas possible de déceler.

L'ensemble de ces fins granules calcaires se retrouve nécessairement dans les cendres et en augmente le poids. Comme il n’est pas possible de les éliminer avant analyse, il faut, pour obtenir une moyenne qui puisse être considérée comme vraie, opérer sur un nombre assez considérable de glandes.

L’éther et l’alcool éther ne sont pas seulement des solvants pour les graisses proprement dites, mais aussi pour les phosphatides, les stérols, les cires, les résines, les matières colorantes, les alcaloïdes, les acides organiques, ete., tous corps qui ne se montrent guère (à part les deux premiers) que chez les végétaux.

La glande pinéale se montre beaucoup moins riche en éléments éthéro-solubles que la matière cérébrale : 3,47 % contre 16,33 % (BALLAND).

Notre deuxième procédé d’extraction (après digestion peptique) nous à donné un peu plus de matière grasse que le premier : 3,47 contre 2,51, c’est donc ce premier chiffre qu'il convient d'adopter.

La proportion de matière albuminoïde est sensiblement la même que dans la matière cérébrale : 13,10 contre 13,26 (BALLAND).

Si nous faisons la différence entre le poids de la matière employée et le poids des éléments dosés, on obtient ce qu'il est convenu d’appeler les extractifs non azotés, représentés ici par les sucres (glycogène, etc.), les sels d’acides organiques, les matières minérales volatiles, ete. On comprend que cet extractif

soit très faible pour cette substance d’origine animale. Nous avons trouvé 1,938 %. À En définitive, nous pouvons donner pour l’épiphyse du bœuf prise comme type, la composition centésimale suivante :

ISERE TER RE T MEET AT EME, Gb 104 79,182 PrFOCOINE ML EU MANS EeNLA Mens LL TS 13,10 MOtIére STAssouo ALUT.NE AU 60. STE 3,47 CODEC PMP PR ME SAR EN AU SOLE TLES, 2,310

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