HISTORIQUE
Dans l’état actuel de nos connaissances, parmi la masse pourtant considérable des documents qui subsistent encore de nos jours, aucun monument écrit ne nous permet d’accoler un nom à la découverte de la glande pinéale.
Réduits à soupeser des probabilités, nous pouvons dire cependant que la glande pinéale par sa situation, sa forme, son volume, son étrangeté, ne pouvait échapper à tout chercheur habile et que sa découverte revient, sans nul doute, à celui qui, le premier, a pu et a su disséquer convenablement un cerveau.
Cette opération d’ailleurs n’allait pas sans difficultés.
Ce n’est que relativement très tard, en effet, que les anatomistes sont arrivés à durcir la matière cérébrale par des bains conservateurs.
Or, lorsqu'on sait à quel point le manque de consistance de la substance nerveuse rend difficiles les recherches minutieuses dans le cerveau, lorsqu'on se souvient des entraves apportées par les prêtres et les pouvoirs publies à la pratique des dissections dans l’antiquité, on peut être étonné de la somme et de: la précision des connaissances qu'avaient déjà de cet organe les plus anciens auteurs qui nous soient accessibles.
Les premières recherches anatomiques concernant le cerveau remontent à la plus haute antiquité (1). Elles nous intéressent
(1) Un des plus anciens documents connus est un papyrus récemment trouvé par l’égyptologue anglais Edwin SMITH d’après lequel un bon nombre de découvertes attribuées aux Grecs faisaient déjà partie du bagage médical des Égyptiens à une époque antérieure même au traité de médecine chinois publié ‘sous l’empereur Chin-Nong au cours du troisième millénaire avant notre ère.
mo —
peu, car leurs auteurs, faute de moyens, faute aussi d’y voir une nécessité, n’ont jamais approfondi la question. Leurs préoccupations étaient autres et d'ordre, avant tout, pratique. Ils ne nous parlent pas de la pinéale, et si quelques-uns ont pu l’apercevoir, il ne semble pas qu’elle ait jamais retenu leur attention.
Il est possible qu’il n’en soit plus de même pour des naturalistes comme ALCMÉON DE CROTONE, DÉMOCRITE, EMPÉDOCLE et d’autres qui, 500 ans déjà avant J.-C., firent de bonnes dissections d'animaux. Les philosophes de ce temps-là étaient en même temps des naturalistes, et il n’est pas invraisemblable que ceux qui ont découvert le labyrinthe de l'oreille et bien décrit les enveloppes fœtales (EMPÉDOCLE, 490 avant J.-C.), ou même le système circulatoire (DIOGÈNE) aient pu connaître la glande pinéale. Cependant, il semble que le cerveau, considéré par eux comme une masse spongieuse sans consistance et, en apparence, sans structure interne bien évidente, ne les intéressa guère.
Nous en dirons tout autant des plus anciens textes où nous pouvions espérer trouver quelques détails sur l’anatomie du
Les Égyptiens de cette épuque connaissaient déjà les lésions cérébrales donnant lieu aux diverses paralysies. Mais, comme dans tous les très anciens textes, il est question surtout de l’art de guérir et de ses moyens, mais très peu d’anatomie.
On a accordé trop d'importance selon nous aux connaissances anatomiques qu’auraient pu acquérir les sacrificateurs hébreux de leur pratique du dépeçage des animaux ou les Égyptiens de leur pratique de l’embaumement. Dans un cas comme dans l’autre, il s'agissait de gens sans culture, de purs manuels, habiles peut-être, mais sans curiosité scientifique. On pourrait accorder autant de crédit aux bouchers de tous les temps.
Les bouchers manipulent quotidiennement des cervelles, les ouvrent souvent par le milieu, rencontrent la pinéale presqu’à chaque fois, et pourtant aucun d’eux ne ia connaît. Ils ont coupé beaucoup de viande, ils n’ont jamais vu un muscle.
Dans le même ordre d'idées, pouvons-nous dire que nos lointains ancêtres des cavernes dont les crânes trépanés sont encore visibles au musée de Saint- Germain avec la mention : « L’opéré a survécu », ont eu affaire à des chirurgiens versés dans l’anatomie du cerveau ?
Nous n'insisterons pas davantage sur les ouvrages hindous, comme les Ayurvedas par exemple qui sont un traité de médecine datant de 1.000 ans avant J.-C. environ, bien qu’il nous apprenne que ses auteurs avaient étudié avec soin l’anatomie humaine qu'ils considéraient comme indispensable à toute science médicale. (Traduction du sanserit par le Docteur F. HESsLER).