LES VÉSICULES CLOSES
À l'examen histologique de l’épiphyse, on trouve parfois des formations d'apparence nettement sécrétoire, dont l’origine et le rôle peuvent prêter à discussion. L
En pleine substance épiphysaire en effet, on aperçoit çà et là des sortes de cavités closes, constituées par une couronne de cellules, limitant un espace plus ou moins rempli de liquide et rappelant absolument l'élément sécréteur des glandes les plus
typiques.
FiG. 69. — Pinéale d’un Cheval de 4 ans (paraplégique, très maigre). Belle vésicule close non épendymaire, ayant persisté jusqu’à cet âge. Elle est située au milieu d’une zone conjonctive, et présente de 3 à 4 rangées de cellules nettes et de grande vitalité. Chose remarquable, cette cavité
est entourée de nombreux vaisseaux sanguins (au moins 8) bien visibles sur cette photographie.
F1G. 70. — Pinéale de fœtus de Veau femelle de 5 mois. Cordon à belles et grandes cellules orientées à protoplasma granuleux. Cette formation pourrait être de nature épendymaire et ne pas faire partie du système secrétoire strictement épiphysaire. (Coloration Mallory).
Fr@. 71. — Pinéale d’un Poulain femelle de quatre mois. Dans une région très conjonctive, vésicule close dans une plaque de tissu amorphe située au centre d’une cavité, allongée, vide à ses deux extrémités.
Fra. 72. — Fœtus de Veau mâle de 6 mois. Belle forme secrétoire au sein d’un tissu très lâche. Type de cordon distendu par sa sécrétion et ayant com mencé d’écarter ses cellules en vésicule.
Si, comme le fait remarquer LAGUESSE, la vésicule close représente le type morphologique de toutes les glandes endocrines formées de tissu épithélial, on pourrait placer d'emblée la pinéale dans cette catégorie d'organes.
En réalité, si la vésicule close caractérise bien certaines glandes endocrines comme la thyroïde, on ne la rencontre pas, tant s’en faut, dans toutes les glandes à sécrétion interne. Elle ne caractérise nullement, par exemple, des appareils sécréteurs non douteux comme les îlots de LANGERHANS, le tissu interstitiel testiculaire, etc. Quoiqu'il en soit, lorsqu'on se trouve en présence d’une formation comme celle de la figure 69 ou de la figure 72 on ne peut pas ne pas évoquer une fonction sécrétrice certaine.
Examinons d’abord ces formations, et nous verrons ensuite ce que nous devons en penser,
F1G. 73. — Pinéale de Jument âgée. En haut, un vaisseau entouré de grains de mélanine. Noter la persistance dans une zone presque exclusivement conjonctive et infiltrée de mélanine, mais très irriguée, de deux formations vésiculeuses à paroi épithéliale, remplies de liquide dans lequel nagent quelques cellules.
Elles sont très différentes des simples lacunes (forme régulière, paroi cellulaire) ou des kystes (dimensions toujours petites, pas de membrane pariétale). On les trouve partout, j'en ai observé aussi bien au sommet qu’à la base ou à la partie moyenne de la glande, au centre comme à la périphérie.
Elles existent chez les animaux de tout âge, mais surtout chez les jeunes.
Elles sont très variées comme aspect, ainsi qu’on peut s’en rendre compte sur les quelques exemples fournis par les figures 62 à 74.
Elles peuvent être placées au sein de régions riches en cellules (fig. 70) ou au contraire dans des plages fibrillaires à cellules rares (fig. 71, 73, 74).
Elles peuvent faire complètement défaut, être rares ou abondantes, isolées ou groupées.
La couronne de cellules peut être formée d’une ou de plusieurs assises. Ce sont toujours des cellules présentant les apparences d’une grande vitalité.
Nous avons pensé un moment qu'il s'agissait d’un appareil sécrétoire particulier et propre à l’épiphyse. Un examen plus approfondi nous amène à diviser ces formations en deux catégories selon leur mode de formation, et selon les fonctions probables qui en découlent.
Il y à d’abord les cavités d’origine épendymaire. Ce sont les plus nombreuses. Nous avons vu que le récessus pinéal et même toute la glande, au stade fœtal, étaient recouverts, surtout au voisinage de la base et des moyens d’attache, d’une très belle et très active cuticule épendymaire.
Au cours de l’évolution de l’épiphyse, des groupes de cellules épendymaires peuvent s’inclure dans le tissu propre. Ces cellules n’ont pas perdu leur tendance à sécréter, et le liquide qui en provient les écarte les unes des autres, les dispose en couronne autour d’un espace plein de liquide. Et ainsi se constitue une vésicule close, régulièrement tapissée des cellules de l’épendyme qui l’ont formée, et dont l’aspect est conditionné par la résistance à l’écartement des tissus ambiants. Il est probable que certains kystes épiphysaires n’ont pas d’autre origine.
KF1G. 74, — Pinéale d’un Poulain femelle de cinq mois. Belle vésicule close
entourée d’une zone névroglique. Couronne de plusieurs rangées de cellules.
Le processus de comblement névroglique a déjà commencé son œuvre.
F1G. 75. — Pinéale de Pore femelle — un an. Kystes, dont un trè
s grand dû à la fusion de plusieurs.
F1G. 76. — Pinéale de Porc d’un an, Nombreux kystes (au moins 12).
Nous avons même des cas où les artifices de coupe présentent d'emblée des groupes de cellules épendymaires comme des cavités closes incluses au sein de la base pinéale.
Nous avons de nombreux exemples de ces sortes de formations, surtout au niveau de la base pinéale et les figures 20, 63, 64 sont très suggestives à ce sujet. La belle rosace de la figure 62 n’est pas autre chose qu’une inclusion épendymaire, de même que celle de la figure 70, toutes deux situées du reste dans le tissu basilaire de la glande.
Les granulations qu’on aperçoit dans le protoplasma sur le bord central des cellules et qu’on pourrait prendre pour des grains de sécrétion ne sont pas autre chose que les derniers vestiges des corpuscules basilaires de la chevelure épendymaire toujours très fournie au niveau des attaches pinéales chez les jeunes animaux.
A moins d’une adaptation spéciale des cellules de l’'épendyme, le liquide qui remplit ces vésicules ne doit rien avoir de spécifique et ne saurait différer beaucoup du liquide céphalo-rachidien à la sécrétion duquel ces cellules sont affectées.
Mais il doit exister, selon nous, des cavités closes dont l’origine et le rôle sont différents.
Dans certains cas en effet, ces vésicules existent au voisinage du sommet, très loin de tout revêtement épendymaire, et les cellules qui les constituent n’ont pas l’aspect typique des cellules de l’épendyme, mais ressemblent plutôt à des cellules pinéales.
De plus, il existe parfois un nombre trop grand de ces formations pour admettre qu’elles soient toutes des inclusions épendymaires, surtout loin de la base.
Il arrive en outre que les vaisseaux sanguins soient systématisés autour de ces vésicules, ce qui inciterait à leur accorder une fonction active.
Lorsqu'on constate par exemple, vers le sommet d’une glande, comme sur la figure 69 (et ce n’est pas un cas isolé), une de ces formations dont la couronne est constituée par quatre assises de cellules et qui est entourée de huit vaisseaux sanguins, il est difficile d'expliquer sa présence par un simple accident et de lui dénier toute utilité.
Quelles peuvent être alors l’origine et la signification de ces cavités,
die
Revenons à nos glandes de fœtus et de tout jeunes animaux.
Remarquons la manière selon laquelle se présentent sur une coupe les cordons dont nous avons parlé : un amas de cellules entourant un espace vide ou rempli d’une substance amorphe (fig. 52). Les vaisseaux sanguins, souvent systématisés le long de ces cordons semblent leur conférer une vitalité certaine. Que ces cellules, ce qui n’a rien d’invraisemblable. se mettent
F1&: 77. — Pinéale de Porc femelle de 4 mois. Début de kyste par décollement voisin de la cuticule (en haut et à gauche),
FiG. 78. — Pinéale de Porc — 10 mois. Début de kyste par raréfaction centrale. Grande échancrure comme on en voit fréquemment chez le Porc et dans laquelle se logent des vaisseaux,
à sécréter, ou, si on préfère, à exsuder du liquide, la cavité centrale va s’agrandir, les cellules vont s’écarter et se disposer en couronne autour de la cavité élargie. Tout a pu se passer en somme comme nous l’avons dit plus haut, mais au lieu des cellules de l’épendyme, nous aurons affaire à des cellules pinéales.
D’autres fois, les cordons après avoir pris la forme en couronne, s’ouvrent plus où moins et les cellules se trouvent disposées en croissants de courbure très variable. Dans ce cas ils se perdent parmi les autres cellules et passent souvent inaperçus (1).
Que ces cellules pinéales ne soient, comme on l’a dit, que des cellules épendymaires ou névrogliques spécialisées, adaptées à un but particulier, c’est possible, mais alors leur sécrétion peut bien aussi être particulière et même devenue spécifique.
Plus tard, survient le remplissage cellulaire et fibrillaire qui noie les cordons. comble les lacunes et les cavités, ne laissant subsister, sous forme de vésicules closes, que quelques rares cordons dilatés ayant, pour une raison ou pour une autre momentanément échappé au comblement.
Remarquons que cette évolution peut être suivie d'un bout à l’autre.
Déjà sur une pinéale du type jeune, il est des cordons dont la tendance à l’élargissement est très marquée, comme dans le cas de la figure 65.
A un stade plus avancé (fig. 66) la forme vésicule close est déjà réalisée. Puis, quand les animaux vieillissent, que la pinéale perd de son activité, le travail de comblement se fait sentir, et les figures 58 et 74 montrent deux de ces formations déjà envahies par les cellules et les fibres névrogliques.
A noter aussi que les coupes en série montrent que ces vésicules ne sont pas sphériques, mais plus ou moins allongées, leur longueur variant suivant le stade auquel se présente le comblement, surtout intense aux extrémités qui vont ainsi à la rencontre l’une de l’autre.
(1) Nous avons des coupes où le phénomène en question est très nettement
visible,
F1G. 79. — Radiographie de pinéales calculeuses du Bœuf montrant :
19 Que la caleulose débute toujours par le sommet. ( inversées sur la photographie) 20 Des formes très variées de pinéale ;
3° Que le liquide de Bouin a décalcifié les glandes de la rangée la plus infé- & P rieure. (Les autres glandes ont été conservées dans l'alcool),
Certaines glandes sont
Fr. 80. Fic. 81.
Fr@. 80. — Calculose massive de la pinéale du Cheval.
A côté, une pinéale de Cheval normale. - Grandeur naturelle, : Vue des deux faces,
LES CONCRÉTIONS ÉPIPHYSAIRES (Calculs, acervules, sable épiphysaire).
Aucun de ceux qui ont eu l’occasion d’observer l’épiphyse des mammifères n'a manqué d’être frappé par la présence, au sein de l’organe, de petits corps durs, souvent décelables au toucher par un léger malaxage entre les doigts, où même à première vue, quand ces corpuscules le déforment suffisamment, ce qui n’est pas rare (fig. 79, 80, 81).
C’est qu’en effet ces formations sont d’une extrême fréquence, surtout chez les sujets âgés où leur présence est presque la règle dans certaines espèces.
Is ont été reconnus chez l’homme et signalés dans bon nombre d'espèces d’animaux depuis les temps les plus reculés (1).
De très nombreuses observations nous permettent de dire qu'ils sont rares chez le Mouton, la Chèvre, le Porc, le Chien, le Chat, les oiseaux, plus communs chez le Cheval et l’Ane, extrêmement fréquents chez les bovidés, surtout chez les sujets âgés, mais pas exclusivement chez ceux-ci, puisque nous en avons trouvés chez une génisse n'ayant encore que des dents de lait.
L'examen des pinéales de douze Putois (4 mâles et 8 femelles dont une très âgée), ne nous a pas permis de déceler la présence de concrétions. Nous n’en avons jamais vu chez les jeunes Chevaux, mais assez souvent chez les vieux. Les figures 80 et 81 représentent, à côté d’une pinéale normale de Cheval, celle d’un cheval âgé, abattu non malade. Il travaillait encore la veille de l’abatage chez un maraîcher. A l’autopsie, l’animal ne présentait aucune lésion viscérale importante, mais il fut saisi pour cause de sclérose musculaire très avancée et généralisée qui rendait sa viande, sinon malsaine, du moins non commerciale.
Nous ne savons pas s’il existe entre cette sénilité si marquée et la lésion de la glande pinéale un rapport quelconque.
. (1) Historique.
Cette épiphyse pesait 0 g. 50 et mesurait 14 millimètres de long sur 8 millimètres de large environ. Elle était irrégulièrement bosselée sur toute sa surface par des concrétions de grosseur variable dont la couleur blanche tranchait nettement sur le fond gris rosé de l’organe. Au toucher on avait l'impression d’une petite pierre.
Fi1G. 82. — Pinéale de Vache âgée. Calculose en mitraille, en plein parenchyme, sans trouble ni réaction contiguë ou cireumvoisine,
F1G. 83. — Pinéale de Vache âgée. Calcul dans la paroi d’un vaisseau, Le cal-
cul tient toute la paroi.
La coupe au microtome après inclusion fut impossible, Par dissociation aux aiguilles, on se trouva en présence d’une glande nettement fibreuse, divisée en petits territoires irréguliers, blancs nacrés, que séparaient quelques travées rosées de parenchyme glandulaire, seules traces du tissu noble de l’organe,
C’est, enchâssées solidement dans ce tissu fibreux, que se trouvaient les concrétions, dures et difficilement énucléables.
Pour revenir au cas général, prenons une pinéale de Bœuf dans laquelle nous percevons au toucher un corpuscule dur, et portons-la sous le microscope binoculaire. A l’incision de la capsule, nous tombons sur un parenchyme très succulent que
Fig. 84. — Pinéale de Vache âgée. Petits calculs dans la paroi d’un vaisseau.
Fig. 85. — Calculs dans la paroi d’un vaisseau et à côté.
nous dilacérons aux aiguilles jusqu’au contact de la concrétion. Après avoir desséché la région avec un petit morceau de papier filtre, il nous est facile d’énucléer le calcul, presque sans léser les tissus environnants, tant sa présence n’a suscité que peu de
troubles et en tout cas aucune réaction inflammatoire contiguë ou circumvoisine.
Nous obtenons une concrétion jaunâtre, dont la grosseur peut être par exemple celle d’une grosse tête d’épingle ou même d’un pois. L'aspect est nettement cristallin. Le bloc se montre formé d’un agrégat de sphérules translucides et jaunâtres qui lui donnent un aspect müriforme irrégulier avec, par endroit, de petits morceaux sans forme définie, Aux abords immédiats de
FiG. 86. — Calculs dans la paroi et la lumière de vaisseaux qu'ils comblent presque entièrement; sur certains calculs, la structure stratifiée est visible.
la masse principale, on trouve souvent de petites sphères cristallines non encore agglomérées.
Une de ces petites sphères, examinée séparément ne se présente nullement comme un sédiment amorphe quelconque, mais comme un petit corps cristallin à structure concrétionnéefibroradiée, présentant au microscope polarisant, nicols croisés, le phénomène de la croix noire.
La structure stratifiée des calculs épiphysaires est très visible quand l’un d’eux s’est laissé entamer par le rasoir du microtome comme dans les figures 86 et 87.
Nous avons vu comment leur extrême luminosité à la lumière de Woop permettait de révéler des concrétions beaucoup trop petites pour être décelées à la lumière ordinaire.
En présence des contradictions présentées par les résultats de différents auteurs, nous avons soumis les concrétions épiphysaires du Bœuf à l’analyse chimique après les avoir débarrassées de la totalité de la matière organique qu’elles peuvent retenir.
Soumis à la calcination lente sur une lame de platine, les calculs laissent un résidu minéral abondant indiquant la pré-
FiG. 87. — Calculs dans la paroi et la lumière de vaisseaux qu’ils comblent presque entièrement; sur certains calculs, la structure stratifiée est visible.
sence d'éléments autres que l’acide urique ou les urates. La réaction de la murexide se montrant du reste négative, on peut conclure qu’ils ne sont pas d’origine urique.
Si, avant toute calcination (pour éviter la transformation possible d’oxalates en carbonates) on verse sur de la poudre de calculs un peu d’acide chlorhydrique étendu, il se produit une effervescence marquée due à un dégagement d’anhydride carbonique, mettant ainsi en évidence la présence de carbonates.
La poudre de calculs, calcinée lentement au voisinage du rouge sombre de façon à faire disparaître toute trace de matière organique, est dissoute dans l’acide chlorhydrique étendu. La
ra
solution obtenue est additionnée après filtration, d’un égal volume de réactif nitro-molybdique et chauffée. La formation d’un abondant précipité jaune caractérise la présence de phosphates. ”
Cette même solution, additionnée d’un égal volume d’acétate de soude ne donne pas le précipité typique d’oxalate de chaux, éliminant une fois de plus la présence possible de l’acide oxalique.
L'épreuve de la coloration des flammes par la solution permettant d'éliminer la présence du sodium et du potassium, il
F1G. 88. — Calculs dans la lumière et la paroi des vaisseaux. Les calculs qui sont dans la lumière sont des portions de calcul dont une partie, non visible, tient à la paroi.
nous reste à chercher comme base la chaux, la magnésie et l’ammoniaque.
Si nous prenons une solution chlorhydrique de concrétions à laquelle nous ajoutons un peu d’acide azotique (ou si nous partons directement de la solution azotique) et son volume d’une solution d’acétate de soude à 25 %, nous obtenons un abondant précipité de chaux par adjonction d’un excès d’oxalate d’ammoniaque au dixième, La solution ainsi précipitée est
filtrée et on se rend compte qu’elle ne précipite plus par l’oxalate d’ammoniaque.
On ajoute alors de l’ammoniaque jusqu'à alcalinité, puis quelques gouttes d’une solution de phosphate de soude au dixième. Comme nous n’obtenons pas le précipité classique de phosphate ammoniaco-magnésien, nous pouvons éliminer la présence de magnésie et conclure que les calculs épiphysaires
sont formés par un mélange de phosphate et de carbonate de chaux.
F1G. 89. — Calculs dans la lumière et la paroi des vaisseaux. Les calculs qui sont dans la lumière sont des portions de calcul dont une partie, non visible, tient à la paroi.
Cette composition est peut-être de nature à nous éclairer quelque peu, car elle est commune à un bon nombre de dépôts minéraux ayant leur siège en des points très variables de l’organisme et peut permettre des comparaisons. ;
Signalons d’abord les infiltrations calcaires de défense, qui sont un procédé d'élimination, comme celles que subissent les lésions tuberculeuses et les parasites (douves, nématodes, acariens, etc.) et remarquons l'extrême facilité avec laquelle les bovins sont capables de réaliser ces formations calcaires pour
la rapprocher de la fréquence des concrétions pinéales chez ces animaux.
Signalons ensuite les dépôts calcaires qu’on rencontre dans les artères, les tumeurs, les ligaments, les tendons, les cartilages, tous tissus à vitalité languissante et peu irrigués (1).
C’est que, dans le sang comme dans le lait, les carbonate et phosphate de chaux, peu solubles par eux-mêmes, sont maintenus en solution par la présence des gaz dissous (anhydride carbonique surtout, sous forme de bicarbonate et de carbonophosphate de chaux). Le départ des gaz amène la précipitation
F1G. 90. — Vaisseau en coupe longitudinale avec calculs dans la paroi épaissie. L'un d’eux s’avance dans la lumière.
et le dépôt à la fois de carbonate et phosphate de chaux. C’est ce qui se passe pour le tartre dentaire par exemple, le gaz carbonique s’échappant lorsque la salive arrive à l’air. Il en est de même quand les oxydations, les réactions organiques, se ralentissent au sein des tissus, ce qui se produit toujours dans les organes qui ont perdu tout ou partie de leur activité vitale.
(1) Il ne semble pas qu’on doive rapprocher des acervules épiphysaires les corps cristallins élaborés par les cellules interstitielles du testicule de l’homme, connus sous le nom de cristalloïides de REINKE et qui sont toujours très nettement intracellulaires.
On comprend dès lors pourquoi ces précipitations peuvent avoir lieu au voisinage et même dans la paroi ou la lumière des vaisseaux (fig. 83 à 91) et aussi qu’elles se réalisent sans réaction inflammatoire de la part des tissus et pour ainsi dire en dehors d'eux. C’est ce que nous avons toujours constaté. La lenteur du dépôt calcaire explique l’aspect cristallin des calculs. Ce n’est pas comme lorsqu'on fait bouillir du lait, par exemple, et que le départ tumultueux des gaz amène la précipitation des phosphates sous la forme d’une poudre amorphe de couleur blanchâtre. |
FiG. 91. — Vaisseau en coupe transversale et longitudinale. Calculs dans la paroi et dans la lumière du vaisseau.
Lorsque, dans un organe à vascularisation aussi abondante que l’épiphyse, les oxydations, le travail, les réactions, se ralentissent ou cessent plus ou moins complètement, les précipitations calcaires deviennent inévitables.
Elles peuvent être cependant si importantes, qu’elles aboutissent parfois à une véritable élimination de l’organe, et, selon nous, la calculose épiphysaire serait à partir d’un certain âge, une des manifestations les plus évidentes de la régression de l’organe désormais inutile.
Nous avons parlé précédemment de l’extrême fréquence des hémorragies spontanées de l’épiphyse, se présentant sous
l'aspect de taches, voire de nappes hémorragiques ou de simples extravasations globulaires.
Tout porte à croire que les deux phénomènes sont liés, et que c'est à la faveur de ces hémorragies que se fait le dépôt calcaire selon le mode que nous venons d’exposer.
Ces hémorragies, en effet, sont très particulières. Les globules ne sont jamais altérés, elles ne s'organisent pas, ne forment pas de caillot, ne troublent nullement la vitalité des tissus au sein desquels elles se produisent, pas plus d’ailleurs que les calculs. Comme pour les calculs, leur importance varie de la tache microscopique à la nappe très étendue et leur siège semble indifférent, mais de préférence apical. Pas d’endroit où le dépôt lent et continu de sels de chaux puisse mieux s’opérer qu’au sein de ces fuites sanguines constamment entretenues.
Mais, ainsi que nous aurons à le rappeler, la calcification ne se rencontre pas, ou à titre exceptionnel, chez les tout jeunes animaux, et quand un organe dégénère, s’élimine, à partir d’un certain âge seulement, c’est qu'il a dû jouer un rôle avant.
C’est le cas très exact du thymus par exemple, qui lui, son rôle terminé, au lieu de se calcifier se résorbe. On ne connaît pas CORBIstEme le rôle du thymus, mais on sait bien que lorsqu'il n’en va pas ainsi et que l’organe persiste, il peut en résulter des troubles graves et même mortels (1).
Savons-nous s’il n’en est pas de même pour la pinéale qui, à partir d’un certain âge, d’ailleurs précoce, subit une involution certaine et visible (sclérose, gliose, calculose, etc.) qui équivaut à une véritable élimination.
À cette glande à fonctions somato-formatives dans le tout jeune âge, pourrions-nous, à priori, refuser toute action dans les néo-formations d’ apparence spontanée (cancer, etc.), si, pour une raison ou pour une autre, elle continuait ou plutôt recommençait à déverser dans le sang des produits de sa sécrétion alors qu’elle devrait depuis longtemps être tarie et rentrée dans un repos définitif ?
(1) D. A. F. Pzrcque. Mort subite et imprévue d’origine thymique. Journal de médecine et chirurgie pratiques, 25 janvier 1923, 2e cahier, p. 61.
Contrairement à ce qu’on signale chez l’homme, c’est surtout par la partie distale de l'organe que commence l’infiltration calcaire chez le Bœuf ainsi que le montre on ne peut mieux le cliché radiologique de la planche 79.
Les quatre premières rangées horizontales sont composées de glandes de Bœuf fraîches, la cinquième est composée par des glandes très calculeuses et conservées pendant un temps variable dans le Bouin, ce qui permet de se rendre compte de la décalcification progressive qu’elles ont subie.
Les pinéales ont été alignées au jugé sur un carton, la plupart ont le sommet dirigé vers le haut, mais certaines sont inversées, il est facile de voir cependant, sur celles qui n’ont que peu de calculs, que ceux-ci occupent la région apicale et que la base est presque toujours claire.
On remarquera l’importance de l’infiltration dans certains cas (voir aussi p. 72) par exemple sur la huitième glande de la troisième rangée où il n’y a plus guère qu’une faible zone corticale de tissu vif. |
Sur les négatifs, très nets, on se rendait très bien compte à la loupe de la composition muriforme des concrétions et même les différentes zones de tissus plus ou moins denses de la glande étaient très nettement indiquées.
Nous avons trouvé des calculs non pas seulement dans les pinéales, mais aussi dans la capsule et le tissu péri-épiphysaire, notamment chez un vieil Ane, dont la glande pour cette raison ne put être coupée.
Du reste, tout près de l’épiphyse, les plexus choroïdes sont fréquemment le siège d’une calcification avancée et qui à beaucoup d’analogie avec la calcification épiphysaire, non seulement par l’aspect et la composition des calculs mais aussi parce qu’elle se montre nettement d’origine vasculaire.
Écoutons ce que dit ZAND (1) à ce sujet :
« Les dépôts calcaires se présentent tantôt sous la forme de globes amorphes, tantôt avec une structure concentrique, en couches régulièrement déposées autour d’un noyau central.
(1) N. Zan», Les plexus choroïdes, p. 87 et suiv.
» L’examen attentif de ces globes calcaires permet de reconstituer les phases successives de leur formation : la première phase consiste en un gonflement des fibres conjonctives disposées en anneaux réguliers autour du vaisseau central de la villosité: La dégénérescence hyaline de ces fibres et leur gonflement amènent le rétrécissement de la lumière du vaisseau qui finit par se fermer complètement. L’endothélium vasculaire dégénère et constitue le noyau central du globe calcaire. »
Les relations vasculaires des concrétions épiphysaires ne font pas de doute. Si nous jetons un coup d'œil en effet sur les figures 79 à 91; à côté d’une calculose en mitraille (fig. 82) montrant un grand nombre de petits calculs microscopiques en plein parenchyme, et n’ayant provoqué aucune réaction contiguë ou circumvoisine, nous voyons des calculs dans la paroi épaisse et gonflée des vaisseaux (fig. 83 à 91). Parfois même ces calculs font hernie dans la lumière du vaisseau et peuvent arriver à l’obstruer complètement,
Il arrive qu’on trouve un calcul isolé en plein milieu de la lumière d’un vaisseau, sans attache apparente avec le pourtour. Il s’agit vraisemblablement d’un fragment dont les attaches avec un calcul plus gros ont été sectionnées par le rasoir et dont le reste se trouve sur la coupe précédente.
L'examen des figures 86 à 91 rend tout à fait plausible cette manière de voir.
De cette façon, l’extrême vascularisation de la glande, devenue à un moment donné un organe inutile, expliquerait la fréquence, l'intensité et l'étendue de sa calcification.