‹ Contribution à l'étude de la grippe cardiaqueChapitre 31 sur 40 · A TA · texte numérisé non relu

A TA

ce que Walser dit des maladies infectieuses en général est vrai pour la grippe:

« Les signes d'insuffisance cardiaque cèdent souvent au traitement tonicardiaque d’une façon qui écarte l'hypothèse de lésions myocardiques causales. On a bien plutôt l’impression d’un trouble fonctionnel d’origine toxique ou toxinique intéressant de manière élective, par l'intermédiaire des terminaisons nerveuses ou la tonicité ou la contractilité cardiaques. » Ces cas rentrent dans le cadre de la myocardie, « mot pris dans un sens général, attendant de nouvelles recherches une plus grande précision, qui s'applique bien plus heureusement à ces faits que celui de myocardite. » (Walser.)

EASYNCOPE ET ULES LIPOTHYMIES AU COURS DE LA GRIPPE

Il est très fréquent de rencontrer au cours de la grippe des syncopes ou une tendance syncopale. Les grandes épidémies sont toutes riches en ces formes brutales, bruyantes, dont l’allure immédiatement dramatique rappelait les grandes maladies exotiques à forme suraiguë et ranimait dans l'esprit du vulgaire le sinistre souvenir de la peste et du choléra. Cette syncope peut, en effet, survenir d'emblée avant tout stade fébrile, en pleine santé apparente et être la première manifestation de la grippe. Nous avons rapporté précédemment une observation (n° XÏ) qui est démonstrative.

À vrai dire, la syncope ne constitue pas une entité clinique mais simplement un syndrome. On peut la rencontrer à titre d'épiphénomène au cours de toutes les modalités de la grippe cardiaque. Mais elle peut imprimer à celle-ci un aspect si spécial, dominer le tableau clinique au point qu'elle nous paraît, après Eichhorst et d’autres auteurs, mériter une des- “cription particulière. Elle peut être liée, associée à d’autres syndromes, à l’angor en particulier, dont elle constitue parfois la manifestation terminale, mais aussi à tous les autres signes d'atteinte cardiaque au cours de la grippe. Nous insistons également sur la coexistence fréquente de la syncope et de l’extrasystolie déterminée chacune pour son propre compte par

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l'agression toxinique brutale de l’organime. Souvent enfin la syncope est isolée. Dans ce cas elle ne s'accompagne d'aucune sensation précordiale douloureuse mais seulement d’une impression désagréable de tension ou d'oppression:

« L'accès survient sous la forme d’une perte de connaissance subite, sans aucun avertissement ou cause apparente. Les battements du cœur deviennent alors, soudain, faibles et irréguliers, les bruits presque imperceptibles. Le pouls radial est filiforme et fuyant, la respiration ralentie et faible, comme si le malade, trop épuisé, était las de respirer. La pâleur du visage est intense: on à vraiment l'impression que la mort va survenir. »

Telle est la description de G. West à laquelle il n'y a rien à changer. Il s’agit là des formes graves dont le pronostic est sévère. Mais à côté de cette forme dramatique, il y a place pour toutes les manifestations mineures de la syncope. Elles peuvent exister isolément ou, au contraire, alterner avec les : crises syncopales elles-mêmes.

Tantôt il s’agit d’un état de pâleur avec sensation de malaise profond, nausées, qui survient brusquement. Les jambes se dérobent, une sueur froide inonde la peau; sous l'influence du froid, de la flagellation du visage, de l’éther, tout rentre rapidement dans l'ordre.

Tantôt il s’agit d’une courte absence, d’un éclair d’inconscience, que le malade surmonte rapidement.

Un degré de plus et l’on a la lipothymie qui est en quelque sorte une syncope en petit, où le malade ne perd pas con-

science et où persistent des manifestations de vie active.

Enfin la syncope peut se présenter sous une forme suraiguë et aboutir d'emblée à la mort subite. Il est hors de doute que

FANS NU

la grippe doit être discutée lorsque l’on tente l'explication d'une mort subite. On a rapporté de nombreux cas de telles formes, en particulier lors de l'épidémie de 1918. Le Professeur Bezançon rappelait à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris qu'il lui était arrivé plus d’une fois de quitter le soir des malades dans un état qui ne permettait pas de porter un pronostic fâcheux et d'apprendre le lendemain qu'ils étaient morts brusquement dans la nuit. Pilod rapporte le cas (en 1918) de trois sous-officiers trouvés morts dans leur lit, et qui, la veille, étaient bien portants. Le D’ Etienne Bernard a rapporté lui aussi un cas de mort subite qu'il explique par la grippe. Dans les cas de ces deux derniers auteurs on a trouvé à l’autopsie un certain degré d’œdème du poumon, dont il ne faut pas s'exagérer la valeur pathogénique, car c’est une lésion nécropsique assez banale.

La syncope peut survenir à n'importe quel stade de la grippe. Nous avons vu qu’elle pouvait même précéder tout épisode infectieux. La syncope peut être unique, ou se répéter; nous insisterons sur ce caractère traînant, à rechute. Signalons enfin les formes du nourrisson, signalées par Hallé, déjà avant la guerre. Elles peuvent précéder la grippe et cesser lorsque celle-ci se démasque. D’autres fois elles persistent subintrantes pendant un ou deux jours. « Ces syncopes laissent parfois l'enfant pour mort », mais la guérison est pos- sible.

Observation X1V.-=—S. West. — Un homme de 30 ans, fort, gros et musclé, atteint de grippe, présente pendant dix jours des accès lipothymiques pendant lequels il se sent près de mourir. La mort serait certainement survenue, si son médecin n'était resté de longues heures près de lui, et ne l’avait

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