‹ Contribution à l'étude de la greffe osseuseChapitre 4 sur 9 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

Nous ne nous attarderons pas à relater les innombrables faits expérimentaux relatifs à la greffe osseuse ; ce serait chose fastidieuse et inutile. Il nous suffira, nous appuyant sur les remarquables travaux d’Ollier etsur une observation appartenant à M. Forgue, mais dont nous avons pu personnellement apprécier les résultats, de dire quelques mots sur la : greffe osseuse expérimentale.

La greffe osseuse proprement dite, c’est-à-dire la transplantation à distance d’un os où d’un fragment d’os entièrement séparé du corps, peut, comme toute greffe animale, s’exercer dans trois conditions qu'ilest utile de distinguer dès labord.

Le transplant peut être pris sur le sujet lui-même: c’est la greffe osseuse autoplastique.

Le transplant peut être pris sur un sujet différent, mais de même espèce: c’est la greffe osseuse homoplastique.

Enfin le transplant peut être pris sur un sujet d’espèce différente: c'est la greffe osseuse hétéroplastique.

Ollier a, le premier, essayé la transplantation exclusivement périostique et, grâce à de nombreuses expériences faites sur différents animaux, il a indéniablement prouvé la possibilité de produire, par ce moyen, de l’os permanent. La question de la greffe périostique résolue, le même auteur voulut recher-

RAR cher s’il était possible de transplanter le tissu osseux luimême comme la membrane fibreuse qui l'entoure.

«Un fragment osseux détaché et replacé aussitôt peut-il re- »prendre ? Merrem et Klencke disent avoir réussi à le faire reprendre ; mais jamais Heine n’a pu obtenir ce phénomène »d’une manière incontestable. Une fois seulement il resta dans »le doute, ne sachant si le fragment détaché avait réellement

»pris vie, ou si, plutôt, ce fragment ne s'était pas nécrosé et »exfolié d’une manière insensible, l’os qui obstruait l’ouver- »ture étant, dans cette hypothèse, un os de nouvelle forma- »tion.» (Wagner. Résection et extirpation des os, in Arch. gén. de médecine, 5° série, 1854).

Aux doutes de Heine et de Wagner, Ollier répondit par des faits nombreux et positifs qui résolurent la question. Voici les trois séries d'expériences qu'il fit:

1° Transplantation d'os pris sur un animal vivant et placés au milieu des tissus d’un animal de même espèce.

2° Transplantation d'os pris sur un animal môrt depuis un certain laps de temps et placés au milieu des tissus d’un ani- mal de même espèce.

3° Transplantation d'os pris sur un animal vivant et placés au milieu des tissus d'animaux d'espèces différentes.

Ces expériences, faites, la plupart, sur des lapins, furent pratiquées à la campagne sur des animaux sains, vigoureux et placés dans de bonnes conditions hygiéniques.

a. Transplantation d'os pris sur un animal vivant et placés au milieu des tissus d’un animal de même espèce

Deux cas extrêmes peuvent se présenter, ou bien l'os trans- . planté conserve sa vitalité, contracte des adhérences et continue de vivre; ou bien il se nécrose, joue le rôle de corps étranger et devient le centre d’une collection purulente. Quel-

HTC IAE quefois pourtant, le tissu osseux peut se nécroser sans entrainer pour cela la mortification de son périoste qui, lui, vit et continue de produire des exsudations ossifiables.

Voici le détail des expériences:

LA

Expérience I.— Transplantation du radius d'un lapin de 4 à 5 semaines sous la peau de l’aïne d’un lapin de 6 à 7 mois.

L'opération fut pratiquéele 27 décembre 1858. Le périoste fut conservé autour de la plus grande étendue du radius. La réunion immédiate fut obtenue. Il y eut à peine un peu de gon-

flement durant les premiers jours qui suivirent l'opération.

L'animal fut sacrifié le 1° mars 1859 et voici dans quel état, dit Ollier, nous trouvâmes le radius: à | «La greffe avait parfaitement réussi ; l'os était uni a par un fascia celluleux qui se confondait plus où moins avec son périoste et qu le maintenait en place. Il était plus gros et plus long qu'au moment où il avait été transplanté. La comparaison avec l’autre radius du lapin qu’on avait sacrifié lesoir même de l'opération montra que los transplanté avait sensiblement grossi. Si on le dépouille de son périoste et du tissu cellulaire qui l’environne, on reconnaît que ce grossissement est dû à la formation des couches extérieures dues à l’action du périoste. Ces couches manquent en certains points,

correspondant exactement là où le ete avait présenté des

solutions de continuité.

»La partie ancienne de l'os ne est io.

vasculaire sur tous les points, se continuant d’ailleurs avec les couches de nouvelle formation qui la recouvrent. Le canal médullaire n’a pas subi de modification bien notable ; la moelle paraît un peu moins rouge qu’à l’état normal.

» L'accroissement en longueur a été d'un peu plus d’un mille

mètre. Cet accroissement nous à paru porter en partie sur la

né *

Li: mi

À Eu É:

1 Luis “

AN Nr ALES diaphyse, en partie sur l’épiphyse. Ces diverses portions de l'os ne sont pas soudées ensemble ; elles sont toujours séparées par une espèce de cartilage intermédiaire. Les extrémités sont

dures et de consistance osseuse. Les cartilages articulaires sont dépolis.»

Expérience IL.— Transplantalion du deuxième métalarsien d'un jeune lapin de

4 à 5 semaines, à la place d'un deuxième métatarsien d'un lapin de 6 mois.

«L'opération fut pratiquée le 27 décembre 1858. Le métatarsien du gros lapin fut d'abord enlevé avec la totalité de son périoste, puis on fit l'extraction analogue du petit lapin, et on le mit à la place du premier os enlevé. Cette opération eut les suites les plus simples. Le lapin fut sacrifié le 28 février 1859, c’est-à-dire soixante-deux jours après l'opération. Le métatarsien transplanté s’est-parfaitement greffé. Il ne diffère des autres que par sa moindre longueur et sa moindre épais-

__ seur. Il avait été placé dans sa direction naturelle et on avait

mis en contact sa surface articulaire supérieure avec l’articulation tarsienne correspondante. La phalange n’est pas venue en contact avec lui; elle en est séparée par une distance de 6 à 7 millimètres comblée par du tissu fibreux.

» Cet os n’est pas sensiblement accru en longueur; mais, en épaisseur, il s’est recouvert d’une couche de nouvelle formation, correspondant au périoste et manquant là où cette membrane n’a pu être complètement conservée. Le tendon de l’extenseur recouvre le métatarsien transplanté et glisse sur son extrémité antérieure, comme à l’état normal.»

Pour bien se rendre compte des phénomènes histologiques qui se passent dans la greffe, 1l faut, à l’exemple d’Oller, considérer : les changements de l’os ancien dans ses tissus

LES OT primitifs et les modifications qui résultent des éléments surajoutés.

Le chirurgien lyonnais a observé que l'os transplanté s’accroît, mais que cet accroissement n’est jamais complet et régulier comme à l’état normal. C’est grâce au périoste que

se fait l'accroissement en épaisseur, et l’os peut, au bout de

quatre ou cinq semaines, acquérir une grosseur double et même, triple en certains points. Il est alors recouvert par une 0% iche plus ou moins régulière qui forme étui et qui lui est “intimément adhérente.

Quant à l'accroissement en longueur, il est insignifiant,

pour ne pas dire nul, dans la plupart des cas. La diaphyse ne

subit pas de notables modifications ; son accroissement en épaisseur est dû aux couches osseuses d’origine périostale qui la revêtent.

De ces détails ressortent deux faits bien distincts : la conservation de certains attributs de la vitalité dans les parties de l’os déjà formées au moment de la transplantation et la suraddition d’une couche périphérique sous-périostale. Ce dernier fait est le plus démonstratif en faveur de la réalité de la greffe, car il indique que le périoste est le seul tissu qui soit le point de départ de phénomènes évidents d’accroissement, tandis que . les autres parties s’entretiennent sans progresser, sans suivre un développement parallèle.

Le tissu osseux ne peut pas être greffe s’il n’est entouré de son périoste. Ollier n’a jamais réussi, du moins, à obtenir des

greffes comparables à celles que nous venons de décrire. Le plus souvent, il y a eu suppuration et mortification de l'os

transplanté.

Page 1