I, — EXPÉRIENCES PORTANT SUR LES INSECTES
La plupart des auteurs qui se sont occupés de cette question, ont enregistré ce fait assez remarquable, puisqu'exceptionnel, que les glandes à sécrétion interne en général n'avaient aucune action sur les invertébrés et notamment sur les insectes.
Dès 1918, COTRONEI en administrant des extraits thyroïdiens à des larves de mouches à viande {Lucilia cœsar, sarcophaga carnaria) et à des vers à soie {Bombyx mori), obtient des résultats absolument négatifs.
ABDERHALDEN en opérant avec du thymus, du corps thyroïde, du testicule, de l’ovaire, de l’hypophyse, sur des Chenilles de Sphingide, des coléoptères aquatiques, des Abeilles, des larves de Mouches à viande (Calliphora vomitoria) conclut à une influence nulle.
KAHN (R. H.) obtient les mêmes résultats avec du corps thyroïde sur diverses larves (Corethra plumicornis, Ecdyurus forcipula, T'enebrio molitor ).
Il en est de même de P. RÉMY, qui ne peut provoquer aucune modification de développement chez un Chrysomélien (Plagio-
dera versicolor) dont les larves ont été alimentées quelques jours avant l’empupement avec des feuilles de saule enduites d’iodothyrine, ni chez des vers à soie qui ont absorbé depuis l'éclosion jusqu'à l’empupement de l’iodothyrine à dose massive ou même auxquels on en à injecté.
FLEISCHEMANX démontre que, même par injection, des extraits thyroïdiens sont sans effet sur la métamorphose des insectes.
*TAUFERRARI ayant nourri des larves de Mouche à viande (Calliphora vomitoria) avec de la substance corticale où médullaire de capsules surrénales, n'obtient aucun résultat particulier.
Il en est de même pour PATTERSON (T. H.) avec du lobe antérieur d’hypophyse sur les larves de Mouche à viande (sarcophaga et calliphora).
J. HABN montre l’action négative de l’ingestion de corps thyroïde sur la métamorphose des Vanesses et de Tenebrio molitor.
L. V. DogKigwicz opérant sur la Drosophile, puis sur le dermeste du lard {Dermestes Frischii ) montre que non seulement le corps thyroïde est sans action sur ces insectes, mais que l'hormone n’est même pas absorbé par eux, puisque leurs tissus n’agissent pas sur là métamorphose du Têtard, tandis que leurs excréments et leur tube digestif l’accélèrent.
Sur les Écrevisses, B. RoMeISs montre que le corps thyroïde est sans aucun effet.
Sur des animaux plus inférieurs, tels que les cladocères, les paramécies, les copépodes, les glandes à sécrétion interne n'auraient également aucune action, d’après BROWN et BANTA, WORDRUFF et SWINGLE, ABDERHALDEN, À. VECCHI.
Pour d’autres auteurs, l’action des hormones glandulaires serait au contraire certaine sur ces animaux.
NorTHRoP, en 1917, remarque que des Mouches du vinaigre (Drosophila) nourries avec un mélange de thyroïde et de thymus frais, présentent des anomalies, des mutations: KUNKEL en 1918 signale que des larves de Mouche à viande (Lucilia) alimentées avec de la thyroïde présentent un léger retard de croissance et une réduction de taille de la pupe; le thymus . donnerait des résultats contraires.
W. W. ALPATOY trouve que la glande thyroïde, introduite dans l’alimentation, augmente la taille des Mouches du vinaigre
(Drosophila mélanogaster) et déclare que les hormones des glandes endocrines ont un effet universel, même chez les invertébrés.
En présence de résultats aussi contradictoires, il nous à paru intéressant de rechercher quels pouvaient être sur ces mêmes animaux, les effets de l’ingestion de glande pinéale.
ÏI. — EXPÉRIENCES PORTANT SUR TENEBRIO MOLITOR
Le Tenebrio molitor est un coléoptère dont la larve, vermiforme, cylindrique, de 3 centimètres de longueur environ, armée d’une carapace chitineuse, annelée, de couleur jaune, est plus connue sous le nom de ver de farine. Elle peut se rencontrer partout où séjournent des denrées alimentaires, surtout végétales : farines, sons, etc., dont elle se nourrit, et qu’elle souille de ses excréments et du produit de ses mues. Ses œufs, pondus dans le son et les farines ont assuré la dispersion de cet animal sur toute la surface du globe. On se le procure facilement dans le commerce chez tous les marchands de produits alimentaires pour oiseaux, poissons, etc.
Bien que l’alimentation normale de Tenebrio molitor et de sa larve soit à prédominance végétale, nous avons remarqué qu’il consomme aussi très volontiers la viande fraîche ou desséchée. |
C’est donc sans difficulté que nous avons pu lui faire ingérer des glandes pinéales.
Dans un élevage très florissant de Tenebrio molitor sur gros son de blé, on prélève cent cinquante larves sensiblement de même âge (même longueur) et pesant chacune en moyenne 0 g. 00375 (environ 4 milligrammes); ce qui leur assure une marge de croissance considérable puisque les larves arrivées à leur période d’empupement pèsent en moyenne 0 g. 18 centigrammes (beaucoup dépassent le poids de 20 centigrammes).
On fait trois lots identiques de cinquante larves chacun, qu’on place séparément dans trois larges bocaux de verre entourés de papier noir (1) et dont l’ouverture est laissée libre (2).
(1) Les vers de farine sont très lucifuges.
(2) Les vers de farine sont incapables de grimper contre une paroi lisse,
On les soumet aux trois régimes différents suivants :
Pour les trois lots, on garnit le fond des bocaux d’une couche de gros son de blé de 10 centimètres d'épaisseur environ, sur laquelle on placera de temps en temps une feuille de laitue ou quelques ronds de carottes (1).
Au premier lot (témoins) nous incorporons au son de blé le mélange suivant, très prisé par les jeunes larves :
Chaïr musculaire de Bœuf pulpée,........... 20 g SUCLE QI Dour DRAM EL D ÉOEE 1 20 g.
Recoupes de blé....... DEA NE a Ne SARA S EE 100 g
Au deuxième lot, le mélange incorporé est le suivant :
Cervelle de Bœuf (hémisphères)........,.... 20 g. SUCTE. ON POUTINE MANN Le 20 g.
Recoupes:deblézses he. 2e ere 100 g.
Au troisième lot, le mélange incorporé est le suivant :
Glande pinéale de Bœuf (environ 100 glandes). 20g. Snére en DONdEe PPT PMP Rene 20 g.
Récoupes.dé. blé: :.:h 22 nr AAteN re 100 g.
Dans les trois cas, la viande, la cervelle et la pinéale sont bien broyées au mortier avec le sucre en poudre en même temps qu’on ajoute, petit à petit, la recoupe de blé, de façon à absorber à mesure qu'ils apparaissent, tous les sucs exprimés par la trituration.
On obtient ainsi une poudre fine, qui sèche presque aussitôt, d’une conservation indéfinie, et toujours bien acceptée par les animaux (2).
Les trois bocaux sont placés côte à côte dans un placard, à la température habituelle du laboratoire.
Nous avons pensé que si la glande pinéale produisait un effet quelconque sur les sujets en expérience, on aurait pu objecter qu'il était dû uniquement à la valeur alimentaire de cette glande,
(1) Cet ensemble suffit pour obtenir la croissance, la métamorphose et la reproduction des vers de farine dans les meilleures conditions et pendant un nombre indéfini de générations.
(2) C’est aussi sous cette forme que nous distribuons la glande pinéale à nos Rats d'expérience,
supérieure ou tout au moins différente de celle de la viande (lécithines, etc.); c’est pourquoi nous avons cru bon de préparer un lot avec de la cervelle de Bœuf, dont la composition se rapproche suffisamment de celle de la pinéale.
Tous les quinze jours, les larves étaient examinées, mesurées, pesées et comparées.
Le résultat fut absolument négatif ; il ne nous a pas été permis de noter la plus petite différence entre les sujets des trois bocaux : marche identique de la croissance, poids final identique au moment de la nymphose; métamorphoses analogues dans les trois cas.
L'ingestion de glande pinéale, comme celle des autres glandes à sécrétion interne n’a donc aucun effet sur T'enebrio molitor.
Avant d'entreprendre ces expériences, nous n’avions également rien pu observer chez des acariens prélevés sur des figues sèches et entretenus par millions en culture pure sur des poudres de même composition que celles précédemment indiquées et comprenant du muscle, de la cervelle, du foie, du thymus, de la thyroïde, de la pituitaire, de la pinéale.
Essayons cette fois sur un diptère, la Mouche verte de la viande (Lucilia cœsar ).