‹ Contribution à l'étude de la grippe cardiaqueChapitre 30 sur 40 · SANT ANCRE · texte numérisé non relu

SANT ANCRE

Observation XII. -— Mme O’S.., âgée de 55 ans. — En pleine épidémie de grippe cette dame est prise d'une syncope dans la rue. L'insuffisance cardiaque se traduit par de la tachycardie, un assourdissement des bruits du cœur, des extrasystoles et une chute de la tension artérielle. La grippe suit son cours et, au bout de quelques jours, se complique d'une broncho-pneumonie qui évolue de pair avec l'insuffisance cardiaque et reste extrêmement menaçante pendant une douzaine de jours. Durant la convalescence la tension artérielle est à 10.6. L'asthénie dure six semaines et de petits crochets de température à 37°4 et 37°6 persistent pendant deux mois. Mais nous ne trouvons pas de traces de la défaillance cardiaque.

Il s’agit ici d’une forme cardio-pulmonaire de la grippe à précession cardiaque qui a été rapportée en détails dans le Progrès Médical du 6 juillet 1929. L'observation montre qu'une grande insuffisance cardiaque peut se développer du seul fait de la grippe, disparaître avec celle-ci et précéder une broncho-pneumonie, ce qui infirme l'opinion de Peter qui croyait la défaillance du cœur toujours secondaire au bloquage pulmonaire.

Enfin nous rappellerons l'observation d’Anderson (1), capitale, qui concerne un grippé mort d'insuffisance cardiaque, et dont le cœur, à l’autopsie, ne présentait pas la plus fine lésion histologique.

Où faut-il chercher la cause de tels accidents? I] paraît bien que leur apparition sans être liée à elle, est plus fréquente en cas de complication pulmonaire: « L'insuffisance cardiaque est une complication, sinon une terminaison fréquente des maladies infectieuses pulmonaires aiguës. Cela se comprend, si l’on songe que le ventricule gauche reçoit tout le sang pulmo-

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naire qui, dans la circonstance, est riche en toxines microbiennes. Mais les pneumopathies infectieuses entraînent une diminution de l’hématose qui n’est pas négligeable (il y a) intoxication du myocarde par asphyxie. » (Laubryw.)

Sans vouloir diminuer le rêle de ces facteurs importants: le bloquage pulmonaire, l’apport de toxines, il n’en est pas moins vrai que le rôle capital est joué par le virus ou la toxine grippale elle-même agissant sur le système d’innervation du cœur et sur la cellule cardiaque. Le cœur est capable de trouver en lui-même les raisons de son insuffisance.

« Toutes les affections microbiennes, principalement les affections aiguës peuvent avoir une répercussion sur le cœur par imprégnation toxinique de l'organe. La fièvre typhoïde et la diphtérie sont parmi celles dont l’action pèse davantage sur le cœur. Pour la diphtérie, il semble bien que l’action toxinique soit seule en cause, tandis que pour la typhoide, il s'y joint l’action locale du microbe. Dans toutes ces maladies infectieuses, le mécanisme de l'insuffisance cardiaque est complexe. Certains de ces accidents ont une allure suraiguë qui implique davantage une atteinte du système nerveux que de la fibre elle-même dont il est toujours difficile de mettre les lésions en évidence. Les maladies à ultra-virus, dont la grippe semble bien faire partie, agissent à la facon des polynévrites, dont les effets sur le cœur sont redoutables, pour peu qu'il se trouve en état de moindre résistance (septinévrites). » (Laubry.) C’est donc au cœur ou au niveau de son système d'innervation qu'il faut chercher la cause de l'insuffisance cardiaque au cours de la grippe. :

Ceiïte cause n’est pas, nous l’avons montré, anatomique. Il ne s’agit là que d'un trouble fonctionnel et non organique et

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