L'INSUFFISANCE CARDIAQUE AU EOURS DE LA GRIPPE
Après avoir discuté l’existence de la myocardite grippale, il nous reste à exposer d'abord, à tenter d'expliquer ensuite, les cas de grippe cardiaque qui se manifestent par une défaillance plus ou moins grave et plus ou moins durable du cœur.
« L'influence des maladies infectieuses n’est pas discutable (dans l’étiologie de l'insuffisance cardiaque) ; mais on l’a expliquée de facons très différentes: par l’inflammation du myocarde, comme dans la fièvre typhoide, le rhumatisme, etc, ou par l’action des toxines microbiennes sur le système nerveux. Plus récemment on a invoqué un défaut de fonctionnement des surrénales, si fréquent au cours des grandes infection (Josué). Mais il n’y a pas de preuves formelles. Ïl n'est pas impossible d’ailleurs que l'insuffisance surrénale soit, comme les autres symptômes, la conséquence de la défaillance du cœur... Chez les sujets âgés, la fièvre typhoïde est presque toujours l’occasion d'accidents cardiaques. La grippe même la plusbanale agit de même, et, à plus forte raison lorsqu'elle est particulièrement maligne. » (Vaquez.)
Nous pensons que le terme myocardite appliqué à ces cas, ne fait que traduire une préoccupation pathogénique et ne correspond pas à la réalité anatomo-clinique. Nous grouperons ces faits sous le terme d'insuffisance cardiaque grippale.
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Nous essaierons ensuite, à la lumière des hypothèses modernes, de chercher ailleurs que dans l’anatomie pathologique,
une explication à ce syndrome.
L'insuffisance cardiaque au cours de la grippe englobe à peu près tous les signes que nous avons décrits séparément, mais elle y imprime en plus un caractère d’atteinte plus profonde de l'organe, donnant une impression de déchéance fonctionnelle du cœur qui en impose au clinicien le moins averti. Elle comprend la plupart des cas décrits sous le nom de myocardite et, polymorphe dans ses manifestations, présentant des degrés dans sa gravité, peut aboutir à la grande insuffisance cardiaque et à la mort subite. Ce polymorphisme même est un obstacle à toute description d'ensemble: :l faudrait passer en revue tous les signes de l'insuffisance cardiaque. Nous nous contenterons de donner par quelques observations une idée de son aspect clinique, et d’insister dans le chapitre suivant sur la syncope, ce symptome si fréquent au cours de la grippe. Nous n’aurons en vue, ici, que l'insuffisance cardiaque grippale survenant chez des sujets sains, indemnes de toute cardiopathie.
Les signes de défaillance du cœur vont apparaître à l’une quelconque des phases de la grippe, souvent au début, et l’on peut même voir des cas où la première manifestation de l’influenza est un signe de déficience cardio-vasculaire.
Observation IX. — M. X..., âgé de 53 ans (D' Marchal). — En 1928, ce malade présente une grippe avec température à 40°, rhino-pharyngite et myalgies, sans complications pulmonaires. La période fébrile dure quatre jours pendant lesquels apparaît un rythme de galop. L'asthénie de la convalescence se prolonge pendant vingt jours.
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À la fin de janvier 1929, une nouvelle grippe terrasse le
malade au milieu de ses occupations. La température est à 38°4. Mais le malade, extrêmement pâle, se sent brisé. Nous notons des extrasystoles et nous percevons à nouveau un rythme de galop avec un certain assourdissement des bruits du cœur. Le pouls est à 100. La tension artérielle (Vaquez- Laubry) qui était de 18.11 les jours précédents descend à 16,5.10. Le lendemain la tension et la température montent parallèlement: TA: 18.11; Temp.: 40°6. Les extrasystoles ont disparu mais le rythme de galop persiste. À partir du troisième Jour, la tension artérielle s’abaisse en même temps que Ja température. Au début de la convalescence les chiffres atteignent 11,5 —7 et 36°7. Le bruit de galop s’atténue et disparaît à partir du quatrième jour. Dès lors, cette grippe, qui avait été particulièrement brutale dans sa phase d’agression, guérit normalement. Mais l’asthénie de la convalescence ne disparaît qu'au bout de cinq semaines.
Ainsi, à un an de distance, cet homme subit deux attaques
de grippe, et les deux fois apparaît une insuffisance cardiaque qui se traduit cliniquement par un rythme de galop. Le D'° Marchal l’a souvent ausculté avant chacune des grippes et dans leur intervalle: les bruits du cœur sont normaux. Ce sujet est un anxieux, grand vagotonique prédisposé aux lipothymies; et 1] présente des extrasystoles pendant les périodes de surmenage. Et chez ce neurotonique. la grippe suffit à extérioriser une défaiMance passagère du myocarde, liée uniquement au syndrome toxi-infectieux. En outre la dernière grippe a déterminé un curieux parallélisme entre les courbes de la température et de la tension artérielle.
Observation 1X.— M. Roc.…., 38 ans. — D' Marchal. —
Cet homme est atteint d'une petite grippe mal soignée qui
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traine vingt jours au bout desquels il présente une rechute avec température à 40°. Il existe quelques râles de bronchite et de l’asthénie. La tension artérielle est à 16.9 1/2. Il n'existe aucun vertige, ni tendance syncopale. Mais on note au cœur la présence d'un bruit de galop temporaire. Guérison et disparition du galop.
Observation X. — Minet et Legrand. — Résumée. — M. Pierre [..., 24 ans, soldat au 2° zouaves, entre à l'hôpital Villemauzy, à Lyon, le 8 décembre 1918. Aucun antécédent sauf une congestion pulmonaire en 1917. Son cœur est 1ndemne.
Il présente à son entrée un état grippal: toux, céphalée, : inappétence, hyperthermie. Les deux poumons sont encombrés de râles de bronchite. Le cœur est bien frappé, le pouls à 100. Les urines contiennent 4 grammes d’albumine par litre
Deux jours après l’entrée apparaissent : un dicrotisme très marqué du pouls qui bat à 110, un assourdissement du premier bruit du cœur dont le rythme tend à prendre le type embryocardique; cet état s'aggrave les iours suivants et le foie se congestionne passivement.
Le 16 décembre le premier bruit est prolongé au point de donner parfois l'impression d’un souffle, — le pouls est mou, — il n’y a plus d’albuminurie. Le 22, la situation est stationnaire.
Puis, peut-être sous l'influence de la digitaline, les phénomènes s’amendent. Le premier’ bruit reprend un timbre normal, l’embryocardie s’atténue, le pouls se ralentit. Le 2 janvier 1919 tout a disparu et la guérison se maintient complète.
Il s’agit là d’un cas typique de défaillance cardiaque grippale. Le souffle interprété par les auteurs comme un signe