‹ Contribution à l'étude de la glande pinéale ou épiphyseChapitre 36 sur 71 · PREMIÈRE SÉRIE D'EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE D'EXPÉRIENCES

Dans un grand terrarium orienté plein sud, pourvu d’une épaisse couche de terre sableuse, bien planté, accidenté de rochers, de troncs d’arbre, etc, comportant plusieurs refuges sombres et un grand bassin rempli d’eau avec plantes vertes (Elodea canadensis) pour en empêcher la corruption, les animaux ont fini par s’habituer parfaitement à la captivité, et par adopter un genre de vie dont ils ne se départissent guère — jamais de bataille, jamais de maladies, toujours bon appétit.

En hiver, le soleil est remplacé par un radiateur électrique suspendu au plafond du terrarium et sous lequel ils se réunissent

(1) Nos sujets, au bout de deux semaines, alors qu’ils mangeaient déjà seuls dans leur terrarium, ouvraient toute grande la bouche dès qu'ils apercevaient la bouteille contenant les œufs battus que je n’avais plus qu’à leur verser directement et qu’ils avalaient avec un plaisir visible, se pourléchant ensuite longuement avec leur grande langue bifide (fig. 36, 37, 38).

tous quatre, étroitement entrelacés. On place leur nourriture à leur portée une fois par jour, le matin, et le plus souvent ils ne se dérangent même pas pendant cette opération. Il est désormais possible d'observer leur comportement et de commencer les expériences,

FTG. 37 et 38. — L'animal ingurgite aussi bien les liquides que les solides,

Pendant tout l'été, les Varans sortent de leur refuge par beau temps bien avant que les premiers rayons du soleil ne viennent frapper la glace qui forme la paroi antérieure de leur terrarium. Ils choisissent pour s’y étendre l’endroit le plus ensoleillé, recherchent parfois l’ombre aux heures les plus chaudes, vont derrière les troncs d’arbre, se baignent, mangent, se promènent çà et là, reviennent au soleil vers le soir, et rentrent dans leur refuge dès que le soleil a disparu.

Au cours de la journée, on les voit souvent en train de creuser le sol sableux dans lequel ils font de grands trous, des tunnels sous les troncs, sous leur bassin, ce que leur permettent la longueur de leurs griffes et la puissance de leurs bras. Lorsqu'il pleut ou que le temps est sombre, ils ne quittent pas leur refuge. Par quel sens sont-ils avertis du temps qu’il fait? L’œil pariétal joue-t-il ici le rôle qu’on veut bien lui prêter ?

En plein mois de juillet, nous gardons un Varanus nil. et un Varanus sp. comme témoins, et, chez les deux autres, nous recouvrons l’écaille pariétale ainsi que son pourtour d’une rondelle de papier noir d’un centimètre de diamètre environ, maintenu en place par plusieurs couches de ripolin noir bien opaque (1).

N'ayant rien observé de particulier au bout de plusieurs jours, et les quatre Varans continuant à sortir de leur refuge par beau temps et à y demeurer par temps sombre, nous pensons que si le ripolin est opaque à la lumière, il ne l’est pas à la chaleur et que l’organe pariétal réagit peut-être surtout aux variations de la température.

Nous reprenons les deux Varans, nous enlevons la plaque obturatrice en grattant le ripolin autour, et nous la remplaçons par une petite rondelle de liège de même diamètre et d’un bon millimètre d'épaisseur, que nous fixons avec du ripolin blanc.

Au bout de huit jours, nous changeons les Varans, les deux témoins reçoivent pour huit autres jours la plaque obturatrice dont on libère les deux autres. |

(1) Avec une petite rondelle de papier, il est plus facile de débarrasser l’animal par grattage qu'avec de simples couches de vernis. Du reste, le vernis qui demeure adhérent autour de la rondelle ne gêne pas les animaux et s’en va tout seul avec la première mue,

Pendant les quinze jours qu'ont duré les expériences, et pendant lesquels il y eut un jour d’orage au cours de l’aprèsmidi, suivi de deux jours sombres et pluvieux, le reste du temps ayant été ensoleillé, nous n'avons absolument rien observé comme changement dans le comportement de nos lézards.

Par trois fois, nous avons dû replacer la plaque obturatrice dont les Varans, en se frottant et en se grattant, avaient réussi à se débarrasser.

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