‹ Contribution à l'étude de la glande pinéale ou épiphyseChapitre 9 sur 71 · APRÈS GALIEN · texte numérisé non relu

APRÈS GALIEN

L'accès des écrits de GALIEN, d'HIPPOCRATE, etc., réédités d’une façon si parfaite par les humanistes du xvI® siècle, traduits maintes fois depuis, est extrêmement facile. Il n’en est pas de même des textes de la fin du xve siècle et du début du xvre, tous écrits dans un latin peu classique, et où le manque d’ordre, de pagination ou de table de matières, l’impression parfois défectueuse, les abréviations multiples et arbitrairement variables, les fautes de graphie, etc., rebutent le chercheur dès l’abord (2).

C’est pourtant à partir de cette période, comme nous allons le voir, et surtout au xvIIe siècle avec DESCARTES, que la question de la glande pinéale, qui avait déjà tant intrigué GALIEN et ses maîtres grecs, alimenta au maximum la curiosité des savants et des philosophes, à une époque où la science et la philosophie étaient si étroitement unies.

(1) A l'heure actuelle, encore, il est assez curieux de constater que dans le langage vulgaire les ganglions ont gardé le nom de « glande ». — Pour les bouchers, par exemple, il en est de même; pour eux tous les ganglions, qu’ils connaissent d’ailleurs fort bien, sont « des glandes ».

(2) On pourra en juger par le fac-simile présenté ci-contre.

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Après GALIEN, il sembla qu’on eût tout dit; il y eut encore beaucoup de médecins célèbres, mais aucun anatomiste.

La médecine était en proie à la superstition la plus invraisemblable. Dans toute cette antiquité, de nombreuses pratiques semblent annoncer le règne aujourd’hui bien consacré de l’opothérapie. De tout temps, semble-t-il, on admit l’idée, d’ailleurs bien naturelle, que l’ingestion d’un tissu pris vivant à une source étrangère devait dans certaines conditions avoir une influence favorable sur le tissu homologue du traité.

Pour se donner force et courage, rien ne valait la moelle ou le cœur de lion, pour bien chanter, les langues de rossignol. Les vieux sénateurs romains croyaient retrouver vigueur et Jeunesse en buvant, à même les blessures, le sang chaud des plus valeureux gladiateurs. GALIEN lui-même, conseille le foie de loup dans la jaunisse, les testicules d'animaux contre la frigidité, et un très vieux proverbe disait : « Nul ne mange de foye que le sien n’en ait joye » (1).

En ce qui concerne l’anatomie du cerveau, tout au plus peut-on citer AETIUS D'AMIDE (543) qui tenta le premier d'établir des localisations cérébrales et divisa le cerveau en cerveau antérieur (siège de l’imagination), moyen (siège de la raison et du jugement) et postérieur (siège de la mémoire) (2).

Malgré toute la reconnaissance qu’on puisse avoir pour les Arabes qui nous conservèrent de nombreux manuscrits, qui comptèrent nombre de médecins célèbres mais auxquels la religion interdisait la dissection, nous ne trouvons chez eux aucun anatomiste, et tous se contentèrent des œuvres de GALIEN.

C’est ainsi que pendant près de 1.200 ans, on vécut sur les œuvres du grand Maître, dont on hésitait à contrôler les données, tant il était difficile et dangereux à cette époque de s’instruire d’après nature.

Les dissections anatomiques, proscrites par la catholicité, réapparurent vers le milieu du xztre siècle grâce à la protection de Frédéric IL, roi des Deux-Siciles, mais un édit de Boniface VIII en 1300 les interdit à nouveau.

(1) Mais pourquoi diable! pour oublier les amis morts, fallait-il manger du cœur de truie farci? (TROTULA DE SALERNE).

(2) Opinion reprise plus tard par FRACASTOR, voir page 28.

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Un chirurgien du x1rve siècle qui a beaucoup écrit, Guy DE CHAULIAC (1) nous laisse un ouvrage résumant parfaitement les connaissances de son temps en médecine et en chirurgie, mais qui ne nous apprend rien de bien personnel dans son anatomie qui est toute de GALIEN et d’un certain Monpint de Bologne.

MonpiNi DE LUzI (2), professeur à l’université de Bologne, eut le courage, dans les premières années du x1v® siècle (3), de disséquer deux cadavres en public et d’en faire profiter son enseignement (4). Il publia une anatomie qui fit sensation et qu’on devait désormais regarder comme classique.

Gutemberg publiant vers 1450 sa Bible mazarine, l'imprimerie fit de si rapides progrès que bientôt la plus grande partie des travaux scientifiques jusqu'alors manuscrits purent être largement diffusés.

L'ouvrage de Monpint en profita (5). Il nous paraît surfait. L'auteur vit beaucoup de choses, put corriger GALIEN sur certains points, mais il reste sommaire, condensé, touffu, incomplet, diffi-

(1) Guy pe CHAULIAC, chirurgien et apôtre de l’anatomie, publie en 1363 sa « grande chirurgie ». Ses œuvres sont déjà illustrées (miniatures très imprécises ornant ses manuscrits). Comme-d’ailleurs celles de MoNDEVILLE, chirurgien lui aussi (publiées vers 1320), qui comprenait, avec Guillaume DE SALICET, LANFRANC, Pierre DE CERLATA, etc., la nécessité de l'anatomie.

Ces illustrations sont très incomplètes, inexactes, naïves, fantaisistes, traduisant plutôt l'ignorance de l’époque et le manque de moyens.

On trouve des figures aussi, mais sans davantage de valeur, chez Johann PEvicGk, Philosophiæ naturalis compendium (1499) et Gregorius REIsCH, Margarita Philosofica (1508).

(2) Abréviation de Rimondino, en latin Mundinus (1250 à 1326).

(3) 1302 pour les uns, 1315 ou 1316 pour d’autres.

(4) Cet enseignement était sommaire : 4 leçons. La première consacrée aux membres nutritifs (ventre). la deuxième aux membres spirituels (thorax, de spiritus, souffle), la troisième aux membres animaux (encéphale, de anima, âme), la quatrième aux extrémités (membres). Ce n’est guère qu’à la fin du xv® siècle qu’on trouve les traces d’un véritable enseignement de l’anatomie.

(5) L'édition princeps date de 1478 et fut rééditée jusqu’en 1638. L'ouvrage que nous avons eu entre les mains : Anatomia Mondini a capite usque ad pedes, date de 1507. Papiæ in-octavo. Bibl. nat. réserve Ta® 2. — L'œuvre a reçu d’autres titres : Anatomia omnium humani corporis interiorum membrorum, 1494. Bibl. nat. réserve Ta° 1. Elle a été souvent remaniée, notamment par Alexander ACHILLINUS, MELLERSTADT, CARPI, qui firent pour MONDINI ce qu'ORIBASE avait fait pour GALIEN.

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cile à déchiffrer. S'il est moins prolixe que GALIEN il est aussi moins clair et moins agréable.

Son but, surtout pratique, lui interdisait de s'étendre sur la pinéale qu'il indique à peine et très mal (tout au moins dans les exemplaires que nous avons consultés) (1), et c’est en raison de cette anomalie chez celui qu’on appelait le rénovateur de l’anatomie, que nous lui faisons une petite place ici.

CaRrI (2) ajoute peu à MuNDINt en ce qui concerne la pinéale qu'il ne fait que citer; par contre, ZER&r (3), auteur prolixe, sinon très clair, nous en parle surabondamment, mais dans un style qu’on appréciera.

Dans son chapitre Anatomie de la glande, il nous dit :

« Puisqu’il existe une lacune sanguine au-dessus de la glande, il convient, en suivant l’ordre des parties contenues dans la

(1) Nous avons consulté beaucoup d’autres ouvrages très anciens qui ne font que citer la glande pinéale d’après d’autres ou n’en parlent même pas.

(2) BeRENGARIO DE CaRpt, né en 1470 à Carpi, chirurgien, fils de chirurgien, passionné d’anatomie au point de disséquer des hommes vivants, paraît-il! II publia dès 1521 au plus tard un commentaire de MoNDiNI avec des adjonctions nombreuses et très originales qui en font un ouvrage à part, d'autant plus qu’il donne de superbes figures qui n’avaient pas encore été égalées et qui ne devaient être dépassées que par celles de DURER, de VESALE et ses continuateurs. Commentaria cum. amplissimis annotationnibus super anatomia Mondini… (Boxonræ, 1521. Bibl. nat., Ta’ 5). Nombreuses éditions conservées (jusqu’en 1638 au moins).

(3) Gabriel DE ZERBI, né à Vérone vers le milieu du xv° siècle, célèbre médecin et anatomiste, ennemi farouche de CarpPr, qui le lui rendait bien, auteur de découvertes anatomiques importantes. Liber anatomiæ corporis humani et singulorum membrorum illius, ete. Venise 1502, (Bibl. nat., Ta? 7).

Zærgt écrit dans un style déplorable, plein de répétitions, de confusions. de locutions incompréhensibles. Il n’est même pas capable de citer convenablement GALIEN. PORTAL déclare que pour lire ZERBt il faut se munir de beaucoup de patience et de bons yeux pour pouvoir déchiffrer les abréviations de l’auteur et en séparer le bon d’avec le mauvais. HALLER ne put jamais supporter la lecture de ce livre.

ZEeRB1 ayant laissé mourir un pacha turc, fut mis à mort, ainsi que son fils, dans les plus cruels supplices, par les esclaves du prince. On peut cependant n'être pas de l’avis de Marc-Antoine TurRIANUS (Della Torre) qui nous dit : « ZERBI ayant fait souffrir tous les anatomistes par l’obscurité de son style, il était juste qu’il souffrîit à son tour. C’est ici la peine du talion. »

On en jugera par notre fac-simile et sa traduction que nous avons voulue

aussi littérale que possible.

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tête, après avoir montré la lacune, de déterminer la glande en descendant; il y a en effet un ordre dans les parties qui se trouvent entre le cerveau et l’os basilaire en allant vers l’intérieur du crâne. Avant l’os que nous nommerons basilaire, se présente immédiatement un pannicule qui prend naissance de la duremère et s'étend au-dessus de l’os basilaire, empêchant le réseau admirable d’être blessé en rencontrant la dureté de cet os; 20 il y a le réseau admirable, tissé par les artères dans lesquelles s’opère le changement de l'esprit vital en esprit animal; 30 1l y a une grosse glande, pointue au sommet, large à la base, semblable à une pomme de pin, creuse à l’intérieur ; ledit réseau l’entoure, et elle-même sert de support aux artères ascendantes et recueille en elle-même les excédents d'humeur qui descendent du cerveau; 40 il y a un bassin, ou embotum, ou lacune; 59 il y a la dure-mère; 6° la pie-mère; 76 le cerveau.

» La glande est appelée conarium par les anatomistes, comme GALIEN en témoigne au chapitre VIII De utilitate partium.

» En effet, lui-même disait que toutes les substances et figures semblables prennent, en raison de la similitude, des noms semblables.

» Revenons aux parties qui se présentent devant le ventricule moyen : le corps qui se trouve au-dessus, aussitôt après l’orifice du conduit qui le rattache au ventricule postérieur, ce corps est appelé conarium par les anatomistes.

» Voyons à quelle fin il fut fait :

» La substance du conarium est glandulaire, c’est-à-dire une glande à laquelle, de fait, a été donné le nom de conarium; c'est en effet un corps que les anatomistes appellent pinus. GALIEN l’appelait de même (VII De juvamentis membrorum, cap. 9). Il est placé près du conduit, c’est-à-dire du ventricule moyen et est appelé aden, c’est-à-dire glande. En fait, sa substance est glandulaire et c’est un corps du genre des glandes, au témoignage d’AVICEN. Cet aden n’est pas une particule du cerveau et ne se range pas parmi les parties intrinsèques du corps du cerveau, mais y adhère de façon externe, disait GALIEN (VIII De utilitate partium...) comme nous le ferons voir en déterminant un peu plus loin les fonctions du conarium.

» La structure de la glande est comme la structure de la chair glandulaire dont il a été longuement question dans l’anatomie de la chair en général.

» Sa masse n'est pas grande.

» Sa forme est semblable à un cône, comme nous l’avons dit, en fait à une pomme de pin, disait HALYABASE; et c’est comme une sphère comprimée aux deux bouts, disait ALBERT.

» En effet, la forme du conarium est conditionnée par la forme des rameaux ascendants qui lui sont fixés ou y adhèrent, selon la configuration de la division décrite : à savoir celle des deux grosses veines qui montent vers le cerveau : nous en avons parlé.

» En effet, de même que cette division des veines en rameaux commence à un endroit resserré, c’est-à-dire à la jonction des grosses veines entre elles et tend à s’élargir par l'expansion de ses petits rameaux et leur multiplication, de même cette glande pinéale se trouve commencer à l’endroit resserré vers le début de ladite division et tendre à s’élargir vers son extrémité, entourée des rameaux jusqu’au point d'attache desdits rameaux. En effet, la glande accompagne lesdits rameaux tant que ceux-ci pendent, et aussitôt que ces rameaux reposent au-dessus du corps du cerveau cesse la marche de la glande avec eux. Car ces glandes ne cessent pas d’accompagner les veines tant qu’elles pendent, et lorsque ces veines reposent sur le corps du cerveau, début de leur repos, alors cette glande s’arrête, disait GALIEN (VII, De juvamemtis membrorum, cap. 9).

» En nombre, on admet communément que cette glande est unique, malgré la division des rameaux veineux soutenus par elle et des vides qu’elle remplit. Leur forme conditionne si bien sa forme qu’on pourrait dire qu'il y en a plusieurs : c'était l'avis d'AvICEN. Et il disait que les glandes tirent leur forme de celle des rameaux veineux selon la forme de la division décrite. En effet, entre les ventricules antérieur et postérieur se trouvent deux veines, leur intersection a de part et d’autres deux corps glandulaires qui emplissent les vides. Ils se trouvent à une ramification et alors ces deux veines sont tissées comme un réseau sous la substance du cerveau, de même qu’en effet les artères ascendantes constituent le réseau admirable comme

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