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cerveau, textes connus sous le nom d'œuvres d'HIPPOCRATE, ou plus exactement de collection hippocratique, plusieurs auteurs ayant contribué à leur rédaction, à des époques d’ailleurs différentes.
Elle remonte à l’an 460 avant J.-C. environ. Malheureusement, les médecins de lépoque s’attachaient surtout aux soins à donner aux malades et basaient plus volontiers leurs jugements sur des raisonnements fantaisistes que sur des notions exactes, objectives, d’anatomie ou de physiologie.
Ce qu’ils nous disent de l’anatomie du cerveau tient en quelques lignes; quant à sa physiologie, bien qu’ils le considèrent déjà comme le centre de l’intelligence, le cerveau est avant tout, pour eux, une glande, c’est-à-dire une sorte d’éponge qui règle la circulation des humeurs. De la pinéale, pas un mot.
Les auteurs qui succédèrent immédiatement à HIPPOCRATE, comme PLATON (430 avant J.-C.) et ARISTOTE son élève (384- 322 avant J.-C.) placent bien dans le cerveau le siège de l’âme intellectuelle, l’âme sensible étant logée dans le cœur, mais du point de vue anatomique ils ne le connaissent que très mal.
Une toute autre place doit être faite aux grands maîtres de l’École d'Alexandrie, PROXAGORAS DE Cos, DIocLÈS DE CARYSTIE (330 avant J.-C.) et surtout à leurs deux élèves et rivaux HÉRO- PHILE et ÉERASISTRATE, véritables fondateurs de l’anatomie objective dont ils comprirent toute l'importance. Sous leur impulsion, et grâce à la protection toute puissante des rois d'Égypte (Ptolémèe Soter et Ptolémèe Philadelphe), l’École d'Alexandrie devint un centre extraordinairement fécond d’études anatomiques. On y disséqua de nombreux suppliciés et même, paraît-il, des criminels vivants. Les résultats furent remarquables. De la somme considérable des écrits de ces deux auteurs il ne nous reste rien, mais des citations que nous trouvons éparses dans les ouvrages ultérieurs et notamment dans ceux de GALIEN, il résulte qu'ERASISTRATE connaissait fort bien le cerveau y compris ses ventricules et leurs rapports; HÉROPHILE découvrit et décrivit avec exactitude les méninges, les plexus choroïdes, les sinus veineux dont le confluent perpétue sa mémoire sous le nom de pressoir d'HÉROPHILE, le calamus
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scriplorius les ventricules cérébraux dans lesquels il plaçait déjà le siège de l’âme (1).
Plus tard, CAssIus connut l’entrecroisement des nerfs à la base du cerveau et HÉRACLIANUS s’occupa beaucoup de névrologie. EupéME (270 avant J.-C.) puis ARÉTÉE DE CAPPADOCE (70 ans après J.-C.) étudièrent avec fruit l'anatomie du cerveau, ce dernier auteur ayant même découvert l’entrecroisement des fibres nerveuses qui vont du cerveau à la moelle et leur ayant donné le nom de Chiasma.
N'y a-t-il pas lieu d’être étonné d’une telle disproportion entre les moyens et les résultats obtenus?
Sans en avoir l’absolue certitude, puisque, nous l’avons dit, toutes leurs œuvres écrites ont péri, nous pensons qu’à des anatomistes de cette classe, la pinéale ne pouvait échapper, et que c’est à eux que se réfère GALIEN lorsqu'il parle des Grecs qui l’ont étudiée et nommée avant lui, Grecs auxquels il dut faire, du reste, ainsi qu’il le reconnaît lui-même, bien d’autres emprunts (2).
Quoi qu’il en soit, après la mort des Ptolémée qui la protégeaient, la science de l'anatomie, redevenue suspecte, rétrograda au rang des connaissances absolument inutiles et c’est seulement avec GALIEN (3) que pour la première fois, nous entendons parler de la pinéale. Mais il en parle d’une façon telle, qu’aujourd’hui encore, à sa description anatomique, il y a bien peu à changer ou à ajouter. Dans les écrits qui nous restent de lui (4), et qui représentent une minime partie de son œuvre, nous avons la chance de trouver beaucoup de choses sur le cerveau, soit qu'il les ait tirées de ses propres travaux, soit qu’il nous les
(1) Nous verrons qu'il a été suivi dans cette voie, beaucoup plus tard, par d’autres auteurs, et que DESCARTES a quelque peu usurpé son titre de novateur en la matière.
(2) Parmi les auteurs cités par GALIEN et dont nous possédons encore quelques œuvres, comme RurUuS d'ÉPHÈSE par exemple, qui, du reste, parle du cerveau seulement d’après HÉROPHILE, nous ne trouvons même pas mention de la pinéale.
Œuvres de Rufus d'Ephèse, Daremberg et Ruelle, Paris, 1879.
(3) Nicon dit GALIEN, de xx, : calme, tranquille (131-205 après J.-C.).
(4) Deux volumes en date de 170 et 174 après J.-C. — Administrations anatomiques et Usage des parties.
ait conservées de ses devanciers, ce qui, d’après son texte, semble bien être le cas pour la pinéale.
À l’époque de GALIEN, la dissection des cadavres humains était sévèrement interdite pour des raisons religieuses. Peut-être les nombreuses interventions chirurgicales qu’il pratiquait à l’occasion de l’exercice de ses fonctions de médecin des gladiateurs des Prêtres d’Esculape à Pergame, lui permirent-elles d'étudier, en cachette, des cerveaux humains. Nous n’en savons rien ; en tout cas, il travailla beaucoup sur les animaux et décrivit surtout les organes du Singe, du Porc, du Chien, du Mouton, du Bœuf, etc... Pour ce qui a trait à la pinéale, notre chapitre consacré à l’anatomie montre qu'il n’a pas eu en vue la pinéale du Porc, très spéciale quant à sa position et ses attaches, ni celle du Mouton, presque toujours sphérique, encore moins celle du Chien, ronde et trop petite.
Sa description par contre s’adapte très bien à la pinéale du Bœuf (fig. 7) ou à celle du Singe (1) (fig. 26).
Les œuvres de GALIEN le plus souvent citées sont en latin et éditées à Venise (1576) ou à Paris (1679); nous avons eu en mains la belle édition des Froben (Bâle, 1549) et la traduction considérée comme la meilleure est celle de Darenberg. Nous avons pourtant trouvé une traduction quelque peu différente et assez originale. Elle est fort ancienne puisqu'elle date de 1572, alors que tous les ouvrages de médecine étaient à cette époque presque toujours écrits en latin (2).
Il suffit de lire cette remarquable et très complète description pour comprendre que l’opinion de BORDEU n’est pas exagérée
(1) D’autant plus qu’il disséquait surtout des Magots du nord de l'Afrique (Macacus inuus), assez proches des Cynocéphales dont nous représentons une pinéale (fig. 26).
(2) Administrations anatomiques de Claude Galien, traduites fidèlement du grec en français par M. Jacques DALECHAMPS, docteur en médecine et lecteur ordinaire de chirurgie à Lyon. A Lyon, Benoist Rigaud, 1572, Bibl. nat. Taë 4. — DaLEcHAMPs, né à Caen, en 1513, et mort en 1588 fut un médecin très érudit, versé dans la connaissance des langues anciennes. Nous lui devons des traductions fidèles et de savants commentaires des auteurs latins eb grecs. Sa traduction de GALIEN parut en 1566 et en 1572. Nous avons estimé que, eu égard à son auteur, elle valait la peine d’être connue.
quand il écrit : « Galien a presque tout dit, presque tout vu, presque tout appris par sa pratique et par ses observations ».
La tendance à faire de la pinéale une « glande » (c’est-à-dire un ganglion lymphatique) destinée comme toutes les « glandes » selon l'opinion des Anciens, à consolider les confluents vasculaires, se retrouve, comme nous le verrons, chez des auteurs plus récents et s'explique par l’analogie que présente la grande vascularisation des abords épiphysaires et la situation habituelle des ganglions lymphatiques dans les grands carrefours vasculo-nerveux (1).
À noter que d’après GALIEN, les anciens auteurs grecs employèrent le mot «épiphyse » dans des acceptions fort diverses, et que ce nom, maintenant devenu celui de la pinéale (par analogie avec l’hypophyse située au dessous) peut prêter à confusion.