‹ Contribution à l'étude de la glande pinéale ou épiphyseChapitre 34 sur 71 · PAS ON FR · texte numérisé non relu

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FLUORESCENCE (Lumière de Wood)

La lumière visible ne provoque guère la fluorescence des corps qui y sont exposés ou tout au moins ne permet pas de l’apprécier facilement.

Il n’en est pas de même de l’ultra spectre à courtes longueurs d'ondes qui comprend tout l’ultra-violet, depuis l’ultra-violet ordinaire (3.900 à 2.200 Angstrôms) jusqu'à l’ultime ultraviolet de MiLLIKAN (600 à 200 Angstrôms) très voisin des rayons X.

Les lampes de quartz à vapeur de mercure émettent en abondance les ultra-violets ordinaires et même les ondes allant jusqu’à 1.200 Angstrôms qui passent sans difficultés à travers le quartz.

Le physicien Woop, de Baltimore, ayant repéré la radiation de 3.650 Angstrôms comme particulièrement active, entreprit de l’isoler et y parvint grâce à un filtre constitué par un écran transparent recouvert d'oxyde de nickel qui ne laisse passer que cette radiation appelée depuis lumière de Woop et qui à . reçu de nombreuses applications pratiques.

Les tissus vivants se comportent de façons fort différentes lorsqu'ils sont exposés à la lumière de Woop et c’est pourquoi nous avons décidé d’y avoir recours.

Pour l'utiliser, nous nous sommes servi d’un appareil très simple consistant en une boîte étanche à la lumière, contenant une lampe de quartz à vapeur de mercure, et dont l’une des parois est constituée par un écran à l’oxyde de nickel.

Si nous nous plaçons dans une chambre noire et que nous allumions la lampe, aucune lumière ne filtre à travers la boîte et le local ne se trouve nullement éclairé.

Mais si nous présentons devant l'écran diverses substances, elles apparaissent immédiatement sous un aspect très particulier et souvent inattendu.

Ce phénomène est dû à ce que certains corps sont capables d’absorber les rayons invisibles et de les restituer après les avoir transformés en rayons visibles.

D’autres corps n’ont pas cette propriété ou l’ont à un degré moindre et restent plus ou moins invisibles, obscurs, éteints, ternes, à la lumière de Woon. Mais par contre, de nombreuses substances deviennent très nettement lumineuses et renvoient même souvent une lumière fort différente de leur couleur naturelle, ce qui les rend méconnaissables.

Nous avons présenté à la lumière de Woop un grand nombre de tissus.

Les graisses par exemple se différencient avec facilité. La graisse de Bœuf apparaît bleuâtre, celle de Cheval jaune, tandis que celle de Porc ne s’éclaire que très peu et reste grise.

Le sang, le muscle, la pulpe splénique, le rein, le foie, le poumon, etc., ne s’éclairent que très peu ou pas du tout, mais par contre le conjonctif, le tissu fibreux, élastique, les tendons, etc... prennent une belle teinte bleuâtre.

Cette particularité donne un aspect des plus surprenants aux organes riches en conjonctif, vaisseaux, tendons, ete.

Le corps thyroïde qui, à la lumière naturelle parsît plus foncé que le muscle, s’éclaire mieux que ce dernier à la lumière de Woop qui renverse les valeurs.

La matière cérébrale se présente sous une teinte brun clair pour la substance grise, et blanc rosé pour la substance blanche.

Prenons un certain nombre d’épiphyses, ouvrons-les en deux parties égales selon leur grand axe et alignons-les, la section en haut, sur un carton recouvert de papier noir.

À la lumière naturelle, apparaissent le tissu gris rosé de la glande, des cavités irrégulières, surtout au centre, quelques taches hémorragiques, des plages de couleurs variées suivant leur richesse en névroglie, quelques points pigmentés de mélanose, etc.

Présentons ces glandes sous l'écran de Woop, immédiatement tout s'éteint; mais en même temps, seuls éléments visibles,

s’allument de petites étoiles extrêmement brillantes, parfois très petites mais si lumineuses qu’elles sont cependant parfaitement repérables. Ces petites étoiles représentent les calculs, les concrétions calcaires, passés inaperçus à l’examen superficiel des coupes, en raison de leur caractère microscopique (v. fig. 82).

Si nous recherchons alors les glandes desquelles il est possible d’énucler des calculs gros comme une tête d’épingle, comme un pois, le phénomène est encore plus facile à mettre en évidence en raison de l’extrême luminosité de ces concrétions.

Les taches hémorragiques par contre sont complètement éteintes sur le fond terne de la glande dont la couleur rappelle celle de la substance grise du cerveau, en plus terne encore, les travées conjonctives étant en général de trop faible importance pour s’éclairer et devenir visibles.

La pigmentation mélanique fait également tache sombre, mais la différence avec le tissu normal est moins tranchée qu’à la lumière naturelle.

Toutefois les calculs épiphysaires (1) ne sont pas les seules formations minérales de l'organisme, voyons comment se comportent les autres.

Et auparavant, comment se comportent certaines substances minérales de composition connue ?

La chaux vive est complètement éteinte, invisible. Le carbonate de chaux (craie de champagne), le sulfate de chaux (plâtre, craie moulée), les phosphates naturels (phosphate tricalcique), les superphosphates (mélange de sulfate de chaux, de phosphates mono, bi et tricalciques) sont à peine éclairés.

Parmi les éléments minéraux de l'organisme, il en est de normaux comme les os et les dents : tous deux sont très lumineux à la lumière de Woop, la dent encore plus que l'os.

Nous avons pu récolter un certain nombre de formations minérales pathologiques qui se comportent de façon variable : Les formations purement sédimentaires : calculs biliaires (Bœuf), calculs urinaires (Cheval), calculs intestinaux (Cheval) se comportent comme le carbonate de chaux, ils ne s’éclairent pas.

. (1) Pour leur composition, voir page 177,

Les calculs plus cristallins, comme les calculs pancréatiques (Cheval) émettent au contraire une belle lumière blanche, comme les calculs pinéaux.

Si on excepte les cylindres calcaires que deviennent les douves hépatiques chez le Bœuf et qui restent sombres, les formations minérales d'origines parasitaire ou microbienne s’éclairent bien. C’est le cas des zones calcaires des lésions tuberculeuses anciennes du Bœuf et du Porc.

On trouve assez fréquemment dans le foie ou le poumon des animaux (surtout du Cheval) des nodules durs, à couches concentriques, formés autour d’un parasite pour point de départ et qui constituent de véritables perles.

Elles sont assez régulièrement sphériques ou ovoïdes et leur grosseur varie de la tête d’une épingle à la noisette. Leur mode de formation est le même que celui des perles ordinaires fournies par les Huîtres.

Mais alors que les Huîtres font de la nacre, nos mammifères ne font que du calcaire, dans leurs viscères comme dans leur épiphyse.

Nous avons présenté sous l'écran de Woop, des coquilles d’Huîtres qui apparaissent jaunâtre sur les zones non nacrées, et violet mauve sur les plages de nacre, des perles naturelles et des perles de culture qui apparaissent bleu verdâtre, la teinte variant un peu suivant la grosseur. Les perles de mammifères s’éclairent en blanc, sur la coupe et en surface, comme les calculs épiphysaires. Les perles fausses sont jaunes.

La luminosité tient-elle à la texture du calcul? Non, car si on le réduit en poudre, la poudre est tout aussi lumineuse.

Faisons, dans l’eau chlorhydrique, une solution de phosphate de chaux (sombre), d’os (lumineux), de calculs pinéaux (lumineux) et filtrons. Cette solution, présentée à la lumière de Woop est blanc laiteuse pour le phosphate naturel et l’os, jaune pâle pour le calcul.

Présentons maintenant des cendres d'os, des cendres de calculs, elles restent sombres (1).

(1) Ces résultats semblent contraires à ceux constatés par Assen HADJOLOFF, À propos des phénomènes de fluorescence déterminés par la lumière de Wood. C. R. Soc. Biol., CII, 1929, p. 779.

Chauffons de la poussière d’os et de la poussière de calcul pinéal (toutes deux très lumineuses) aussitôt elles s’éteignent définitivement.

Les parties lumineuses des lésions tuberculeuses font de même.

En résumé, les sels de chaux à l’état libre ne sont pas fluorescents (phosphates et carbonates) et il en est de même de la plupart des formations sédimentaires. Au contraire, les organes constitués par les mêmes sels (os, dent), le sont ainsi que les concrétions de défense organique (tuberculose, parasites).

Les calculs de l’épiphyse se comportent comme ces dernières, et comme elles, sont éteints par la chaleur.

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