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HUCHARD le premier prétend à son existence, et, renversant l’ordre logique du raisonnement scientifique qui part du phénomène pour remonter à la loi, commence par une déclaration toute de principe: « Elle doit, écrit-il (la myocardite) , exister dans la grippe comme dans les autres maladies du même genre. » [l faudrait d’abord qu'il définisse quelles sont les maladies du même genre que la grippe; ce ne sont pas les mêmes, certes, pour HUCHARD que pour nous. Et, d’autre part, cette analogie à elle seule est bien insuffisante pour légitimer l'existence de la myocardite grippale. HUCHARD lui donne un signalement clinique: elle serait caractérisée par la faiblesse des battements cardiaques; un pouls petit, inégal, irrégulier, rapide, tremblotant; des sensations douloureuses présternales ; une face terreuse ; des extrémités cyanosées et froides; ou bien simplement par des arythmies avec ou sans tachycardie; des lipothymies, des syncopes, de l’embryocardie. Et pour lui la myocardite se partagerait avec l’atteinte du bulbe et la crise angineuse sévère, la pathogénie des morts subites qu'il a parfois observées chez les grippés. Voilà une symptomatologie bien touffue et bien riche et tous ces signes sont très discutables quant à leur signification pathogénique. Pas un d’entre eux, ni même la présence de plusieurs d’entre eux ne peuvent permettre d'affirmer la myocardite et beaucoup de ces symptômes ne sont que la traduction du déséquilibre vasomoteur ou nerveux qui est la signature même de la grippe. Ils . ‘réalisent parfois un véritable tableau de collapsus vasculaire, trouble de la circulation de retour suivant la conception de LAUBRY et TZANCK. Nous verrons enfin que les arythmies, si rapidement signalées par HUCHARD, ont une autre signification.
Donc aucun de ces signes de valeur très inégale d’ailleurs
ne peuvent faire poser à coup sûr le diagnostic de myocardite aiguë, affection dont le signalement clinique est, suivant VA- QUEZ, des plus flous, et pour le diagnostic de laquelle, depuis STOKES, nous n'avons fait aucun progrès. Ceux d’entre eux qui traduisent l’atteinte fonctionnelle du cœur sont loin d’être la conséquence d’une atteinte organique, d’une lésion anatomique de l'organe. Nombreux sont les cas où les désordres les plus sévères pendant la vie, restaient à l’autopsie sans la plus fine traduction histo-pathologiques. ANDERSON, au temps de HIUCHARD, rapporte cette observation (résumée) :
Observation 1. — Un marin de 50 ans contracte une grippe avec hyperthermie. Brusquement, 6 jours après le début, crise de dyspnée avec état syncopal, suivie d’une légère amélioraton. Mais le surlendemain, mort au milieu d’un syndrome d'insuffisance cardiaque suraiguë. Voici ce qu’on trouve à l’autopsie :
« Le cœur paraissait flasque. A sa surface il y avait une quantité anormale de graisse. Il n'existait aucune lésion valvulaire, sauf un peu d’épaississement et d’opacité de la valve postérieure de la mitrale. Pas d'insuffisance mitrale ou aortique. Le muscle cardiaque histologiquement fut trouvé complètement sain. Aucune trace de dégénérescence fibreuse ou graisseuse. On rechercha spécialement les microbes et l’on n'en trouva aucun. »
Les classiques ne semblent pas avoir été troublés par cette absence de constance des lésions. Celles-ci pour eux étaient la règle car ils distinguent mal entre les lésions réelles et les altérations cadavériques banales qui surviennent après la mort. HUCHARD, le premier donne un compte-rendu anatomopathologique de l’autopsie d’une myocardite grippale :
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« Le muscle cardiaque présentait une couleur feuille morte: l'organe était affaissé, de consistance molle, et, en examinant les coronaires, nous avons trouvé, l’endartérite oblitérante, laquelle tenait sous sa dépendance les lésions du myocarde. »
Ces lésions macroscopiques banales, décoloration, affaissement, mollesse, avaient été décrites pour les myocardites aiguës par LAENNEC, ANDRAL, BouUILLAUD, Louis. Les histologistes décrivent ensuite des lésions variées :
Les uns BOTTCHER, WALDEYER, HOFFMANN décrivent l'atteinte de la cellule cardiaque du tissu noble: la dissociation segmentaire et la dégénérescence graisseuse et hyaline de la fibre musculaire avec prolifération des noyaux. ZENCKE décrit la dégénérescence vitreuse. Plus tard LANDoOUzY, ROMBERG, LEYDEN, signalent et décrivent les myocardites interstitielles. HAYEM, MARTIN et HUGUENIN, semblent abonder dans le sens de Huchard, en insistant sur les altérations des vaisseaux du myocarde : l’endartérite et la périartérite. Ces divers travaux sont repris et confirmés par COHN- HEIM, CORNIL et RANVIER, ASCHOFF et TAWARA.
De nombreux cliniciens ont contrôlé par la suite leurs observations cliniques par l'examen anatomo-pathologique macroscopique ou microscopique. MIRZA reprend les arguments anatomo-cliniques de Huchard ; 1l invoque à nouveau l’influence pathogénique de l’artérite que THÉRÈSE impute à l’action directe des toxines. Pour lui la syncope est due à ‘la myocardite. Mais’il ajoute que « rien n'autorise à considérer celle-ci comme une lésion grippale au vrai sens du mot ».
DE BATZ ne met pas en doute l’action de la grippe sur le muscle cardiaque. SCHOTT, en 1919, rapporte un cas personnel de myocardite avec lésions de dégénérescence et 1l
A age
pense que « le myocarde est beaucoup plus souvent atteint que la valvule ».
En 1918, dans le British Medical Journal paraît une sta-
üstique de cas de grippe dans l’armée anglaise :
« Un des faits les plus saillants de l’anatomie pathologique de ces cas, était la dilatation du cœur accompagnée d’une façon presque constante de lésions du myocarde. Dans 29 cas sur 30, on trouvait cette dilatation surtout à droite, mais également à gauche. Dans 21 cas existait une myocardite visible à l’œil nu (et caractérisée par) la pâleur et la mollesse du myocarde avec des hémorragies sous-péricardiques et sous-endocardiques, semblables à celles que l’on trouvait dans la plèvre. On trouvait assez souvent les mêmes lésions dans le septum interventriculaire. »
Dautres auteurs, infèrent du syndrome clinique, à la lésion anatomique, sans contrôle.
PAWINSKI, décrit, sans aucune rigueur scientifique, de nombreux cas de myocardite. SABSHIN signale la faiblesse des bruits, la diffusion et la nature vibrante du choc de la pointe ; « tout parle, écrit-il, en faveur d’une anomalie de condition du muscle cardiaque au cours de la convalescence ». SCHELL par contre insiste sur la rareté extrême des myocardites grippales et il n’en note que deux cas sur 849 grippes très sévères.
FLOYSTRUP, en 1920, note également cette rareté : il n'en a vu aucun cas sur 200 grippes traitées par lui au Right Hospital. Cet auteur rapporte longuement un cas d'extrasystolie grippale qu'il attribue à un myocardite localisée au nœud smo-auriculaire. Cette hypothèse est très problématique. Nous savons maintenant qu'un trouble fonctionnel du cœur peut